La RDC dans la tourmente autour de Kamerhe : Quand l’instabilité interne nourrit la poudrière régionale

Alors que la poudrière d’Uvira menace d’embraser toute la région, Kinshasa semble s’égarer dans ses propres batailles : pétitions, arrestations, rumeurs de mise à prix. Comment espérer rassurer les partenaires et contenir la tempête à l’est quand le pouvoir se laisse dicter son rythme par ses faucons ?

Vendredi 5 septembre 2025, la capitale a basculé dans une atmosphère de guerre politique. Des députés interpellés à l’hôtel Everest pour avoir signé une pétition contre le bureau de Vital Kamerhe. D’autres, au même moment, cueillis au Kin Plaza Rotana alors qu’ils affichaient leur soutien au président de l’Assemblée nationale. Une douzaine reste encore détenue.

Une majorité qui arrête ses propres élus. Une chambre basse transformée en champ de bataille. Une opinion publique médusée, en sérieuse difficulté de lire les lignes de la gouvernance.

C’est dans ce climat déjà saturé que Félix Tshisekedi a convoqué une réunion interinstitutionnelle ce lundi. Une tentative de reprendre la main, de contenir l’hémorragie, mais aussi de rappeler à l’ordre des acteurs dont la loyauté vacille.

Kamerhe, cible encombrante

Vital Kamerhe, président de l’Assemblée nationale et présidentiable en puissance pour 2028, est devenu l’homme à abattre. Un récent article de Congo Guardian a évoqué la mise à prix de sa tête. Officiellement, il s’agit de discipline institutionnelle. (relire utilement cet artcle en cliquant sur ce lien : https://congoguardian.com/2025/09/04/assemblee-nationale-les-faucons-de-lusn-mettent-a-prix-la-tete-de-vital-kamerhe/)

En réalité, c’est un jeu d’élimination politique. Mais chercher à abattre Kamerhe, c’est ouvrir une brèche, fragiliser l’équilibre déjà vacillant de l’Union sacrée et donner à voir un pouvoir miné par ses rivalités plutôt que consolidé par ses ambitions.

La dynamique est claire : plus le régime s’acharne sur Kamerhe, plus il ouvre un boulevard aux mécontents.

Le front de solidarité avec Constant Mutamba, dont les sympathisants dénoncent un « sacrifice » après services rendus, reste une plaie vive. Et la diaspora d’opposants exilés, elle, se nourrit de ces contradictions pour affirmer qu’aucune cohésion réelle n’existe au sommet. Avec le risque de les voir rafler l’oreille attentive dans les cénacles décisionnels internationaux…

Le miroir international

Car ces fissures internes ne restent pas confinées à Kinshasa. Elles se répercutent aussitôt sur la scène diplomatique. Les chancelleries s’interrogent sur la vraie direction que le pouvoir veur imprimer au pays. Les bailleurs, quant à eux, s’inquiètent de financer un État plus préoccupé par ses querelles que par ses priorités.

Les voisins guettent la moindre faille, redoutant qu’elle ne se transforme en chaos exportable.

Comment inspirer confiance quand chaque semaine révèle une nouvelle querelle interne ?
Comment obtenir des soutiens quand les divisions sont plus visibles que les solutions ?
Comment prétendre incarner la stabilité quand l’instabilité devient la règle ?

La RDC, censée être le pilier d’Afrique centrale, finit par projeter l’image d’un colosse fragile. Une image de nature à user la patience des partenaires et risque, à terme, de coûter plus cher que les menaces armées elles-mêmes.

Uvira : la poudrière négligée…

Pendant que Kinshasa s’embourbe dans ses luttes de pouvoir, le danger le plus pressant s’accumule ailleurs : à Uvira, au Sud-Kivu. Territoire stratégique, carrefour de tensions, cette zone peut à tout moment déclencher une déflagration régionale.

Un territoire où la moindre étincelle peut rallumer le feu. Un carrefour où la guerre par procuration pourrait s’officialiser. Un front qui risquerait, si l’on n’y prend garde, d’emporter toute la sous-région dans sa chute.

Ici, le risque est limpide : le Burundi de Ndayishimiye face au Rwanda de Kagame, accusé de soutenir la rébellion tutsi burundaise du RED-Tabara. Une confrontation par procuration qui, si elle se confirmait, transformerait l’est du Congo en champ de bataille régional.

Conscient de cette menace, le président burundais a opéré un repli stratégique à Kitega. Mais la RDC, absorbée par ses querelles internes, donnerait l’image d’un État aveugle au feu qui monte à ses frontières.

Le rendez-vous critique

Ce lundi, à la Cité de l’Union africaine, le président Tshisekedi réunira ses principaux collaborateurs en réunion interinstitutionnelle. Le rendez-vous est critique.

Réussira-t-il à restaurer une unité fragile et à recentrer l’agenda sur la pacification de l’est, ou cédera-t-il à la tentation de régler ses comptes politiques en interne ?

Un pouvoir qui se dévore lui-même. Un pays qui se fragilise au moment où il devrait se consolider. Une poudrière régionale qui menace pendant que Kinshasa se déchire, tel est l’image terrifiante que projette le pays de Lumumba.

La RDC joue gros. Trop gros. Et si rien ne change, l’image d’instabilité chronique finira par coûter plus cher que toutes les menaces extérieures réunies.

Jonas Eugène Kota

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