La controverse autour d’une éventuelle réforme constitutionnelle en République démocratique du Congo prend une nouvelle dimension dans l’Est du pays. L’évêque du diocèse de Butembo-Beni, Monseigneur Melchisédech Sikuli Paluku, a fermement rejeté le projet, estimant qu’il est déconnecté des urgences sécuritaires et humanitaires qui frappent le Nord-Kivu et l’Ituri.
Dans un message pastoral publié le 7 juin 2026 et lu dans plusieurs paroisses du diocèse ce week-end, le prélat adopte un ton particulièrement critique à l’égard des priorités des institutions nationales. Le document, intitulé « Nous voulons d’abord la paix », intervient dans un contexte de tensions politiques autour du débat constitutionnel, alors que la situation sécuritaire reste instable dans l’Est du pays.
« La Constitution ne stoppera pas les massacres »
Au cœur de son message, Mgr Sikuli conteste l’idée selon laquelle une réforme constitutionnelle pourrait répondre aux défis actuels du pays.
« Ce n’est pas le changement de la Constitution qui arrêtera les massacres dont nous sommes victimes. Ce n’est pas non plus le référendum qui améliorera automatiquement nos conditions sociales de vie. Au contraire, toutes ces manœuvres risquent de plonger davantage le pays dans le chaos », affirme-t-il.
Pour l’évêque, les priorités nationales sont ailleurs, notamment dans la restauration de la sécurité dans les zones affectées par les violences armées. Il estime que les débats institutionnels actuels détournent l’attention des urgences vitales auxquelles font face les populations civiles.
Accusations de déconnexion des autorités
Dans un autre passage de son message, le prélat critique ce qu’il considère comme une focalisation excessive des dirigeants sur les réformes politiques. « Le Président de la République, le Gouvernement, les Députés et Sénateurs semblent tous préoccupés par la volonté de changement de la Constitution, oubliant que cela apparaît comme un cautionnement de la division du pays, que les Congolais redoutent », déclare-t-il. Il fustige également ce qu’il qualifie de « légèreté » des autorités face à la situation sécuritaire persistante dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, en particulier dans la région de Beni, régulièrement touchée par des violences meurtrières.
« Nous voulons d’abord la paix »
Le message pastoral se conclut par un mot d’ordre devenu central dans son intervention : « Nous voulons d’abord la paix ».
Une formule qui résume, selon lui, la hiérarchie des priorités nationales dans le contexte actuel, marqué par la poursuite des violences armées et les déplacements massifs de populations. Une position constante sur la réforme constitutionnelle.
La prise de position de Monseigneur Sikuli s’inscrit dans une ligne déjà exprimée à plusieurs reprises par l’évêque de Butembo-Beni. Le prélat estime que les difficultés structurelles de la RDC ne relèvent pas du texte constitutionnel, mais plutôt de la gouvernance et du comportement des dirigeants.
Pour lui, le véritable enjeu reste le changement des hommes et des pratiques au sein des institutions, et non la modification de la loi fondamentale.
Il considère également qu’une réforme constitutionnelle engagée en période de guerre ou d’instabilité sécuritaire constitue un contre-sens politique et moral, appelant plutôt à la concentration des efforts sur la restauration de la paix dans les zones en conflit.
C.G

