RDC : Émoi au Sénat après l’interpellation de sénateurs en fonction et honoraire

L’interpellation de la sénatrice Carole Agito Amela et l’arrestation annoncée de l’ancien président du Sénat Alexis Thambwe Mwamba ravivent les interrogations sur le respect des immunités parlementaires au Sénat. Le deuxième vice-président de la chambre haute, Norbert Basengezi Katintima, aurait également été visé par une tentative d’interpellation.

Le Sénat congolais est secoué par une succession d’affaires impliquant des personnalités parlementaires, en fonction ou anciennes titulaires de hautes responsabilités. En quelques heures, ces événements ont placé les conditions d’intervention des services de sécurité et le respect des garanties légales au centre des préoccupations de la chambre haute.

À l’ouverture de la plénière de jeudi, son président, Jean-Michel Sama Lukonde, a vivement dénoncé l’interpellation de Carole Agito Amela, survenue mercredi sur la voie publique à Kinshasa avant d’être relâchée quelques heures plus tard.

Le président du Sénat a estimé que la procédure était « contraire à l’article 107 de la Constitution et à l’article 223 du règlement intérieur », qui encadrent les immunités parlementaires.

Carole Agito, une alliée du pouvoir interpellée

L’affaire suscite des interrogations au sein de l’Union sacrée, dont Carole Agito Amela est une figure. Sénatrice de la Grande Orientale, elle a participé à la coordination de la campagne de Félix Tshisekedi dans l’ancienne Province orientale lors de la présidentielle de 2023. Membre du présidium de la plateforme présidentielle et présidente d’un parti allié de l’UDPS, elle a également été rapporteure de la commission spéciale du Sénat ayant autorisé l’instruction du dossier visant l’ancien président Joseph Kabila.

Ces derniers jours, elle avait aussi affiché son engagement contre l’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23), son parti ayant pris position publiquement dès mardi.

Selon des sources proches du dossier, elle préparait pour ce week-end une réunion élargie des députés nationaux et sénateurs de la Grande Orientale afin de mobiliser ces élus en faveur du chef de l’État.

Son interpellation a suscité l’incompréhension de certains de ses collègues. « Au-delà des immunités, elle ne mérite pas un traitement aussi dégradant », confie un sénateur de la majorité.

Alexis Thambwe Mwamba arrêté à son domicile

La tension est montée d’un cran vendredi avec l’arrestation signalée d’Alexis Thambwe Mwamba, ancien président du Sénat, ancien ministre de la Justice et figure du régime de Joseph Kabila, âgé aujourd’hui de plus de 80 ans.

Selon des sources concordantes, il a été interpellé à son domicile, la villa Mwamini, située avenue Hesbaye, dans le quartier Joli-Parc, à Ngaliema. Son entourage affirme que plus de trente militaires auraient été mobilisés pour l’opération.

Une perquisition aurait également été menée dans la résidence par une vingtaine d’agents du Conseil national de cyberdéfense (CNC).

Selon les informations disponibles au moment de la rédaction, l’ancien président du Sénat était toujours détenu. Les autorités n’avaient pas officiellement communiqué les motifs de son arrestation.

Ses proches indiquent qu’il était rentré à Kinshasa jeudi vers 18 heures, après une semaine passée à Kindu.

Cette affaire intervient une dizaine de jours après l’interpellation de son ancien chargé de mission, aujourd’hui fonctionnaire au ministère des Affaires étrangères, pour lui avoir délivré un passeport diplomatique. Selon ses avocats, Alexis Thambwe Mwamba avait adressé une correspondance à la ministre d’État aux Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, pour demander le renouvellement de ce document, en invoquant son statut d’ancien président du Sénat.

Aucun élément officiel ne permet, à ce stade, d’établir un lien direct entre cette affaire et son arrestation.

Norbert Basengezi Katintima également visé ?

Avant l’interpellation de Carole Agito, le deuxième vice-président du Sénat, Norbert Basengezi Katintima, aurait lui aussi été l’objet d’une démarche d’arrestation par les services de sécurité, mais ni les circonstances précises de cet épisode ni les motifs de la mesure envisagée n’ont été établis publiquement.

Ce jeudi au Sénat, Sama Lukonde a soulevé une question centrale : les garanties constitutionnelles accordées aux parlementaires ont-elles été respectées ?L’article 107 de la Constitution encadre les immunités des députés et des sénateurs, tandis que l’article 223 du règlement intérieur du Sénat est invoqué par Jean-Michel Sama Lukonde.

Ces protections ne constituent pas une dispense générale de répondre de ses actes devant la justice, mais leur mise en œuvre obéit à des conditions légales précises, a-t-il revendiqué.

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