La CIRGL appelle au retrait « sans délai » des troupes rwandaises, Floribert Anzuluni salue une reconnaissance explicite de l’agression

La République démocratique du Congo a obtenu, lors du IXᵉ Sommet des Chefs d’État de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), un soutien diplomatique inédit : les États membres ont exigé le retrait immédiat des troupes du pays agresseur, une formulation qui, selon Kinshasa, désigne clairement le Rwanda. L’annonce a été faite ce lundi lors d’un briefing spécial conjoint animé par le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, et celui de l’Intégration régionale, Floribert Anzuluni.

Au cœur de cette communication, un message central : la reconnaissance officielle, au sein d’un cadre multilatéral africain, de l’agression dont se dit victime la RDC. « C’est la première fois que la CIRGL, qui rassemble les pays directement liés aux crises de l’Est congolais, nomme clairement la source de l’agression », a souligné le ministre Anzuluni.

Un sommet stratégique après cinq années de silence institutionnel

Réuni samedi 15 novembre à Kinshasa, le sommet marque la reprise des assises ordinaires de la CIRGL, qui ne s’était plus réunie depuis 2020. Les Chefs d’État ont confié pour deux ans la présidence de l’organisation au Président Félix Tshisekedi, tandis que le ministre Anzuluni prend la tête du Comité interministériel régional.

Créée en 2006 par le Pacte sur la sécurité, la stabilité et le développement, la CIRGL repose sur une architecture de protocoles régissant la non-agression, la démocratie, la justice, la lutte contre l’exploitation illégale des ressources naturelles ou encore la prévention des violences sexuelles. Ses douze États membres couvrent un espace où s’entrecroisent enjeux politiques, intérêts économiques et tensions sécuritaires.

Une déclaration ferme qui pointe l’agresseur

La Déclaration de Kinshasa, adoptée par onze États signataires, constitue l’un des temps forts du sommet. Elle appelle à « soutenir le processus de paix en RDC » mais surtout à exiger le retrait sans délai des troupes du pays agresseur, conformément à la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies.

En insistant sur ce point, les chefs d’État signataires entendent envoyer un message de fermeté dans une région marquée depuis trois décennies par des cycles d’affrontements, en grande partie concentrés dans l’Est de la RDC. Pour Kinshasa, cette position représente un tournant diplomatique majeur.

« La valeur ajoutée de cette déclaration, c’est la reconnaissance explicite par les États membres du rôle du Rwanda dans l’agression de notre pays », a affirmé le ministre Anzuluni, soulignant la portée politique d’un tel engagement dans une organisation où siège également Kigali, officiellement invité au sommet.

Une confiance renouvelée dans le leadership congolais

En assumant la présidence de la CIRGL, la RDC voit son rôle consolidé dans la recherche de solutions régionales aux conflits qui l’affectent. « La confiance des États membres reflète l’importance de l’engagement de la RDC dans la stabilisation de la région », a noté Patrick Muyaya.

Contrairement à d’autres organisations continentales, la CIRGL regroupe les États africains les plus impliqués — directement ou indirectement — dans les dynamiques de guerre à l’Est du Congo. Les décisions qui y sont prises revêtent ainsi un poids particulier pour l’équilibre sécuritaire régional.

Un cadre de coopération renforcé

Les ministres ont rappelé que les États membres de la CIRGL sont liés par une série de protocoles couvrant la défense mutuelle, la prévention du génocide, la protection des personnes déplacées ou encore la lutte contre la prédation des ressources naturelles. Cinq grands programmes d’action structurent ces engagements, allant de la sécurité au développement économique.

Pour Kinshasa, l’appui renouvelé de la CIRGL sur la question de l’agression rwandaise représente une avancée politique susceptible d’alimenter sa stratégie diplomatique, alors que les combats se poursuivent dans plusieurs zones stratégiques du Nord-Kivu.

JEK

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