Une controverse anime depuis quelques jours une partie de l’opinion autour de la visite du Chef de l’État à Nkamba, cité sainte de l’Église kimbanguiste, où il a séjourné le 6 avril dernier à l’occasion du 105ᵉ anniversaire de cette confession religieuse fondée par le prophète Simon Kimbangu. Au cœur des critiques : le fait que le Président de la République ne se soit pas déchaussé, contrairement à une exigence observée par les fidèles et tout visiteur sur les sites kimbanguistes à travers le monde, et à plus forte raison, à la cité classée sainte.
Pour certains, ce geste constituerait un manquement aux usages spirituels propres à cette confession religieuse.
Face à la polémique, l’ambassadeur itinérant du Chef de l’État, Antoine Ghonda Mangalibi, a tenu à apporter un éclairage, insistant sur le caractère « pleinement assumé » et « porteur d’une symbolique forte et profonde » de l’attitude adoptée par le Président.
« Si le Chef de l’État ne s’est pas déchaussé à Nkamba, ce n’est nullement un hasard, encore moins une négligence », affirme-t-il d’emblée, balayant toute idée d’un oubli protocolaire. « C’est un choix pleinement assumé », qui s’inscrit dans une logique bien précise de cette haute personnalité qui incarne l’Etat, statut sous lequel il séjournait à Nkamba et non celui d’un adepte soumis au rituel.
Antoine Ghonda explique que le Chef de l’État ne se trouvait pas à Nkamba en simple visiteur, mais « en tant que messager », incarnant l’Etat. Et de préciser encore : « Le messager du peuple, mais aussi le porteur d’une annonce majeure : celle de l’élévation de Nkamba au rang de ville sainte ».
Dans cette ordre là, souligne encore ce fin diplomate, « il ne s’agissait pas simplement d’un geste rituel, mais d’une mission ».
Développant cette idée, Antoine Ghonda insiste : « un messager, par essence, est en mouvement. Il est chaussé pour aller porter la nouvelle, pour traverser les chemins ». Dès lors, « il ne venait pas comme un homme ordinaire, mais comme celui qui apporte un message attendu depuis plus d’un siècle », rappelle-t-il, évoquant « une reconnaissance espérée pendant 105 ans, depuis l’avènement du prophète Simon Kimbangu ».
« L’essentiel n’était pas dans les chaussures »
Dans cette lecture, le geste — ou son absence — doit être compris à l’aune de sa portée symbolique, en n’excluant pas la personne de son statut de chef de l’Etat. « Il a choisi, par humilité et par conscience de son rôle, de concentrer l’attention non pas sur le geste extérieur, mais sur le sens profond de sa mission », explique encore l’ambassadeur. Et d’insister : « l’essentiel n’était pas dans les chaussures, mais dans le message ».
Une manière, selon lui, d’inviter à dépasser les apparences. « Lorsque le doigt montre la lune, l’ignorant regarde le doigt », cite-t-il, pour illustrer ce qu’il considère comme une lecture superficielle de l’événement.
Pour Antoine Ghonda, « certains se sont arrêtés à l’apparence, là où il fallait contempler la portée historique de l’acte posé ». Il conclut en recentrant le débat : « le Chef de l’État est allé délivrer un message (…) celui d’une reconnaissance, d’une élévation, et d’un accomplissement attendu depuis des générations ».
Entre symbolique religieuse et neutralité de l’État
Au-delà de cette interprétation spirituelle, il faut contextualiser la personne du Chef de l’État qui, en tout temps et en tout lieu, « incarne l’État, la République ». À ce titre, elle est tenue de préserver la laïcité de l’État, « partout où elle se trouve, aussi bien sur le territoire national qu’à l’étranger ».
Cette exigence de neutralité trouve des échos dans d’autres contextes. A titre illustratif, lors des obsèques de l’artiste français Johnny Hallyday, le Président Emmanuel Macron avait choisi de ne pas entrer dans la chapelle où se déroulait l’office religieux, préférant s’exprimer à l’extérieur afin de respecter le principe de laïcité.
« Quelles que soient ses convictions, il est chef de l’Etat, et à ce titre, garant de la séparation de l’Eglise et de l’Etat », commentait alors l’Elysée en réponse à une polémique similaire dans les réseaux sociaux. De même, Macron s’était ravisé en dernière minute lorsqu’il avait voulu faire le signe de la croix devant le cercueil du défunt. « Faire ainsi un signe de croix en public aurait pu être une source de critiques », analysait-on encore, alors que les autres officiels, dont d’anciens chefs d’Etat comme Sarkozy, s’étaient signé.
Ainsi donc, si la controverse persiste dans certains cercles, les explications fournies par l’Ambassadeur Antoine Ghonda, et l’illustration présidentielle de la France sur la même condition religieuse invitent à une lecture plus large de l’événement : celle d’un moment à la fois historique, symbolique et institutionnel, dont la portée dépasse le simple débat sur un geste rituel.
JEK

