L’arrivée de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka dans le chef-lieu du Kwilu n’est pas passée inaperçue. À 11 heures locales, sous un soleil écrasant, la cheffe du gouvernement a été accueillie par une mobilisation populaire massive, mêlant autorités politico-administratives, figures religieuses, chefs coutumiers et une foule compacte venue saluer celle que certains surnomment déjà « Volant ya Fatshi ».

Des artères bondées aux abords de l’aéroport national de Basoko, jusqu’aux lieux symboliques de la ville, Bandundu s’est transformée en théâtre d’une démonstration de ferveur politique, avec une présence remarquée des femmes venues rendre hommage à la première femme à diriger l’exécutif national — dans une ville où la Place de la femme incarne l’histoire de leur émancipation.
Mais au-delà de l’accueil, c’est bien une séquence politique majeure qui s’ouvre. Judith Suminwa participe à la XIIIe Conférence des gouverneurs, qui sera présidée par le président Félix Tshisekedi, et qui marque la reprise d’un cadre clé de dialogue entre Kinshasa et les provinces, après plusieurs reports.
Dans cette arène institutionnelle, la Première ministre ne joue pas un rôle secondaire : en vertu de la loi organique de 2008, elle en est la Vice-présidente, position qui la place au cœur des arbitrages entre le pouvoir central et les exécutifs provinciaux.
Agriculture, marchés et développement rural : le triptyque des assises
Placée sous le thème de la transformation des secteurs agricole, halieutique et pastoral, cette session entend répondre à une équation devenue centrale pour la RDC : comment relier production rurale et consommation urbaine dans un pays aux infrastructures fragiles ?
Les attentes sont élevées. Parmi les résultats escomptés figurent l’élaboration d’une feuille de route nationale pour la transformation agricole, des engagements concrets des provinces en faveur de la mécanisation de l’agriculture ; des mesures pour lever les obstacles administratifs qui étouffent producteurs et commerçants ; et surtout, une stratégie de connexion des bassins de production aux grands centres urbains.
Autant de chantiers qui touchent directement à la souveraineté alimentaire et à la relance économique du pays.
Au cœur de ces assises, un enjeu de fond : donner corps à la décentralisation économique. Car si les compétences en matière d’agriculture, de pêche ou d’élevage ont été transférées aux provinces, leur mise en œuvre reste inégale. La Conférence des gouverneurs se veut ainsi un outil de coordination, mais aussi de responsabilisation des exécutifs provinciaux face aux défis du développement rural.
Pour le gouvernement Suminwa, ces secteurs constituent un pilier stratégique. Ils occupent une place centrale dans le premier axe de son programme d’actions, qui mise sur la modernisation de l’économie réelle et la valorisation des ressources locales.
Bandundu, symbole d’un tournant attendu
Le choix de Bandundu pour accueillir ces assises n’est pas anodin. Longtemps en marge des grands circuits économiques, la ville incarne à elle seule les défis — mais aussi les potentialités — du développement rural en RDC.
Dans cette ville chargée de symboles, où la mémoire de l’émancipation féminine côtoie les réalités d’un hinterland agricole sous-exploité, la présence de Judith Suminwa prend une dimension particulière. La XIIIe Conférence des gouverneurs s’ouvre ainsi sous le signe d’un double impératif : transformer les promesses en politiques concrètes, et faire des provinces les véritables moteurs de la relance économique congolaise.
JDW

