Après deux jours de concertation, les forces vives du Sud-Ubangi ont arrêté leur position en vue du dialogue national annoncé par le président Félix-Antoine Tshisekedi.
Réunis à Kinshasa à l’initiative d’Acacia Bandubola Mbongo, ministre d’État, ministre des Hydrocarbures, notables, élus, autorités coutumières et religieuses, représentants de la société civile, de la jeunesse et des femmes, opérateurs économiques et membres de la diaspora ont adopté une déclaration finale mettant au premier plan la paix, la cohésion et les conditions de développement de la province.

Cette séquence s’inscrit dans le dispositif annoncé par le chef de l’État le 28 août, qui prévoit des consultations dans les 26 provinces avant la tenue des assises nationales. Chaque province doit notamment établir son propre diagnostic des problèmes liés à l’insécurité, aux conflits locaux, aux insuffisances administratives et aux obstacles au développement.
Pour le Sud-Ubangi, l’exercice aura surtout consisté à faire remonter un ensemble de préoccupations locales dans un document commun. La déclaration adoptée à l’issue des travaux dresse un constat particulièrement sévère de la situation économique et sociale de la province.
Routes, sécurité, énergie : le diagnostic d’une province enclavée
Les participants ont placé les infrastructures au cœur de leurs préoccupations. L’état du réseau routier et des infrastructures sanitaires, l’accès insuffisant à l’eau potable et à l’électricité, ainsi que la dégradation du tissu économique figurent parmi les principaux problèmes recensés.
À ces difficultés s’ajoute la question de la sécurité. Les participants ont notamment évoqué la porosité des frontières, présentée comme un facteur de vulnérabilité pour la province. Le recul du niveau éducatif figure également parmi les préoccupations consignées dans la déclaration finale.
Le diagnostic ne se limite donc pas aux questions institutionnelles ou politiques. Il dessine le portrait d’une province confrontée à un ensemble de contraintes structurelles qui se renforcent mutuellement : enclavement, faiblesse des infrastructures, pauvreté, déficit énergétique et fragilité des activités économiques.
C’est sur ce terrain que les participants ont voulu inscrire leur contribution au futur dialogue national.
Une démarche provinciale revendiquée comme participative
Au cours de la clôture, Acacia Bandubola a insisté sur la responsabilité des acteurs locaux dans le développement de leur province. Selon elle, les réponses aux difficultés du Sud-Ubangi ne peuvent relever exclusivement du pouvoir central et supposent également une mobilisation des forces vives de la province.
« Le développement du Sud-Ubangi ne dépend pas uniquement de Kinshasa. Il dépend aussi de nous, de notre capacité à nous unir, à travailler et à investir », a-t-elle déclaré, appelant les différents courants politiques, territoires et composantes sociales à préserver ce qu’elle a présenté comme un destin commun.
La ministre a également présenté le dialogue comme un mécanisme devant permettre de dépasser les divergences. Dans son intervention, elle a relié les trois notions retenues par le chef de l’État — paix, cohésion et refondation — à une séquence qu’elle veut articuler autour de la responsabilité collective.
« Pas de développement sans paix, pas de paix durable sans cohésion, pas de cohésion sans dialogue », a-t-elle notamment résumé, invitant les participants à relayer ce message dans leurs territoires.
Sur la question du référendum, évoquée durant les travaux, la ministre a salué la volonté exprimée par les participants de privilégier un débat public et de laisser la population se prononcer dans le respect du cadre légal.
Quatre engagements et un mandat
La déclaration finale adoptée à l’issue des consultations s’articule autour de quatre engagements principaux.
Les participants affirment d’abord leur adhésion au processus de dialogue national consacré à la paix, à la cohésion et à la refondation de l’État. Ils soutiennent ensuite une démarche présentée comme partant des réalités locales pour remonter progressivement vers le niveau national.
Ils annoncent également vouloir poursuivre la sensibilisation autour de la loi référendaire et favoriser, dans les territoires, l’information et la participation de la population au processus.
Enfin, les différentes composantes représentées aux assises ont chargé officiellement Acacia Bandubola Mbongo de porter leurs résolutions et leur feuille de route auprès du président de la République.
Ce mandat constitue le principal résultat institutionnel de ces consultations : la province entend disposer d’un canal identifié pour transmettre au niveau national ses priorités et ses propositions.
La déclaration a été lue par le Révérend Professeur Wezana Nupanga Louis, en présence des représentants des principales composantes provinciales, parmi lesquels les autorités provinciales, élus, chefs coutumiers, confessions religieuses, acteurs économiques, jeunes et organisations de la société civile.
Du diagnostic provincial aux assises nationales
L’intérêt de cette séquence résidera désormais dans la manière dont les préoccupations formulées à Kinshasa seront intégrées au processus national. Le principe retenu par la présidence prévoit précisément que les consultations provinciales servent à faire remonter les diagnostics locaux avant les assises nationales.
Le Sud-Ubangi a choisi de mettre en avant des problèmes très concrets : routes, santé, sécurité frontalière, eau, électricité, éducation et relance économique. La prochaine étape consistera à déterminer dans quelle mesure ces priorités provinciales pourront être traduites en propositions nationales et, surtout, en réponses publiques susceptibles d’être mises en œuvre.
Au terme de deux jours de travaux, la province dispose ainsi d’une position commune et d’un mandat de représentation auprès du chef de l’État. Reste désormais la question centrale de tout processus de dialogue : comment transformer les diagnostics et les résolutions issus de la base en décisions publiques, en réformes et en investissements capables de modifier durablement les conditions de vie dans les provinces.

