RDC – Conférence Nationale sur les Infrastructures : 4 axes et 11 recommandations majeures pour une feuille de route ambitieuse à l’horizon 2050

Les rideaux sont tombés ce vendredi sur la première Conférence nationale sur les infrastructures et travaux publics (ITP) de la République démocratique du Congo. Après trois jours de travaux intenses réunissant près de 500 participants – ministres sectoriels, gouverneurs de provinces, experts, opérateurs économiques, partenaires techniques et financiers, universitaires et représentants de la diaspora –, les assises ont abouti à l’adoption solennelle de la Déclaration de Kinshasa, assortie d’une feuille de route 2026-2050 visant à faire des infrastructures un levier majeur de la souveraineté économique du pays.

Placée sous le thème « Infrastructures durables et innovantes : vers un système moderne et compétitif pour les ITP en RDC », la conférence a été marquée par l’ouverture solennelle du président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, qui a rappelé sa vision : faire des infrastructures « l’ossature même de l’État » et le socle de la diversification de l’économie congolaise.

La cérémonie de clôture était présidée par le Vice-Premier ministre, ministre de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, représentant le Chef de l’État, en présence du ministre des Infrastructures et Travaux publics, John Banza Lunda.

Un diagnostic sans complaisance

Les travaux ont accouché d’une feuille de route basée sur une analyse sans complaisance des forces et faiblesses du secteur avant de formuler des recommandations ambitieuses.

Les participants ont, par exemple, constaté un déficit infrastructurel chronique : seulement 5 % des routes sont revêtues en RDC, un taux nettement inférieur à la moyenne subsaharienne.

À ces défis de gouvernance, d’entretien et de résilience climatique s’ajoute la nécessité d’un système intégré couvrant l’ensemble des missions du ministère des ITP, désormais élargies par l’ordonnance n°293 du 15 décembre 2025 (études, réalisation, entretien, gestion des bâtiments publics, aéroports, ports fluviaux, expertise et gestion patrimoniale).

Feuille de route : quatre axes et onze recommandations majeures

La Déclaration de Kinshasa, signée par l’ensemble des parties prenantes, se décline autour de quatre grands axes et onze recommandations structurantes pour faire des infrastructures le socle de la diversification de l’économie et du développement global.

Premier axe : gouvernance et cadre institutionnel. La Conférence nationale en a appelé au renforcement du rôle central des secrétariats généraux ITP et RECO conformément à l’ordonnance n°293.

Les partisants ont formulé une première recommandation sur la réforme des offices pour laquelle les participants ont appelé à des études institutionnelles sous 12 mois pour adapter le fonctionnement de l’Office des routes, de l’Office de voirie et drainage (OVD), du Bureau d’études d’aménagement urbain et de la Cellule d’infrastructures, afin de passer d’une culture des moyens à une culture des résultats.

Deuxième recommandation, Audit et assainissement de toutes les structures des ITP sous 12 mois, avec réforme des textes et redynamisation du bureau d’études.

La création d’une autorité de régulation des infrastructures et travaux publics est la troisième recommandation du forum. Selon les participants, cette structure serait chargée de veiller à l’éthique, à la qualité des matériaux et au respect des normes sur l’ensemble du territoire.

Sur la quatrième recommandation portant sur la Digitalisation et le suivi, les participants ont suggéré la mise en place d’un tableau de bord digital pour la visualisation en temps réel de l’avancement des chantiers et des alertes automatiques.

Cinquième recommandation : harmonisation des prix. Cette harmonisation passerait par la création d’une mercuriale des prix des ITP pour mettre fin aux surfacturations.

Deuxième axe : le Financements et partenariats public-privé (PPP)

La sixième recommandation intervenant sous cet axe porte sur la Bancabilité des projets. Elle consisterait, selon les participants, en la constitution d’une base de projets prioritaires issus du Programme d’investissement public (PIP) 2026-2028, dotés d’études de faisabilité complètes (APS, APB), pour attirer les investissements privés nationaux et internationaux.

