UNISIC : « Festival » scientifique des DEA

L’Université des Sciences de l’Information et de la Communication (UNISIC) a vécu, cette semaine finissante, des moments à la hauteur de sa vocation : penser, questionner, déconstruire et éclairer la société congolaise. Une dizaine de jurys ont siégé en cascade pour examiner, dans le fond et dans la forme, les mémoires de Diplôme d’Études Approfondies (DEA).

Dans les auditoires, l’effervescence avait des allures de « festival » scientifique. Les thèmes abordés témoignent d’une université connectée aux réalités contemporaines : transport en commun assuré par les motards, fake news et fact-checking, discours médiatique en période électorale, régulation en temps électoral et remédiation juridique, communication institutionnelle, sous-représentativité des femmes en politique, musique publicitaire, appropriation d’Internet par les élèves, etc.

Au terme des délibérations, les dissertations décortiquées ont été admises, certaines avec distinction, d’autres avec grande distinction. Deux travaux, particulièrement salués, ont marqué les esprits par leur profondeur analytique et leur portée sociétale.

Élections 2023 : la neutralité journalistique disséquée

Avec son mémoire intitulé « Postures, positionnements et performance de la neutralité dans le discours journalistique », Rigobert Mukendi wa Mukendi s’est attaqué à un mythe tenace : celui d’une neutralité médiatique évidente lors de la présidentielle de 2023 en RDC.

Son analyse sociodiscursive démontre que la neutralité ne relève pas d’un état naturel du journalisme, mais d’une « performance » : une construction stratégique mobilisant des ressources linguistiques et symboliques pour asseoir crédibilité et légitimité.

En scrutant la couverture médiatique de la campagne électorale, le chercheur met en lumière les jeux de postures et les positionnements implicites qui façonnent le récit public.

Dirigé par le Professeur Georges Jérémie Wawa, le candidat a défendu son travail devant un jury présidé par le Professeur Ordinaire Eddie Tambwe Kitenge, assisté des professeures Madeleine Mbongo Mpasi et Cris Makelele.

Les échanges, d’une haute tenue scientifique, ont consacré la rigueur méthodologique et l’originalité de l’approche. Verdict : Grande Distinction.

Un membre du jury a salué « un travail boussole pour comprendre comment l’information se fabrique en période de haute tension politique ».

Les « Wewas » : l’ordre caché derrière l’apparente anarchie

Autre recherche couronnée de la mention Grande Distinction, celle de Tshimungu Bipendu Myriam, consacrée aux motards-taxis de Kinshasa, communément appelés « Wewas ».

Pendant quarante jours, de la Gombe à Mikondo en passant par Kintambo-Magasin et Pompage, la chercheure a mené une immersion ethnographique au cœur de cet univers souvent perçu comme anarchique. Sa question centrale : comment des collectifs professionnels émergent-ils et se stabilisent-ils dans un contexte de précarité économique et de régulation formelle limitée ?

Son enquête révèle que, loin du chaos apparent, les « Wewas » structurent leur activité autour d’un système communicationnel dense : routines interactionnelles, mécanismes d’entraide, solidarités financières telles que le « likelemba ».

La communication ne se limite pas à coordonner l’action ; elle produit le groupe lui-même, ses règles implicites, ses identités professionnelles et ses territoires.

Ainsi, dans un environnement institutionnel fragile, un ordre collectif émerge par la force des pratiques ordinaires. Une démonstration scientifique puissante qui éclaire d’un jour nouveau l’économie dite « informelle » en RDC.

Un renouveau académique assumé

Ce « festival » scientifique intervient dans un contexte particulier : celui d’un renouveau managérial à l’UNISIC, porté par le nouveau comité de gestion dirigé par la professeure Espérance Bayedila Tshimungu. Après une longue parenthèse d’obscurité managériale, scientifique, académique et administrative, l’institution affiche aujourd’hui une volonté affirmée de redynamisation.

La qualité des travaux présentés, la rigueur des jurys et la pertinence des thématiques témoignent d’une université résolument tournée vers l’excellence et l’utilité sociale de la recherche.

À l’UNISIC, la science ne se contente plus d’observer la société congolaise : elle la questionne, la déconstruit et contribue à en écrire l’avenir.

Jonas Eugène Kota

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *