En appelant à un « dialogue démocratique national inclusif » avant toute réforme constitutionnelle, l’Église du Christ au Congo (ECC) vient d’introduire un élément politique majeur dans un débat déjà sensible en République démocratique du Congo. Au-delà de son plaidoyer pour la concertation, la déclaration de l’institution protestante apparaît comme une invitation à replacer les questions institutionnelles dans une dynamique plus large de recherche du consensus national.
Publiée à l’issue de la 66ᵉ session extraordinaire de l’ECC, la déclaration signée par le Révérend André-Gédéon Bokundoa intervient dans un contexte marqué à la fois par les discussions sur une éventuelle réforme de la Constitution, la persistance de la crise sécuritaire dans l’Est du pays et les différentes initiatives diplomatiques visant à restaurer une paix durable.
En mettant en avant les articles 5, 218, 219 et 220 de la Constitution, l’ECC ne se prononce pas explicitement pour ou contre une révision constitutionnelle. L’institution protestante privilégie plutôt une approche fondée sur le dialogue, la consultation et la recherche d’un consensus national préalable. Son message consiste essentiellement à rappeler que les grandes réformes engageant l’avenir du pays gagneraient à être précédées d’un large débat associant les différentes composantes de la nation.
Une position dans la continuité du plaidoyer pour le dialogue
Cette position s’inscrit dans la continuité de l’engagement pris depuis plusieurs mois par l’ECC aux côtés de la Conférence Épiscopale Nationale du Congo (CENCO) en faveur d’un dialogue inclusif. Les deux principales Églises du pays défendent l’idée qu’une paix durable et une stabilité institutionnelle renforcée passent par la création d’espaces de concertation capables de rapprocher les différentes sensibilités politiques et sociales.
L’appel de l’ECC intervient également alors que plusieurs initiatives de dialogue continuent d’être évoquées sur la scène nationale et régionale. Parmi elles figure notamment le processus de Luanda, porté sous médiation angolaise, qui a longtemps constitué l’un des principaux cadres diplomatiques de recherche d’une solution à la crise entre la RDC et le Rwanda.
Ces dernières semaines, les contacts entre Kinshasa et Luanda se sont poursuivis autour des perspectives de paix dans l’Est du pays et de la relance des mécanismes de concertation régionaux. Dans ce cadre, le président angolais a réaffirmé la nécessité d’une approche graduelle fondée sur la cessation des hostilités, la mise en œuvre des engagements sécuritaires déjà convenus, le rétablissement de la confiance entre les parties concernées et l’ouverture de cadres de dialogue susceptibles d’accompagner la stabilisation durable de la région.
Malgré les évolutions récentes de la médiation régionale et internationale, l’esprit du processus de Luanda demeure fondé sur le dialogue comme instrument privilégié de désescalade des tensions et de règlement des différends.
À cela s’ajoutent les démarches engagées dans le cadre des discussions soutenues par plusieurs partenaires internationaux, notamment les États-Unis, le Qatar, l’Union africaine et les Nations unies.
Les accords et initiatives issus de Washington et de Doha mettent eux aussi l’accent sur la nécessité de privilégier les mécanismes de dialogue pour consolider la paix et favoriser une solution durable aux crises qui affectent la région des Grands Lacs.
Dans ce contexte, le recours par l’ECC à l’image de « l’arbre à palabre » n’est pas anodin. Il traduit la volonté de l’institution protestante de promouvoir une méthode fondée sur l’écoute mutuelle, la consultation et la recherche d’un compromis acceptable par le plus grand nombre. Cette approche rejoint le concept de dialogue inclusif que l’Église défend depuis plusieurs années sur les grandes questions nationales.
La question constitutionnelle au cœur des débats
La prise de position de l’ECC intervient toutefois dans un environnement politique où la question constitutionnelle suscite des débats nourris. Depuis plusieurs années, le président de la République a régulièrement affirmé que la Constitution n’était pas un texte sacré et pouvait faire l’objet d’améliorations si l’intérêt supérieur du pays l’exigeait. Le chef de l’État a notamment soutenu à plusieurs reprises la nécessité d’ouvrir une réflexion sur certaines dispositions institutionnelles jugées, selon lui, perfectibles.
Le gouvernement congolais a, pour sa part, constamment défendu l’idée que toute éventuelle réforme constitutionnelle devrait se faire dans le strict respect des procédures prévues par la Constitution elle-même. Les autorités ont également insisté sur le fait qu’un débat sur les institutions ne devait pas être considéré comme un tabou dans une démocratie, tout en rappelant que certaines dispositions demeurent protégées par les mécanismes constitutionnels en vigueur.
Le consensus comme point de convergence
Dans cette perspective, la déclaration de l’ECC apparaît moins comme une prise de position sur le contenu d’une éventuelle réforme que comme un appel à la méthode. L’institution protestante met l’accent sur la nécessité d’un cadre inclusif permettant aux forces politiques, sociales et citoyennes de participer à la réflexion sur l’avenir institutionnel du pays.
Alors que les enjeux sécuritaires, politiques et institutionnels continuent de se croiser en RDC, l’intervention de l’ECC confirme la volonté croissante de plusieurs acteurs nationaux de voir les débats majeurs se dérouler dans un cadre de concertation élargie. Reste à savoir quelle place cette proposition de dialogue pourra trouver dans l’agenda politique national des prochains mois.
Jonas Eugène Kota

