Rentrée parlementaire : Augustin Kabuya demande le report de la plénière pour fuir l' »opposition ya pété » !

Il y a des courriers qui sentent la poudre, et d’autres qui sentent la panique. La lettre – très officielle – que l’honorable Augustin Kabuya Tshilumba, député national et ci-devant patron du groupe parlementaire de la majorité, a adressée au Président de l’Assemblée nationale (avec ampliation aux VPM de l’intérieur et de la défense) sent, ma foi, très fort la sueur froide.

Dans ce document daté du 7 septembre, l’homme fort de l’UDPS ne demande pas moins que de reporter à la soirée la cérémonie d’ouverture de la session ordinaire, habituellement prévue le mardi 15 septembre à 15h00.

Motif invoqué ? La peur. Non pas la peur bleue, mais la peur des manifestations de l’opposition.

Selon le député en effet, des « formations politiques de l’opposition » auraient annoncé des rues agitées. Le Palais du Peuple risquant de devenir « un point de chute » pour ces contestataires, notre élu suggère ni plus ni moins de décaler l’événement pour que la République ne soit pas bousculée par… ses citoyens.

Le défaitisme érigé en art de gouverner

Avouons-le : il faut une certaine dose de défaitisme consommé pour qu’un représentant du peuple, qui plus est membre de la majorité au pouvoir, suggère à la puissance publique de s’incliner devant une simple projection de marche.

impensable de la part de cet homme qui, à longueur de ses matinées vespérales, ne cesse de clamer que cette opposition ne représente aucune force (opposition ya pète). Très récemment d’ailleurs il a prétendu qu’à lui seul il peut drainer une foule plus importante à cette même rentrée parlementaire !

Depuis quand la souveraineté d’un État se négocie-t-elle à l’aune de la crainte d’un rassemblement ? Depuis quand la deuxième institution du pays doit-elle se terrer dans l’obscurité du soir pour éviter la lumière crue des revendications populaires ?

À moins que sa démarche ne cache un coup fourré à mettre sur le compte des opposants le moment venu, Augustin Kabuya semble oublier une règle élémentaire de la démocratie : manifester est un droit constitutionnel, pas une nuisance qu’on esquive par un tour de passe-passe horaire. En sa qualité d’élu du peuple, son rôle est aussi, et premièrement, d’écouter ce même peuple afin de pouvoir porter le plaidoyer de ses doléances.

En demandant de décaler l’ouverture pour « préserver la sécurité », l’honorable député ne protège pas la République ; il la cache, alors que lui-même décline sa charge de »représentant du peupl ».

Il transforme une institution qui devrait être le cœur battant de la démocratie en une forteresse assiégée qui préfère fermer les volets plutôt que d’écouter le bruit de la rue.

L’arroseur arrosé, ou l’histoire qui bégaie

Mais le plus savoureux dans cette requête, c’est l’amnésie sélective de son auteur. Car Augustin Kabuya, avant d’être l’élégant notable en costume cravate que l’on connaît, a été un opposant farouche. Jusqu’en 2018, il était de ceux qui battaient le pavé avec hargne, qui encerclaient le Palais du Peuple, qui criaient haut et fort que le peuple avait le droit de dire non à ceux qui confisquaient le pouvoir, et il n’avait pas tort.

À l’époque, il trouvait cela héroïque, nécessaire, démocratique et il n’avait pas tort.

Aujourd’hui que les rôles sont inversés, voilà que l’ancien activiste demande à l’État de se terrer. C’est le syndrome de la girouette qui a le vertige : on a tant manifesté qu’on en oublie que la rue appartient à tout le monde.

En voulant fuir ce même peuple qui a prévu de venir lui soumettre ses doléances, Augustin Kabuya ne fuit pas seulement une manifestation ; il fuit le miroir de sa propre histoire. Et ce miroir, aujourd’hui, lui renvoie l’image d’un pouvoir qui aurait peur de son ombre.

Une soirée pour éviter le débat

En fin de compte, ce report nocturne n’est pas une mesure de « sécurité préventive » comme le prétend la lettre. C’est une mesure d’évitement politique.

En déplaçant l’ouverture à la nuit tombée, on espère que les caméras ne verront que les lustres du protocole, et non les pancartes de la colère.

Mais que l’honorable Kabuya se rassure : à force de vouloir éviter le peuple le jour, il finira par le retrouver la nuit. Car la démocratie, comme le soleil, ne se couche jamais vraiment.

Elle attend juste son heure…

Jonas Eugène Kota

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