Alors que le pouvoir de Kinshasa tente de verrouiller les contours du futur « Dialogue national » en excluant rebelles et kabilistes sous accusation de connivence avec l’ennemi, l’opposition fidèle à l’ancien président sort du silence. Dans une déclaration au vitriole publiée ce 1ᵉʳ août 2026, le Mouvement « Sauvons la RDC » accepte le principe d’un forum, mais exige des garde-fous radicaux en sept points qui pulvérisent le schéma de la Cité de l’Union Africaine.
L’illusion d’un consensus républicain aura fait long feu. Deux semaines seulement après l’annonce retentissante faite par le Cardinal Fridolin Ambongo, promettant un « dialogue national inclusif » initié par le chef de l’État Félix Tshisekedi, la réalité politique et sécuritaire du Grand Congo reprend ses droits. Et elle est explosive.
D’un côté, un pouvoir exécutif à Kinshasa qui entend imposer une ligne rouge infranchissable. Par la voix du porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, et à travers le projet très controversé des « États généraux de la refondation de l’État », la présidence filtre les accès au forum national.
L’objectif affiché par le pouvoir ? Exclure catégoriquement les groupes armés de l’Est (AFC/M23) mais aussi les figures politiques pro-Kabila, assimilées par Kinshasa à des « relais de l’ennemi » ou à des traîtres à la nation.
De l’autre côté, la réplique du camp de l’ancien président Joseph Kabila ne s’est pas fait attendre. Signée le samedi 1ᵉʳ août par Me Moïse Nyarugabo Muhizi, coordonnateur du Secrétariat technique du Mouvement « Sauvons la RDC », une déclaration de guerre politique en sept points vient doucher les ardeurs du régime.
Tshisekedi jugé « juge et partie »
Pour le Mouvement « Sauvons la RDC », il n’est pas question de participer à une grand-messe « commanditée, organisée, dirigée ou placée sous l’autorité de Félix Tshisekedi ». Qualifiant le chef de l’État de « principal protagoniste de la crise politique actuelle et premier responsable de sa persistance », l’opposition pro-Kabila tranche : Tshisekedi ne peut pas être à la fois arbitre et garant de la réconciliation.
Le mouvement rappelle au passage la méthode Kabila, mettant en avant les accomplissements de l’ex-président lors du Dialogue inter-congolais pour préserver l’unité du pays, avant d’égrener ses sept exigences incontournables :
Une médiation neutre et internationale : Le processus doit être convoqué et piloté sous l’égide de l’Union africaine et de l’ONU, loin du contrôle de Kinshasa.
Une inclusivité sans filtre : L’arrêt des exclusions sélectives et la participation de toutes les parties prenantes pour régler la guerre et les différends.
Un terrain neutre : La tenue des assises dans un pays tiers pour garantir la sécurité et la sérénité des participants.
Un ordre du jour sans tabou : Traiter les causes profondes de la crise selon un calendrier arrêté de manière consensuelle.
Le rejet strict de la révision constitutionnelle : Des résolutions souveraines et contraignantes, exigeant l’abandon définitif de tout projet de référendum visant à changer la Constitution ou à prolonger les mandats.
Des mesures d’apaisement majeures : La libération des prisonniers politiques, le retour des exilés, la levée des condamnations à mort jugées « fantaisistes », la fin de l’instrumentalisation de la justice et la dissolution de la milice « Force du progrès ».
Un mécanisme international de suivi : L’implication d’instances africaines pour garantir la mise en œuvre des engagements.Bras de fer diplomatique et spectre de l’impasseCette confrontation frontale met en lumière le piège politique dans lequel s’enlise le processus. En rejetant la médiation régionale de Luanda — qui plaidait pour une inclusion large afin de stopper l’escalade sécuritaire —, Kinshasa tente de garder le contrôle absolu de l’agenda politique intérieur, soupçonné par ses opposants de préparer le terrain à une « Quatrième République » sur mesure.Mais en fermant la porte aux acteurs clés et en poussant l’opposition radicale à exiger des pourparlers à l’étranger, le pouvoir s’expose au risque de transformer un dialogue censé unir le pays en une coquille vide ou une simple réunion d’initiés.Alors que l’opposition fixe déjà des ultimatums et que le pays demeure morcelé par la guerre à l’Est et l’inflation sociale, une question brûle sur toutes les lèvres à Kinshasa : ce dialogue national naîtra-t-il un jour, ou scellera-t-il définitivement la rupture entre le pouvoir et ses adversaires ?Sur un sujet connexe illustrant la complexité des dynamiques politiques et institutionnelles à Kinshasa, vous pouvez visionner ce reportage traitant des mobilisations et du dialogue politique en RDC : RFI – DRC: Opposition holds off after national dialogue announcement.Ce reportage vidéo permet de mieux comprendre l’attitude des plates-formes de l’opposition congolaise face à l’annonce du dialogue national et les tensions autour des réformes constitutionnelles.

