Éducation en RDC : de la gratuité à la transformation, le pari de Suminwa II en l’an I

Une année s’est écoulée depuis que le Gouvernement Suminwa II entrait en fonction. À quelques jours de la rentrée scolaire du 1er septembre 2026, l’heure est au bilan de cette première année qui a vu placer l’éducation nationale et la nouvelle citoyenneté parmi les secteurs où les réformes cherchent à transformer durablement le service public. Sous la conduite de la Première ministre Judith Suminwa et le leadership reconduit de la professeure Raïssa Malu, la revisitation de ce parcours révèle une poursuite avec bonheur de la trajectoire entamée en 2024 : après avoir entrepris de remettre de l’ordre dans un système bouleversé par la massification scolaire, le Gouvernement cherche désormais à en modifier les mécanismes, de la gestion des enseignants à la numérisation des examens, en passant par la qualité des apprentissages, l’inclusion et la formation citoyenne.

L’école congolaise entre dans une nouvelle année scolaire avec une équation devenue centrale pour les pouvoirs publics : comment faire de la gratuité un véritable levier de transformation sociale sans que la massification des effectifs ne se traduise par une dégradation de la qualité ?

Depuis la généralisation de la gratuité de l’enseignement primaire en 2019 sous l’impulsion du président Félix-Antoine Tshisekedi, plusieurs millions d’enfants ont rejoint les bancs de l’école. Le ministère de l’Éducation nationale estime à plus de 5 millions le nombre d’enfants supplémentaires accueillis dans le primaire public depuis le lancement de la réforme.

Chaque année, les effectifs progressent encore d’environ 10 %. Et pour la rentrée 2026-2027, près de 30 millions d’élèves sont attendus dans le système éducatif.

Cette réussite quantitative a cependant créé un nouveau défi : l’État doit désormais transformer l’accès en apprentissage de qualité.

C’est précisément sur cette transition que se situe l’action du secteur éducatif sous le leadership reconduit de Raïssa après avoir occupé le même portefeuille depuis mai 2024. Son ministère a, en outre, vu son périmètre s’élargir à la Nouvelle Citoyenneté.

Son premier exercice avait surtout été consacré au diagnostic, à l’assainissement et à la mise en place des fondations. Au bout du compte, l’an I de Suminwa II apparaît davantage comme celui de l’institutionnalisation, de la professionnalisation, de la numérisation et de la mesure de la performance.

De la gratuité à la soutenabilité

La gratuité scolaire constitue un acquis politique majeur du premier quinquennat de Félix Tshisekedi. Mais sa consolidation est devenue l’un des principaux dossiers du ministère.

Le changement économique est considérable pour les ménages. Avant la gratuité, les familles supportaient, selon les analyses de la Banque mondiale reprises dans le bilan gouvernemental, une part très importante du financement de l’éducation, estimée à 73 %. La réforme a donc entraîné un transfert massif de pouvoir d’achat vers les ménages, évalué à plus d’un milliard de dollars par an.

Mais l’équation n’est pas achevée car la gratuité des frais scolaires ne signifie pas disparition de tous les coûts indirects. Transport, fournitures, alimentation ou autres dépenses continuent de peser sur certaines familles.

C’est pourquoi le ministère travaille à des mécanismes plus ciblés, notamment les bourses et les subventions en faveur des catégories vulnérables.

L’étape suivante se profile déjà à la lumière du chantier de l’an sous examen : préparer l’extension progressive de la gratuité au cycle terminal de l’éducation de base, sans reproduire les déséquilibres provoqués par l’explosion des effectifs au primaire.

L’enseignant, désormais au centre de la réforme

C’est probablement sur la gestion du personnel enseignant que la continuité entre le premier mandat de Raïssa Malu et sa première année sous Suminwa II apparaît le plus clairement. Lors de son premier exercice, le ministère avait engagé l’assainissement du fichier de paie. À Kinshasa, cette opération avait permis, selon les données du ministère, de dégager quelque 11 milliards de FC d’économies pour le Trésor, notamment grâce à l’identification d’agents fictifs.

Sous Suminwa II, cette logique a été prolongée par une approche davantage tournée vers la professionnalisation. Quelque 5.000 enseignants ont été recrutés sur la base du mérite depuis 2025, tandis que 1.300 enseignants âgés ont été mis à la retraite avec paiement de leurs indemnités de sortie.

La réforme s’étend également au secondaire avec l’instauration d’un concours national de recrutement. Le ministère veut ainsi progressivement faire dépendre l’accès au métier des qualifications, des compétences et des performances.

Une autre évolution concerne la féminisation du corps enseignant, avec l’annonce de l’intégration de près de 5.000 nouveaux enseignants dans dix provinces ciblées.

Le changement de philosophie est significatif : il ne s’agit plus seulement de connaître combien d’enseignants sont rémunérés, mais de savoir qui enseigne, avec quelles qualifications, dans quelles conditions et selon quelle trajectoire professionnelle.

