Vingt-quatre heures après la manifestation de l’opposition qui a secoué la capitale congolaise, les autorités multiplient les lectures officielles d’une journée d’affrontements ayant fait plusieurs blessés et d’importants dégâts matériels. Si le Gouvernement central a appelé à la retenue et annoncé des vérifications, les déclarations d’une vice-ministre de l’Intérieur ont provoqué la stupéfaction par leur caractère pour le moins singulier.
Dans un communiqué publié ce samedi 13 juin 2026, le Gouvernement central, par la voix du ministère de la Communication et Médias, condamne « fermement les incidents survenus à l’occasion de la manifestation organisée ce vendredi 12 juin 2026 à Kinshasa par quelques formations politiques de l’opposition ».
Selon le texte officiel parvenu à Congo Guardian, des blessés ont été enregistrés parmi les manifestants et les forces de l’ordre, tandis que d’importants dégâts matériels ont été constatés, notamment l’incendie de plusieurs véhicules et d’autres dégradations de biens publics et privés.
Le communiqué précise que le Ministre d’État, Ministre de la Justice et Garde des Sceaux, a rendu visite aux responsables des formations politiques concernées afin d’échanger sur les circonstances des incidents et d’en évaluer les conséquences.
Le Gouvernement réaffirme son attachement aux libertés publiques consacrées par la Constitution, notamment la liberté d’expression, la liberté de réunion et le droit de manifestation pacifique, tout en rappelant que l’exercice de ces droits s’inscrit dans le respect des lois de la République, de l’ordre public ainsi que de la sécurité des personnes et des biens.
Les services compétents ont été instruits de procéder à toutes les vérifications nécessaires, indique encore le communiqué, tandis que le Gouvernement appelle l’ensemble des acteurs politiques à la retenue et à la responsabilité.
Le gouvernement provincial dresse un bilan officiel et dénonce des « individus désœuvrés »
De son côté, le Gouvernement provincial de Kinshasa a publié vendredi soir un communiqué signé du docteur Patricien Gongo Abakazi, ministre provincial de la Santé et Porte-parole de l’exécutif urbain. Ce document dresse un bilan précis : « aucune perte en vie humaine, vingt (20) blessés légers dont 15 policiers et 5 manifestants et près de cinq (5) épaves de véhicules incendiés. »
Le gouvernement provincial rappelle que les organisateurs avaient été autorisés à tenir leur rassemblement au terrain ASSOSSA, dans le strict respect de la loi. Il leur reproche d’avoir « changé, contre toute attente, l’itinéraire préalablement convenu », ce qui aurait conduit aux débordements.
Surtout, le communiqué dénonce un « mode opératoire préoccupant consistant à recruter et manipuler des individus désœuvrés, parfois sous l’emprise de substances prohibées, à les munir d’armes blanches et à les placer en première ligne afin de provoquer les forces de l’ordre ». Le gouvernement provincial se réserve le droit de saisir la justice.
La vice-ministre de l’Intérieur évoque du « sang de chèvre » – des propos qui choquent
C’est toutefois une tout autre déclaration qui a achevé de sidérer l’opinion. Interrogée sur les allégations de l’opposition faisant état de violences meurtrières, la vice-ministre de l’Intérieur a en effet avancé une explication pour le moins singulière.
Selon elle, l’opposition aurait organisé une « mise en scène » en ayant recours à du sang d’animaux immolés, notamment des chèvres, pour simuler un bain de sang et accuser les forces de l’ordre de tirs meurtriers. « Ce que l’opposition présente comme du sang de manifestants est en réalité du sang animal », a-t-elle déclaré, affirmant que les services de sécurité avaient identifié cette supercherie.
Ces propos ont suscité la consternation, y compris au sein de la société civile et parmi certains observateurs. Jamais, face à une situation aussi dramatique ayant fait des blessés et des dégâts considérables, une autorité publique n’avait tenu un langage d’un tel manque de sérieux.
Alors que des policiers et des manifestants sont hospitalisés, que des véhicules ont été incendiés et que la capitale a vécu une journée d’affrontements, l’évocation du « sang de chèvre » par une haute responsable du ministère de l’Intérieur a été perçue comme une banalisation inadmissible de la violence.
JDW

