Le dialogue national voulu par le président Félix Tshisekedi commence déjà à cristalliser les positions, entre encouragements internationaux et contestation intérieure. Au lendemain de l’adresse à la Nation dans laquelle le chef de l’État a annoncé l’ouverture de ce processus, Washington a publiquement salué l’initiative, appelant toutefois à un dialogue « inclusif et constructif ».
La réaction américaine est venue de Massad Boulos, conseiller principal du président américain pour l’Afrique ainsi que pour les affaires arabes et moyen-orientales. Dans un message publié sur X, il a déclaré : « Nous saluons l’annonce par le président Félix Tshisekedi de l’ouverture d’un dialogue national en RDC. Un dialogue inclusif et constructif peut constituer une étape importante vers l’instauration de la confiance, la promotion de la paix et de la stabilité, et la prise en compte des aspirations du peuple congolais. »
Washington mise sur l’inclusivité
Le signal envoyé par l’administration américaine intervient dans un contexte où les autorités congolaises cherchent à donner une dimension nationale à leur nouvelle initiative politique. Le processus annoncé par Félix Tshisekedi doit débuter par des consultations dans les 26 provinces, avant la tenue d’assises nationales à Kinshasa.
La présidence présente cette démarche comme un processus souverain, conduit par les Congolais eux-mêmes, avec pour ambition d’aborder les grandes questions liées à la paix, à la cohésion nationale et à la refondation de l’État.
Le processus devrait s’étendre sur une période maximale de trois mois.
Pour Washington, l’enjeu dépasse donc la seule mécanique institutionnelle. L’administration américaine voit dans ce dialogue un possible instrument de restauration de la confiance entre les acteurs congolais, dans un pays toujours confronté à une crise sécuritaire dans l’Est et à de fortes tensions politiques.
Le soutien américain intervient par ailleurs alors que les États-Unis jouent un rôle central dans les efforts diplomatiques visant à mettre fin à la crise sécuritaire dans l’Est de la RDC, notamment à travers le processus de Washington.
La C64 rejette le format et durcit le ton
À Kinshasa, le message est nettement moins favorable. La Coalition Article 64 (C64), qui réunit notamment Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund, Moïse Katumbi, Augustin Matata Ponyo et Delly Sesanga, a rejeté dès vendredi le dispositif annoncé par le chef de l’État. La coalition oppose un « non catégorique » aux consultations populaires annoncées par Félix Tshisekedi, estimant qu’elles ne sauraient se substituer à un véritable dialogue national inclusif.
« Le peuple congolais n’est pas dupe. Ces énièmes consultations de Félix Tshisekedi ne répondent ni à l’urgence de la guerre, ni à l’insécurité, ni aux crises sanitaires, ni à la détresse sociale des Congolais », affirme la C64 dans sa déclaration.
L’opposition accuse également le pouvoir de chercher à détourner l’attention des principales urgences nationales en utilisant le contexte sécuritaire et social comme levier politique.
Surtout, la C64 voit derrière le processus annoncé un risque de révision constitutionnelle destinée, selon elle, à ouvrir la voie à un troisième mandat de Félix Tshisekedi. Elle dénonce également le risque de « balkanisation » du pays et affirme vouloir défendre l’ordre constitutionnel.
Le 15 septembre comme prochain rendez-vous
La confrontation ne devrait pas rester cantonnée au débat institutionnel. La C64 a confirmé son appel à une marche nationale le 15 septembre 2026, destinée à mobiliser la population contre ce qu’elle considère comme une dérive institutionnelle et contre toute modification de la Constitution.
Cette position marque un durcissement par rapport à celle exprimée quelques semaines plus tôt. En juillet, la C64 avait encore déclaré prendre acte des initiatives en faveur d’un dialogue national inclusif et avait exigé que les assises soient organisées avant le 15 août.
Le désaccord porte donc désormais moins sur le principe abstrait du dialogue que sur son format, ses règles, son agenda et les garanties de son inclusivité.Entre appui américain et défiance de l’oppositionLe contraste est désormais clairement établi : Washington encourage le processus, tandis que la C64 le conteste avant même son lancement effectif.

