RDC : Judith Suminwa ordonne des mesures dérogatoires pour amortir le choc de la guerre d’Iran sur l’économie et le social

Face aux secousses provoquées par les tensions au Moyen-Orient, le gouvernement congolais sort l’artillerie économique. La Première ministre Judith Suminwa Tuluka a ordonné une série de mesures dérogatoires destinées à amortir l’impact de la flambée des prix pétroliers sur l’économie nationale et, surtout, sur le portefeuille des ménages.

Au cœur de cette riposte : la suspension, pour 45 jours, du principe de plafonnement du différentiel de transport, un mécanisme clé dans la régulation des prix des carburants en République démocratique du Congo.

À première vue, la levée temporaire de ce plafonnement pourrait laisser craindre une hausse des prix à la pompe. Mais l’exécutif assure avoir conçu un dispositif compensatoire.

Dans le même temps, la cheffe du gouvernement a instruit les ministères concernés — Économie, Hydrocarbures et Finances — de réduire les taxes et suspendre certaines redevances perçues aux frontières. Objectif : maintenir un équilibre entre la réalité des coûts internationaux et la nécessité de protéger le pouvoir d’achat.

Cette approche, qui combine flexibilité réglementaire et allègement fiscal, vise à éviter un effet domino sur les prix des biens et services, fortement dépendants du coût du transport.

Anticiper un choc externe majeur

Derrière ces décisions, un constat : la crise actuelle dépasse le cadre national. Le blocage partiel de deux axes stratégiques du commerce mondial — le détroit d’Ormuz et le canal de Suez, par lesquels transitent respectivement 20 % et 10 % de la production mondiale d’hydrocarbures — perturbe l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement énergétique.

Dans ce contexte, la RDC, importatrice de produits pétroliers, se trouve directement exposée à la volatilité des marchés internationaux.

Les mesures prises visent ainsi à amortir le choc exogène lié à la guerre au Moyen-Orient, réduire les charges pesant sur les importations de carburant, sécuriser les flux d’approvisionnement depuis le Kenya (vers l’Est) et la Tanzanie (vers le Sud), mieux encadrer les coûts de fret et d’assurance dans la formation du prix moyen frontière.

Une réponse alignée sur les orientations présidentielles

Cette riposte économique s’inscrit dans le sillage des orientations du président Félix Tshisekedi, qui avait appelé le gouvernement à la vigilance lors de la 82e réunion du Conseil des ministres du 13 mars. Le chef de l’État avait alors insisté sur la nécessité d’une approche « anticipative et coordonnée » pour préserver la stabilité macroéconomique face aux turbulences internationales.

Des marges de manœuvre encore sous contrôle

Malgré les tensions, les autorités se veulent rassurantes. Les stocks actuels de produits pétroliers permettent de couvrir les besoins du pays jusqu’au mois de juin, tandis que plusieurs cargaisons sont attendues dans les semaines à venir.

Une situation qui offre au gouvernement une fenêtre de manœuvre pour tester ces mesures temporaires, dont l’efficacité sera évaluée à l’issue de la période de 45 jours.

Entretemps, en optant pour cette combinaison de dérégulation ciblée et de soutien fiscal, Kinshasa fait le choix d’un interventionnisme pragmatique face à une crise importée.

JEK

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