Le Gouvernement renforce son offensive destinée à récupérer près de Usd 350 millions de créances en souffrance du Fonds de Promotion de l’Industrie (FPI). Réunie mardi sous la présidence de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, la Commission spéciale chargée du dossier a présenté les premiers résultats de ses travaux et annoncé le passage à une phase plus opérationnelle, privilégiant d’abord le règlement à l’amiable avant d’envisager le recouvrement forcé contre les débiteurs récalcitrants.

Cette deuxième réunion stratégique intervient dans le prolongement des orientations fixées par le Président Félix Tshisekedi lors du Conseil des ministres du 10 avril 2026, où le renforcement des capacités financières du FPI avait été érigé en priorité nationale afin de soutenir la politique d’industrialisation du pays.
À l’issue de la réunion, le ministre de l’Entrepreneuriat et du Développement des Petites et Moyennes Entreprises, assurant l’intérim du ministère de l’Industrie, Justin Kalumba Mwana Ngongo, a indiqué qu’un premier rapport de catégorisation des créances avait déjà été remis à la Cheffe du Gouvernement. « Nous avons déjà remis à Son Excellence Madame la Première Ministre un premier rapport portant sur la catégorisation des créances. Au total, six catégories de créances ont été identifiées. Ce travail permet de distinguer les différents créanciers, d’évaluer les obstacles au recouvrement, de définir une stratégie adaptée et d’identifier les administrations compétentes chargées de mener les actions nécessaires », a déclaré le ministre.
Selon lui, cette cartographie constitue une étape décisive pour adapter les méthodes de recouvrement à la nature de chaque dossier et améliorer l’efficacité des interventions de l’État.
Une priorité au règlement volontaire
Le Gouvernement entend toutefois privilégier, dans un premier temps, une approche consensuelle. « Une première phase sera consacrée au recouvrement à l’amiable. En revanche, pour les débiteurs récalcitrants, il sera procédé, le moment venu, à un recouvrement par voie forcée. C’est donc un appel adressé à tous ceux qui doivent de l’argent à l’État afin qu’ils s’acquittent volontairement de leurs obligations avant que les mesures coercitives ne soient engagées », a expliqué Justin Kalumba.
Sans dévoiler l’identité des personnes ou entreprises concernées, le ministre a annoncé la création de trois sous-commissions thématiques chargées d’approfondir l’examen des différents dossiers. « Elles disposent d’un délai d’un mois pour produire leurs premiers rapports qui seront soumis à la Première Ministre », a-t-il fait savoir, précisant que » des communiqués seront ensuite diffusés pour informer l’opinion publique de l’évolution du processus ».
Les premiers signes d’adhésion
En attendant, le Gouvernement affirme déjà enregistrer des avancées. Selon Justin Kalumba, plusieurs débiteurs se sont manifestés volontairement afin d’entamer des discussions en vue d’un règlement de leurs dettes. « Certains débiteurs de bonne foi nous ont écrit afin d’engager des négociations pour un règlement à l’amiable de leurs dettes. C’est un signal encourageant. Chaque mois, nous rendrons compte à la hiérarchie de l’évolution des opérations de recouvrement », a-t-il indiqué.
Réagissant aux critiques assimilant cette démarche à une opération ciblée contre certains opérateurs économiques, le ministre a rejeté toute motivation politique. « Il ne s’agit nullement d’une chasse aux sorcières. Si une personne a contracté une dette envers l’État et ne l’a pas remboursée, il est normal qu’elle soit invitée à s’en acquitter. La commission, créée sur instruction du Président de la République, est multidisciplinaire et mobilise l’ensemble des services de l’État. Le format même de cette réunion démontre qu’il sera désormais très difficile pour les débiteurs d’échapper à leurs obligations », a-t-il affirmé.
La réunion a, en effet, rassemblé plusieurs hautes autorités de l’État, notamment le Président de la Cour constitutionnelle, le Premier président de la Cour de cassation, les vice-premiers ministres du Budget et de l’Économie nationale, les ministres concernés, ainsi que les responsables de l’Inspection générale des finances (IGF), du Conseil national de cybersécurité (CNC), de l’Agence nationale de renseignements (ANR), de la Direction générale de migration (DGM) et du Comité de gestion du Fonds de Promotion de l’Industrie.
Restaurer la capacité d’investissement du FPI
Pour l’Exécutif, la récupération de ces quelque 350 millions de dollars constitue un enjeu majeur de gouvernance économique. Les ressources attendues doivent permettre au Fonds de Promotion de l’Industrie de retrouver sa capacité à financer les projets industriels, à soutenir la transformation locale des matières premières et à favoriser la création d’emplois.
Cette démarche s’inscrit dans la stratégie de bonne gouvernance portée par le Gouvernement Suminwa et dans le premier pilier du Programme d’actions 2024-2028, qui fait de l’industrialisation et de la valorisation des ressources nationales l’un des principaux moteurs de la diversification économique de la République démocratique du Congo.
JDW