Cette logique est prolongée par la formation continue. Une politique nationale de formation continue des enseignants du secondaire a été adoptée et commence à être déployée, tandis que des inspecteurs et encadreurs pédagogiques de plusieurs provinces sont formés pour accompagner le dispositif.

1.384 écoles : répondre à la pression démographique

La massification de l’enseignement a mécaniquement créé une pression sur les infrastructures. Après la réception de plus de 400 écoles lors de son premier exercice, le ministère fait état de 1.384 établissements scolaires construits ou réceptionnés en 2025, notamment dans le cadre du Programme de développement local des 145 territoires.

À cette dynamique s’ajoutent de nouveaux chantiers. Dans le cadre du Projet d’amélioration de la qualité de l’enseignement primaire, 56 écoles et 21 infrastructures d’eau, d’hygiène et d’assainissement ont été engagées en 2026 dans plusieurs provinces.

L’enjeu dépasse désormais la seule construction de salles de classe. Il s’agit de rapprocher l’école des enfants des zones rurales et enclavées, mais aussi de créer des environnements d’apprentissage adaptés, accessibles aux élèves en situation de handicap et davantage conformes aux exigences contemporaines.

Cette politique est également soutenue par le Projet d’apprentissage et d’autonomisation des filles, tandis que la stratégie nationale d’alimentation scolaire ouvre un nouveau front : celui des cantines.

Avec l’appui du Programme alimentaire mondial, le ministère a commencé à déployer des cantines pilotes destinées à favoriser la fréquentation scolaire, réduire les abandons et créer, lorsque cela est possible, des débouchés pour la production agricole locale. Le dispositif reste toutefois en phase de déploiement et ne peut encore être présenté comme généralisé.

L’EXetat à l’ère de l’IA

S’il est un domaine où la transformation engagée devient immédiatement mesurable, c’est celui de l’Examen d’État.

L’édition 2026 a réuni plus d’un million de candidats du cycle long. Mais au-delà du volume, c’est la transformation de la chaîne de traitement qui retient l’attention.

Quatre nouveaux centres provinciaux de scannage ont été installés à Butembo, Kisangani, Tshikapa et Gemena, venant compléter ceux de Mbuji-Mayi et Lubumbashi, ainsi que le centre national de Kinshasa. Cette décentralisation rapproche le traitement des provinces et réduit la dépendance à un dispositif excessivement centralisé.

Le résultat est spectaculaire sur le calendrier : les résultats de l’Exetat 2026 ont été publiés sur l’ensemble du territoire en seulement 13 jours, un délai présenté par le ministère comme inédit dans l’histoire de cet examen.

Le dispositif s’accompagne de la correction automatisée de certaines épreuves, de l’interconnexion des bases de données, de la sécurisation numérique des titres et du développement de l’e-Diplôme.

Pour les lauréats, le diplôme numérique doit notamment renforcer l’authenticité du document et rendre les résultats plus difficiles à falsifier.

Les chiffres de réussite témoignent par ailleurs d’un niveau global élevé. Sur plus d’un million de candidats ayant pris part aux épreuves, environ 855 000 ont réussi, soit près de 79 %. Les filles ont enregistré un taux de réussite supérieur à celui des garçons, avec 80,05 % contre 78,15 %.

Le ministère prend également en charge les frais de participation aux examens et épreuves certificatives des élèves finalistes vivant dans les zones sous occupation rwandaise, afin de préserver le principe d’équité devant l’examen national.

Mais le ministère ne veut plus mesurer la performance du système uniquement au nombre d’inscrits ou au taux de réussite. En 2026, la deuxième évaluation nationale des acquis scolaires au primaire a concerné 20 760 élèves dans 346 écoles. L’objectif était de répondre à une question plus fondamentale : non pas seulement combien d’enfants fréquentent l’école, mais ce qu’ils y apprennent réellement.

Les filles gagnent du terrain

L’accès des filles à l’éducation demeure un autre marqueur de cette politique. Lors du premier exercice ministériel de Raïssa Malu, plus de 49 000 bourses scolaires avaient été attribuées à des filles dans les provinces du Kasaï. Sous Suminwa II, cette politique se poursuit dans une approche plus large visant à maintenir les filles dans le secondaire et à favoriser leur orientation vers les sciences, les technologies, l’ingénierie et les mathématiques.

À l’Exetat 2026, les filles représentaient 483 842 candidates, soit environ 44,6 % des candidats du cycle long, contre 42,9 % en 2025.

Faire de l’élève un citoyen

L’autre singularité de Suminwa II est l’élargissement du mandat du ministère à la Nouvelle Citoyenneté. Le projet ne consiste plus uniquement à former des élèves capables de réussir des examens, mais des citoyens capables de comprendre leurs droits et leurs devoirs, de respecter le bien public et de participer à la vie collective.

