Télécoms : le géant sud-africain MTN Group opère illégalement en RDC, l’ARPTC dénonce

L’Autorité de Régulation de la Poste et des Télécommunications du Congo (ARPTC) accuse MTN Group de fournir illégalement des services de téléphonie mobile et d’accès à Internet sur le territoire de la République démocratique du Congo, notamment dans les villes de Goma et de Rutshuru, au Nord-Kivu. Dans un communiqué de presse daté du 11 février 2026 et signé par son président, Christian Katende, le régulateur congolais dénonce une exploitation effectuée « sans être titulaire d’un titre d’exploitation régulièrement délivré », en violation de la loi n°20/017 du 25 novembre 2020 relative aux télécommunications et aux technologies de l’information et de la communication.

Selon l’ARPTC, cette situation constitue une « exploitation irrégulière » exposant l’entreprise concernée à des poursuites, tant au niveau national qu’international. L’institution affirme s’être déjà portée vers les instances compétentes et prévient qu’elle « ne lésinera sur aucune voie de droit » afin de faire respecter les lois de la République et la souveraineté numérique du pays.

Goma et Rutshuru, au cœur d’un contexte sécuritaire explosif

Les localités citées par le régulateur — Goma et Rutshuru — se situent dans une zone en proie à une instabilité persistante, marquée par la présence occupationniste des forces rwandaises en soutien au M23. Depuis plusieurs années, le gouvernement congolais accuse le Rwanda de soutenir le mouvement rebelle M23, actif dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu.

Kinshasa considère certaines portions de ce territoire comme étant sous occupation étrangère de facto, en raison du contrôle exercé par des groupes armés appuyés de l’extérieur.

C’est dans ce contexte sécuritaire et politique extrêmement sensible que l’ARPTC situe les opérations dénoncées. Pour les autorités congolaises, toute prestation de services télécoms sans autorisation formelle dans ces zones ne relève pas seulement d’une infraction administrative, mais touche également à des enjeux de souveraineté nationale et d’intégrité territoriale.

Une question de souveraineté numérique

Au-delà du cadre strictement réglementaire, l’affaire revêt une dimension stratégique particulièrement sensible. Le secteur des télécommunications est considéré comme un pilier de la souveraineté numérique, notamment dans des régions où le contrôle des réseaux peut avoir des implications sécuritaires, économiques et informationnelles majeures.

La loi congolaise impose en effet à tout opérateur souhaitant fournir des services de télécommunications sur le territoire national d’obtenir un titre d’exploitation dûment délivré par les autorités compétentes. L’absence d’une telle autorisation expose l’opérateur à des sanctions prévues par la législation en vigueur.

À ce stade, MTN Group n’a pas encore publiquement réagi au communiqué de l’ARPTC. Le groupe sud-africain, présent dans plusieurs pays africains et comptant des centaines de millions d’abonnés, pourrait se retrouver au cœur d’un contentieux à forte portée diplomatique et économique.

L’évolution de ce dossier sera suivie de près, tant par les acteurs du secteur des télécommunications que par les observateurs de la situation sécuritaire à l’Est de la RDC, où les enjeux de connectivité se mêlent désormais aux questions de souveraineté et de contrôle territorial.

JEK

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