La campagne présidentielle est officiellement lancée au République du Congo. Depuis ce samedi 28 février, les candidats ont deux semaines pour convaincre avant le scrutin du 15 mars, dans un climat politique marqué par l’absence des principaux partis d’opposition et la longévité exceptionnelle du chef de l’État sortant.
Au centre de l’affiche : Denis Sassou Nguesso. À 82 ans, dont plus de 40 passés au pouvoir, le président sortant sollicite un nouveau mandat sous la bannière du Parti Congolais du Travail (PCT). Une candidature qui cristallise les tensions et entretient le débat sur l’alternance dans ce pays d’Afrique centrale.

La Cour constitutionnelle a retenu sept dossiers pour cette élection, dont Dave Mafoula, figure de l’opposition, qui axe sa campagne sur la réforme de la justice et la lutte contre la corruption ; Destin Gavet, également issu de l’opposition ; Anatole Limbango Ngoka, candidat indépendant se réclamant d’une alternative républicaine ; Frédéric Biamou, ancien chef rebelle, dont la candidature a été formalisée ; ainsi que deux autres candidats validés par la haute juridiction.
Les principaux partis d’opposition, eux, ont choisi de ne pas participer au scrutin, dénonçant un processus jugé déséquilibré. Il s’agit de l’UPADS, aîné de l’opposition dirigé par Pascal Tsaty Mabiala, et l’UPRN de Mathias Dzon, qui ont choisi le boycott, ainsi que le RDD de Jean-Remy Itoua et le PSDC de Vivien Romain Managou, qui ont été exclus du processus électoral.
Ces partis contestent par ailleurs la légitimité d’un nouveau mandat du président sortant, invoquant des arguments politiques, économiques et des divergences d’interprétation autour de la Constitution adoptée en 2015.
La constitution du Congo Brazzaville avait été modifiée par référendum octobre 2015 pour remodeler les conditions d’éligibilité à la présidence : l’âge minimum avait été abaissé de 40 à 30 ans, tandis que la limite d’âge supérieure de 70 ans était purement et simplement supprimée.
Le mandat présidentiel avait été réduit de sept à cinq ans, tandis que le nombre de mandats autorisés a été augmenté de deux à trois.
L’adoption de cette nouvelle Constitution a permis une « remise à zéro » du compteur des mandats, rendant éligible le président sortant Denis Sassou Nguesso, alors âgé de 71 ans et en fin de second mandat.
Officiellement approuvé par 92,26 % des voix avec une participation de 72,44 %, ce scrutin a été immédiatement contesté par une opposition qui dénonçait un « coup d’État constitutionnel » et avait appelé au boycott. Des violences avaient éclaté à Brazzaville et Pointe-Noire lors des manifestations contre ce projet.
Cette réforme a ouvert la voie à la réélection de Denis Sassou Nguesso en 2016 puis en 2021, et marqué le début d’une instabilité constitutionnelle, le pays ayant depuis adopté un nouveau texte en 2023 pour instaurer la Quatrième République.
JDW