Le Serment du Citoyen, le salut au drapeau et l’hymne national ont progressivement trouvé leur place dans les établissements.

Sous Suminwa II, le dispositif s’est prolongé avec la préparation des Clubs de Veille Citoyenne, destinés à promouvoir la responsabilité, l’éthique, la participation, le civisme et le sens du bien commun.

Le portefeuille de la Nouvelle Citoyenneté intègre également les Humanités civiques et éthiques, avec des supports didactiques portant notamment sur le respect du bien public, la lutte contre la corruption et l’amour de la patrie.

Un mécanisme de gestion des plaintes doit, pour sa part, permettre aux élèves, parents et enseignants de signaler de manière confidentielle les violences en milieu scolaire, les faits de corruption ou le harcèlement.

Quand l’école doit résister aux crises

Dans un pays confronté à des crises sécuritaires et sanitaires récurrentes, la continuité pédagogique devient elle-même un enjeu de souveraineté éducative. Le ministère a progressivement construit des mécanismes d’enseignement à distance et hybrides pour les zones dans lesquelles la présence physique des élèves devient difficile.

Cette approche a notamment été mobilisée dans la réponse éducative à l’épidémie d’Ebola.

Trois niveaux de réponse sont prévus : les zones vertes, où les cours se poursuivent normalement ; les zones orange, où des mesures adaptées sont nécessaires ; et les zones rouges, considérées à haut risque, où l’enseignement à distance doit permettre de maintenir le lien entre l’élève et l’école.

L’un des objectifs est précisément d’éviter que la fracture numérique ne transforme l’urgence en exclusion. Le dispositif doit donc pouvoir fonctionner même lorsque les élèves ne disposent ni d’une connexion Internet permanente ni d’équipements numériques sophistiqués.

Cette stratégie prolonge une orientation déjà inscrite dans le plan quinquennal de l’éducation, qui prévoit notamment le développement de l’enseignement à distance, y compris par satellite dans certaines zones rurales.

Une réforme qui cherche à changer l’administration avant la salle de classe

Au fond, le bilan du secteur éducatif sous Suminwa II ne se résume pas à une addition d’écoles construites, d’enseignants recrutés ou de résultats d’examens.Il révèle une tentative de transformation de l’appareil éducatif lui-même.

Le ministère a ainsi validé plusieurs cadres stratégiques et politiques, notamment dans les Humanités pédagogiques rénovées et la formation continue des enseignants. Il a également adopté un cadre réglementaire destiné à mieux encadrer la création, l’agrément et la restructuration des établissements scolaires, avec l’ambition de lutter contre les écoles clandestines et de rationaliser la carte scolaire.

L’Inspection générale de l’Éducation est appelée à redevenir un instrument majeur de contrôle de la qualité, tandis que la DINACOPE, chargée notamment de la paie et du contrôle des enseignants, fait l’objet d’une restructuration progressive axée sur la transparence budgétaire.

La digitalisation complète cette architecture : feuille de route de l’éducation numérique, outils pédagogiques interactifs, kits informatiques dans les écoles pilotes, formation continue à distance et amélioration de la gestion administrative.

Le Plan quinquennal 2024-2029 résume cette ambition autour de trois grandes priorités : accès équitable et inclusivité ; qualité des apprentissages et digitalisation ; gouvernance transparente et civisme.

Des efforts à fournir

Présenter cette première année comme une réussite sans réserve serait cependant réducteur. Le système éducatif congolais continue de faire face à un déficit d’enseignants, à des classes surchargées, à des disparités géographiques considérables, à des tensions sur la rémunération des enseignants, à des insuffisances infrastructurelles et à une fracture numérique persistante.

Le ministère reste également confronté aux revendications syndicales et aux difficultés budgétaires, et la gratuité elle-même demeure un chantier de soutenabilité.

L’extension envisagée vers le cycle terminal devra donc être accompagnée de capacités supplémentaires en infrastructures, en enseignants, en financement et en gouvernance.

De même, les cantines scolaires sont encore dans une phase pilote et la professionnalisation des enseignants, bien qu’engagée, devra produire ses effets dans la durée.

C’est pourquoi le Gouvernement reste conscient que le véritable test de la réforme se situe moins dans les tableaux de bord du ministère que dans les salles de classe.

Et après avoir réussi à faire entrer davantage d’enfants à l’école, la République démocratique du Congo doit désormais relever une question plus exigeante : que deviennent ces enfants une fois assis derrière leurs pupitres ?

C’est dans la réponse à cette question — dans ce que l’élève congolais saura effectivement lire, écrire, calculer, comprendre et faire à la sortie de l’école — que se mesurera, à terme, le véritable bilan de la réforme éducative portée par le Gouvernement Suminwa II sous le leadership reconduit de Raïssa Malu.

Jonas Eugène Kota

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