À la septième recommandation qu’est l‘Optimisation du FONER, les participants appellent à la structuration des ressources du Fonds national d’entretien routier et à la généralisation du péage automatique pour garantir une maintenance préventive et curative systématique du réseau routier.

Axe trois : Innovation, transition numérique et normes résilientes

Et huitième recommandation : la Transition numérique consistant, selon l’appel des participants, en la généralisation de l’usage du Building Information Modeling (BIM) et du Système d’information géographique (SIG) pour la planification et le suivi des chantiers.

Pour ce qui est des Normes résilientes, neuvième recommandation de la Conférence Nationale sur les infrastructures, les travaux appellent à l’adoption d’un référentiel technique national des constructions adaptées aux changements climatiques, favorisant l’utilisation des matériaux locaux et écologiques.

Enfin, quatrième axe : Contenu local et promotion des PME

La Clause de contenu local est la dixième recommandation qui porte sur l’instauration d’un quota minimal de 30 % des sous-traitances aux entreprises congolaises dans tous les grands marchés de BTP, avec mécanisme de participation citoyenne et implication des autorités coutumières et traditionnelles.

Onzième recommandation, enfin : Formation et certification. Les participants en appellent au lancement d’un programme national de certification des métiers du BTP pour garantir une main-d’œuvre qualifiée et compétitive.

Pour un mécanisme de suivi exigeant

Afin de mener à bien cette feuille de route avec ses quatre axes majeurs d’action et ses onze recommandations, les parties prenantes ont convenu de la création d’un secrétariat permanent de suivi de la Déclaration de Kinshasa, placé sous la coordination de la Première ministre, avec un rapport d’avancement semestriel présenté devant le Parlement.

Dans ce cadre, un comité de suivi et d’évaluation multi-acteurs (ministres, partenaires techniques et financiers, société civile) devra être opérationnalisé, avec l’institutionnalisation de rapports annuels.

Appels urgents au Parlement et au gouvernement

Par ailleurs, la déclaration de Kinshasa demande instamment au Parlement et au gouvernement de légiférer en urgence pour compléter l’arsenal juridique dans les secteurs des ITP, de l’urbanisme, de l’aménagement du territoire et de l’habitat, notamment à travers :

Un code de classification et de modernisation routière (largeurs : 70 m pour les routes nationales, 50 m pour les principales, 40 m pour les secondaires) ;

La création d’une autorité nationale de régulation de l’occupation des terres

L’adoption de normes obligatoires pour les matériaux de BTP, la résilience climatique et le bétonnage, avec certification aux normes internationales harmonisées ;

La transparence des marchés publics et des PPP par la digitalisation des appels d’offres et l’application de sanctions contre la corruption ;

Le transfert des compétences de voirie aux provinces, sous coordination nationale du ministère des ITP ;

La création officielle de services publics dénommés « Nouveaux bâtiments administratifs » (NBA) chargés de l’entretien et de l’amélioration des bâtiments de l’État ;

La création d’un fonds souverain de reconstruction et la mise en place d’une politique nationale de la reconstruction, avec un secrétariat général à la reconstruction comme organe central.

Perspectives : une évaluation en 2027 et une deuxième édition

La première édition de la conférence nationale sur les infrastructures s’achève sur une note d’espoir mais aussi d’exigence. Une évaluation rigoureuse du parcours sera adressée à la prochaine édition, dont la date n’a pas encore été fixée.

D’ici là, le gouvernement s’engage à mettre en œuvre la feuille de route 2026-2050, avec des réformes immédiates attendues dès 2027 : digitalisation du suivi, harmonisation des prix, restructuration des offices et création de l’autorité de régulation.

La Déclaration de Kinshasa, désormais signée, engage la responsabilité collective pour un secteur des ITP moderne au service du développement inclusif de la RDC.

Jonas Eugène Kota

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