Le Président de la République d’Angola, João Lourenço, a salué le dénouement historique et l’aboutissement du processus de l’accord sur la Zone d’intérêt commun (ZIC) pétrolière maritime, lors d’un point de presse conjoint tenu ce mercredi à Kinshasa aux côtés de son homologue congolais, Félix Tshisekedi. Cette visite de travail officielle scelle la relance effective d’un projet d’exploration d’hydrocarbures initié en 2013, mais resté bloqué pendant plus d’une décennie.
Grâce à une impulsion politique bilatérale amorcée en juillet 2023, le dossier passe désormais à son étape opérationnelle après la ratification et la publication des instruments juridiques au Journal officiel de la RDC.
« Ce mémorandum d’entente signé en 2013 est resté longtemps lettre morte faute d’exécution technique », a formellement reconnu le chef de l’État angolais devant les médias. Il a souligné la rupture majeure opérée par les deux gouvernements, attribuant le succès actuel à une « impulsion politique directe » visant à exiger des résultats concrets des administrations respectives.
En RDC, cette avancée a également été saluée comme l’aboutissement d’un long processus institutionnel et juridique. La ministre d’État, ministre des Hydrocarbures, Acacia Bandubola Mbongo, avait présenté au Conseil des ministres du 14 août 2026 une note consacrée à l’opérationnalisation de l’Accord de gouvernance et de gestion de la ZIC. Cette étape faisait suite à la signature, le 22 juillet 2026 à Luanda, avec son homologue angolais Diamantino Pedro Azevedo, de l’avenant au Contrat de partage de production du bloc 14/23.
Cet avenant a permis de finaliser les derniers réglages administratifs, financiers et juridiques nécessaires au passage vers la phase opérationnelle.
La position congolaise s’inscrit dans une démarche engagée depuis plusieurs années. En décembre 2024, le ministre des Finances Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi avait déjà présenté la signature des accords de partage des revenus et de respect des obligations fiscales comme une étape majeure pour l’accroissement des recettes publiques. Les recettes fiscales attendues avaient alors été évaluées à 5,56 milliards de dollars américains, à répartir à parts égales entre les deux États.
De son côté, le ministère des Hydrocarbures avait souligné l’importance de la ratification et de la mise en œuvre effective des accords pour permettre le démarrage des activités dans la ZIC.
Le principe d’une équité absolue à 50/50Au cœur de cette entente historique figure une gouvernance partagée.
João Lourenço a personnellement insisté sur le respect d’une répartition géopolitique juste pour rompre avec les méfiances du passé. Il a réaffirmé que la ZIC garantit que « les retombées de l’exploration conjointe du pétrole seront partagées à parts égales, 50%-50%, entre les deux pays ».
Cette égalité absolue s’appliquera strictement sur l’ensemble de la chaîne de valeur, incluant les bonus de signature, les impôts, les taxes et les éventuelles pénalités générés par les consortiums d’exploitation.
Sur le terrain, un avenant au Contrat de partage de production (CPP) a d’ores et déjà été conclu avec l’opérateur pétrolier américain Chevron.
Les mécanismes financiers arrêtés entre Kinshasa et Luanda prévoient notamment un compte commun et un dispositif de supervision destiné à encadrer les revenus issus des activités pétrolières.
Selon les données communiquées par les autorités congolaises, les recettes fiscales projetées à 5,56 milliards de dollars représenteraient, à terme et sous réserve des résultats de l’exploitation, environ 2,78 milliards de dollars pour chacun des deux États.
Un bloc offshore 14/23 aux caractéristiques techniques précises
La ZIC correspond au périmètre offshore du bloc 14/23, établi au sud du bloc 14 et au nord des blocs angolais 1, 15 et 31. Il s’agit d’une concession créée dans cet espace maritime partagé entre la RDC et l’Angola et destinée à l’exploration puis, en fonction des résultats techniques et économiques, à l’exploitation des hydrocarbures.
Le bloc 14/23 est porté par un consortium dont CABGOC, filiale de Chevron, est l’opérateur avec 31 % des intérêts. Azule Energy et ETU Energias détiennent chacune 20 %, Galp 9 %, tandis que Sonahydroc, pour la RDC, et Sonangol, pour l’Angola, disposent chacune de 10 %.
Cette configuration fait de Sonahydroc le véhicule de participation directe de la RDC dans le consortium.
L’enjeu technique immédiat demeure l’exploration. L’opérationnalisation de l’accord ne signifie donc pas encore le démarrage de la production : les travaux d’exploration doivent d’abord permettre de déterminer le potentiel réellement récupérable du bloc, les réserves commercialisables, les investissements nécessaires et les conditions économiques d’une éventuelle mise en production.
Aucune date précise de début des forages ou de production commerciale n’a, à ce stade, été officiellement annoncée.
Un « package énergétique » global pour la région
Pour Luanda, la concrétisation de la ZIC s’intègre dans une vision économique et énergétique beaucoup plus large. Le Président Lourenço a annoncé que la compagnie nationale angolaise, Sonangol, finalise actuellement des contrats d’approvisionnement direct pour commercialiser des produits pétroliers raffinés (essence et gazole) sur le marché congolais, sécurisant ainsi la consommation nationale de la RDC.
Le chef de l’État angolais a également élargi la coopération au secteur électrique, proposant d’exporter l’excédent d’énergie hydraulique de son pays pour soutenir l’industrie minière de la RDC. « Si l’Angola a un excédent d’électricité, une électricité propre, c’est une électricité moins chère aussi », a-t-il fait valoir.
Cette dynamique s’est matérialisée le même jour par la signature d’accords majeurs portant sur l’interconnexion électrique et le développement logistique du Corridor ferroviaire de Lobito.
Pour João Lourenço, ces avancées pragmatiques doivent servir de modèle d’intégration régionale, prouvant que la diplomatie peut se traduire en « bénéfices partagés concrets pour les populations ».

