RDC : La Semaine nationale du climat mise sur le marché carbone et les financements verts avant la COP31

La deuxième édition de la Semaine nationale du climat (SENAC II) a été officiellement lancée ce lundi au Centre culturel et artistique pour les pays d’Afrique centrale, à Kinshasa. La cérémonie d’ouverture a été marquée par le mot de bienvenue de Frédérick Diengo, représentant du Secrétaire général à l’Environnement, le discours de la ministre de l’Environnement, du Développement durable et de la Nouvelle Économie du climat, Marie Nyange Ndambo, ainsi que l’allocution de Jacquemain Shabani Lukoo, représentant personnel du chef de l’État, qui a ouvert les travaux.

Placée sous le thème « La République démocratique du Congo à l’ère du développement des marchés carbone : opportunités pour tous et perspectives d’avenir », cette édition entend renforcer le cadre réglementaire du marché carbone, améliorer la gouvernance forestière et mobiliser des financements verts. À quelques semaines de la COP31, prévue du 9 au 20 novembre 2026 à Antalya, en Turquie, Kinshasa veut faire valoir son potentiel écologique et obtenir une meilleure reconnaissance des services environnementaux rendus par le pays.

Au-delà des engagements climatiques, un enjeu économique et social traverse les interventions officielles : faire de la préservation des ressources naturelles un levier de développement, tout en garantissant aux communautés locales et aux peuples autochtones une part équitable des bénéfices.

La Présidence appelle à investir dans les ressources naturelles congolaises

En ouvrant officiellement les travaux au nom du chef de l’État, Jacquemain Shabani Lukoo a rappelé que les changements climatiques ne constituent pas une menace abstraite, mais une réalité qui affecte directement les populations congolaises. Il a appelé à une vision nationale commune et participative pour contribuer à l’équilibre climatique mondial.

Réaffirmant l’ambition de la RDC de se positionner comme un « pays-solution », le représentant personnel du président de la République a insisté sur la nécessité d’accompagner ce potentiel environnemental par des investissements concrets.

Son appel s’est notamment adressé aux partenaires bilatéraux et multilatéraux ainsi qu’aux bailleurs de fonds, invités à investir dans les forêts congolaises, les énergies propres, la jeunesse et l’innovation écologique.

Cette démarche traduit la volonté des autorités de faire évoluer la place de la RDC dans la gouvernance climatique internationale : au-delà de son rôle dans la préservation des écosystèmes, le pays entend obtenir des financements susceptibles de soutenir sa transition écologique et son développement économique.

L’enjeu est de convertir les engagements internationaux en investissements effectifs, capables de soutenir les initiatives de conservation, de favoriser l’innovation et de produire des retombées concrètes dans les territoires concernés.

Le Secrétariat général mise sur la préparation de la COP31

Dans son mot de bienvenue, Frédérick Diengo, représentant du Secrétaire général à l’Environnement, au Développement durable et à la Nouvelle Économie du climat, a présenté la SENAC II comme un cadre stratégique et technique pour préparer la participation congolaise à la COP31.

La rencontre doit permettre de réunir les institutions publiques, les experts, les partenaires techniques et financiers, la société civile, les représentants des communautés locales et les peuples autochtones autour des principales problématiques climatiques.

Selon cette approche, les résolutions et les feuilles de route sectorielles issues des travaux doivent servir de base à la position que la RDC défendra lors des négociations internationales. Les priorités annoncées portent notamment sur la conservation des forêts du bassin du Congo et la mobilisation des financements verts.

Le représentant du Secrétariat général a également invité les experts présents à contribuer activement aux travaux afin de faire émerger des propositions concrètes. L’objectif est de consolider une diplomatie climatique cohérente avec les ambitions nationales en matière de protection des ressources naturelles et de développement de l’économie verte.

La COP31 constitue ainsi l’une des principales échéances de cette édition, qui doit permettre à Kinshasa d’harmoniser ses positions et de préciser ses attentes vis-à-vis de ses partenaires internationaux.

Marie Nyange Ndambo présente les réformes engagées

Prenant la parole à son tour, la ministre Marie Nyange Ndambo a dressé le bilan des avancées enregistrées depuis la première édition de la Semaine nationale du climat, organisée en 2025.

Parmi les réalisations qu’elle a mises en avant figurent la finalisation de la Politique forestière nationale, l’élaboration du projet de loi portant régime juridique du marché carbone, l’adoption du projet de Code forestier révisé et le lancement des travaux préparatoires du futur Plan forestier national.

La ministre a également évoqué le renforcement de la coopération régionale à travers le Partenariat pour le bassin du Congo, destiné à mobiliser davantage de financements pour la conservation et la valorisation durable des forêts.

