Le business du patriotisme…

Les crises sécuritaires ont ceci de particulier, sous les tropiques, qu’elles finissent par mettre tous les chats dans le même sac, y compris ceux qui se proclament gardiens du temple patriotique. La patrie devient alors une formidable opportunité commerciale pour les tambourinaires de tous acabits.

On la chante, on la brandit, on la défend à coups de déclarations enflammées, quitte à lui casser du sucre sur le dos, parce que les véritables curseurs restent soigneusement réglés sur les bas-de-laine personnels…

Le plus cocasse est que certains de ces marchands de patriotisme ont déjà pris leurs précautions. Femmes et enfants sont depuis longtemps installés dans les confortables « paradis occidentaux », loin des incertitudes du pays qu’ils prétendent défendre jusqu’au sacrifice suprême.

Dans les antichambres du pouvoir, leur discours, en revanche, est beaucoup moins lyrique : « Vous savez que ce que nous faisons nous condamne. Quand le régime va changer, nous, nous devrons partir en exil. »

Une confession qui a au moins le mérite de la franchise : le patriotisme est de service, mais la famille, elle, est en sécurité.

Et comme il ne faut jamais négliger les détails logistiques, le dispositif d’évacuation serait déjà prêt : un canot rapide attend son heure sur les berges du fleuve Congo. Au premier coup de sifflet de l’histoire, il ne restera plus qu’à larguer les amarres.

La patrie, elle, pourra toujours attendre sur la berge, avec ses slogans, ses drapeaux et ses lendemains incertains. Les grands discours sont pour le peuple ; les issues de secours, pour les initiés.

En définitive, nous sommes moins devant un sursaut patriotique que devant une véritable industrie de la conviction à géométrie variable. Certains ont fait de la patrie une marque, de la crise un fonds de commerce et de l’indignation une stratégie de placement.

Leur seule fidélité durable est réservé à leurs bas-de-laine, qu’ils s’emploient à rembourrer avec un zèle inversement proportionnel aux sacrifices qu’ils exigent des autres.

Dans ce marché des dupes, le patriotisme est décidément une affaire rentable : on le prêche au pays, on l’encaisse à domicile et, au besoin, on s’exile en première classe.

Toko wa pona ekolo, dites-vous ?

Jonas Eugène Kota

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