Au cœur d’une tempête médiatique attisée par Kigali, la journaliste angolaise Hariana Veras, correspondante accréditée à la Maison Blanche et au Pentagone, peut désormais compter sur un soutien diplomatique et humain de poids. Antoine Ghonda Mangalibi, Ambassadeur itinérant du Chef de l’État, monte au créneau pour dénoncer ce qu’il qualifie de « bruits » et de « caricatures » autour d’un geste qu’il estime « simple et profondément humain ».
Depuis plusieurs jours, en effet, la journaliste indépendante est la cible d’attaques au discrédit, essentiellement en raison de sa proximité professionnelle avec l’agression rwandaise contre la RDC. Kigali, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, a activé une véritable machine de communication contre celle qui s’est imposée comme l’une des voix africaines les plus audibles sur la question de l’agression rwandaise en RDC sous couvert du M23.
Lui-même, Ghonda, est la cible associée de ces attaques après qu’il avait offert une Bible à la journaliste lors d’une rencontre professionnelle à Luanda.
« Une action profondément humaine »
Dans une déclaration ferme ce mercredi, Antoine Ghonda refuse toute lecture malveillante de ce geste. « Ces derniers jours, j’ai vu circuler beaucoup de commentaires, beaucoup de bruits autour d’un geste, autour d’une action qui pourtant est simple, une action profondément humaine », a-t-il déclaré.
Évoquant le présent symbolique – une Bible – offert à la journaliste, il interroge : « Comment peut-on corrompre quelqu’un avec la parole de Dieu ? Une Bible, ce n’est pas une monnaie. Une Bible, ce n’est pas un privilège. Une Bible, selon ma compréhension, c’est un symbole. Un symbole qui illustre l’amour du prochain. C’est un geste, c’est un merci. »
Pour lui, il s’agit avant tout d’un acte de reconnaissance envers « une femme africaine » qui a choisi de se tenir aux côtés des victimes d’une guerre qui dure depuis plus de trente ans.
« Une dame qui a choisi de se tenir aux côtés de ceux qui souffrent. Avons-nous encore le droit de dire merci aujourd’hui ? Sans être attaqués, sans être caricaturés ? »
La journaliste qui a posé « la question qui dérange »
Hariana Veras s’est distinguée par son interview du président américain Donald Trump, au cours de laquelle elle a publiquement évoqué la violation de l’Accord de Washington par le Rwanda après la chute d’Uvira. Une séquence qui, selon plusieurs observateurs, a contribué à internationaliser davantage la question congolaise.
Antoine Ghonda salue ce courage journalistique :« Elle est allée poser la question aux décideurs du monde. Au président Donald Trump. Quid de ce peuple qui souffre ? Quid des accords signés ? Pourquoi le peuple continue-t-il d’être martyrisé ? Pourquoi faut-il que quelqu’un pose la question ? »
Et d’ajouter, dans un ton empreint de reconnaissance :« Merci, Ariana. Si cette Bible vous a touchée pour davantage poser des questions par rapport à cette paix qu’on attend, je viendrai encore vous donner une deuxième Bible. »
« Je suis un soldat diplomatique »
Par ailleurs, face aux critiques, l’ambassadeur assume pleinement son geste et son engagement. « J’ai ma conscience bien tranquille. Je suis en paix vis-à-vis de mon pays. En paix vis-à-vis de mes concitoyens. »
Nommé par ordonnance présidentielle, il rappelle la nature de sa mission :« Je suis un soldat. Mais un soldat diplomatique. La diplomatie, ce n’est pas un creux. C’est un travail. C’est un engagement quotidien. C’est ce que le peuple congolais attend de celles et de ceux qui se disent patriotes. »
Un appel aux Congolais : « Défendons notre propre cause »
Au-delà du soutien à la journaliste angolaise, Antoine Ghonda adresse un message direct aux Congolais. « C’est toujours les étrangers qui viennent parler pour nous. Nous autres, on les connaît. Pourquoi faut-il que quelqu’un d’autre pose la question à notre place ? »
Il dénonce « des complicités internes », « des trahisons » et « des collusions qui prolongent la souffrance de notre peuple », avant d’appeler à une mobilisation nationale autour de l’essentiel : « Trente années de guerre. Trente années de larmes. Trente années de vies brisées. Ça suffit. »
Réaffirmant son attachement à la vision du Chef de l’État, il conclut :« Je reste profondément attaché à la vision du Président Félix Tshisekedi : libérer les territoires encore en guerre, restaurer la dignité nationale et rendre justice au peuple, toutes tendances confondues. Faisons désormais en sorte qu’ensemble nous puissions dire non à l’agression. Réconcilions-nous. »
Dans une bataille où l’information est devenue un champ de confrontation stratégique, le soutien affiché d’Antoine Ghonda à Hariana Veras dépasse le simple geste symbolique. Il s’inscrit dans une guerre narrative où diplomatie, humanisme et patriotisme se croisent, et où, selon ses mots, « le chien aboie, la caravane avance ».
JEK