Elle a par ailleurs souligné l’opérationnalisation de l’Autorité de régulation du marché carbone (ARMCA), appelée à garantir l’intégrité, la transparence et la crédibilité de ce secteur, ainsi que la création de l’Office congolais des eaux, dans le cadre du renforcement de la gouvernance des ressources hydriques.

Pour la ministre, ces initiatives doivent permettre de transformer le capital naturel du pays en opportunités de développement, de prospérité et de justice sociale.

Le marché carbone, entre opportunité économique et exigence de transparence

Le développement du marché carbone constitue l’un des principaux axes de la SENAC II. Ce mécanisme permet de valoriser financièrement des réductions ou des absorptions d’émissions de gaz à effet de serre, selon des règles de mesure, de vérification et de certification.

Pour la RDC, qui dispose d’importantes ressources forestières et d’écosystèmes essentiels à la régulation du climat, l’enjeu est de bâtir un marché crédible, transparent et équitable, capable d’attirer des investissements tout en protégeant les intérêts nationaux.

La vulgarisation des nouveaux instruments juridiques doit permettre aux administrations, aux acteurs économiques et aux organisations concernées de mieux maîtriser les règles applicables aux projets carbone, à la commercialisation des crédits et au partage des revenus.

L’opérationnalisation du Registre national des crédits carbone, baptisé « Lumière », s’inscrit dans cette logique. Ce dispositif doit assurer la traçabilité des crédits, suivre les projets développés sur le territoire national et contrôler les ventes et les transferts de ces actifs environnementaux.

Son efficacité dépendra toutefois de la qualité des données enregistrées, de la vérification des projets et de l’application effective des règles. La crédibilité du marché congolais reposera autant sur la solidité de ses mécanismes de contrôle que sur la confiance des investisseurs et des communautés concernées.

Les communautés locales au cœur du partage des bénéfices

La dimension sociale a également occupé une place importante dans le discours de Marie Nyange Ndambo. La ministre a défendu l’ambition de construire un marché carbone bénéfique pour les communautés locales qui protègent les forêts, les peuples autochtones, les femmes, les jeunes et les générations futures.

Le ministère entend renforcer la collaboration avec les organisations de la société civile actives dans les zones forestières afin d’informer et de sensibiliser les populations sur leurs droits face aux promoteurs de projets carbone.

La question dépasse la seule protection des écosystèmes. Elle concerne aussi la participation des populations aux décisions, la compréhension des contrats, la transparence des mécanismes de rémunération et l’accès effectif aux revenus générés par les projets.

La concrétisation de ces engagements constituera un enjeu majeur pour la politique climatique nationale. Un marché présenté comme équitable suppose que la valorisation du carbone ne profite pas uniquement aux investisseurs et aux opérateurs, mais contribue également au développement des territoires où les ressources sont préservées.

La RDC veut peser davantage dans les négociations climatiques

La RDC entend défendre à la COP31 son positionnement de « pays-solution », en s’appuyant sur l’importance de ses forêts, de ses ressources en eau douce et de ses tourbières dans l’équilibre climatique mondial.

Le pays met notamment en avant sa contribution à la préservation des forêts du bassin du Congo et le rôle de ses écosystèmes dans le stockage du carbone. Ces ressources constituent des atouts importants dans la lutte contre le réchauffement climatique, mais leur protection nécessite des moyens financiers, une gouvernance rigoureuse et une coopération internationale renforcée.

À travers la SENAC II, les autorités congolaises veulent ainsi faire entendre la voix d’un pays qui entend participer aux décisions internationales et obtenir une rémunération plus juste des services environnementaux qu’il fournit à l’humanité.

Les interventions de Frédérick Diengo, de Marie Nyange Ndambo et de Jacquemain Shabani ont convergé sur cette ambition, malgré la différence de leurs fonctions : préparer les positions nationales, consolider les instruments de gouvernance et attirer les investissements nécessaires à la transition écologique.

Des engagements à l’épreuve des résultats

Avec cette deuxième édition de la Semaine nationale du climat, la RDC affiche sa volonté de rapprocher ses ambitions environnementales des instruments juridiques, financiers et institutionnels nécessaires à leur réalisation.

La réglementation du marché carbone, le registre « Lumière », la réforme de la gouvernance forestière, le partage des revenus et la préparation de la COP31 constituent les principaux chantiers mis en avant lors de la cérémonie d’ouverture.

Le défi reste désormais celui de l’exécution : mobiliser effectivement les financements, assurer la transparence des transactions, protéger les écosystèmes et garantir des retombées concrètes pour les populations concernées.

À l’approche de la COP31, la SENAC II constitue donc une étape de préparation diplomatique, mais aussi un test pour la capacité du pays à transformer son patrimoine naturel en opportunités économiques durables. La portée de cette démarche se mesurera moins aux annonces qu’aux résultats obtenus sur le terrain.

Yanel Manu

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