Le Vice-Premier ministre et ministre de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, a entrepris un exercice de pédagogie économique à destination du secteur privé congolais en présentant les contours et les opportunités du partenariat stratégique conclu entre la République démocratique du Congo et les États-Unis.

L’initiative s’est déroulée le jeudi 4 juin à Kinshasa lors d’une soirée d’échanges organisée par Makutano Talk au Sultan Hôtel. Placée sous le thème « De la compréhension des accords stratégiques RDC–États-Unis et de leurs retombées pour le secteur privé congolais », la rencontre a réuni des opérateurs économiques, des représentants du patronat ainsi que plusieurs personnalités intéressées par l’avenir des relations économiques entre Kinshasa et Washington.
L’objectif était de clarifier le contenu des accords récemment conclus et d’éclairer les acteurs économiques nationaux sur les perspectives qu’ils ouvrent pour l’investissement, l’industrialisation et la transformation économique du pays.
« Les grandes décisions économiques ne doivent pas rester confinées dans les textes. Elles doivent être expliquées, débattues et comprises afin que chaque participant reparte avec une meilleure compréhension des enjeux », a déclaré Nicole Sulu, directrice générale de Makutano, en ouverture des travaux.
Un partenariat au-delà du secteur minier
Prenant la parole comme principal intervenant, Daniel Mukoko Samba a insisté sur la portée globale des accords conclus entre la RDC et les États-Unis, souvent réduits dans le débat public à leur seule dimension minière.
Selon lui, ces accords inaugurent « une nouvelle phase dans la construction d’un partenariat stratégique fondé sur des intérêts mutuels clairement définis » et ne comportent « aucune zone d’ombre ».
Le ministre a expliqué que le cadre de coopération envisagé couvre plusieurs domaines, notamment la science, l’éducation, la formation, l’exploitation minière artisanale ainsi que la promotion d’une transformation économique permettant à la RDC de dépasser progressivement le modèle purement extractif.
Cette orientation rejoint la stratégie économique défendue depuis plusieurs mois par le gouvernement congolais, qui cherche à accroître la transformation locale des ressources naturelles et à renforcer la participation du pays dans les chaînes de valeur industrielles mondiales.
Le secteur privé appelé à se positionner
Abordant la question des retombées pour les entreprises congolaises, Daniel Mukoko Samba a rappelé que la RDC n’a pas uniquement signé un accord économique, mais également un mémorandum relatif à la sécurité. Cette dimension sécuritaire est essentielle pour améliorer le climat des investissements et créer un environnement plus favorable au développement économique, notamment dans les provinces affectées par l’instabilité.
Le Vice-Premier ministre a présenté les principales catégories de projets prévues dans le cadre de cette coopération. Celles-ci comprennent notamment des projets dits de « réserve stratégique adaptative », liés à l’exploitation des ressources minières et à la sécurisation de l’accès aux minerais critiques, ainsi que des projets stratégiques assimilés susceptibles d’être développés en partenariat avec des opérateurs privés.
Il a également souligné que certains projets pourront être directement identifiés par la RDC comme prioritaires pour son développement économique et social.
Le Corridor de Lobito parmi les projets structurants
Au total, a indiqué Daniel Mukoko Samba, 52 projets ont déjà été introduits dans le cadre de cette coopération.
Parmi eux figure le Corridor de Lobito, considéré par les autorités comme l’un des projets catalyseurs de la transformation économique régionale. Cette infrastructure stratégique, soutenue par plusieurs partenaires occidentaux, vise à relier les zones minières de la RDC et de la Zambie au port angolais de Lobito sur l’océan Atlantique.
Le projet est considéré comme un levier majeur pour réduire les coûts logistiques, accélérer les exportations et renforcer l’intégration économique régionale.
Pour le gouvernement congolais, il constitue également un instrument clé de diversification des débouchés commerciaux et d’amélioration de la compétitivité des exportations minières.
La création de valeur au cœur de la stratégie congolaise
Daniel Mukoko Samba a également insisté sur l’importance de la transformation locale des ressources naturelles, une question devenue centrale dans les négociations économiques internationales impliquant la RDC.
« La valorisation locale ne sera pas imposée par les Américains. Elle dépendra de notre capacité à prendre des risques, à innover et à faire preuve d’ingéniosité », a-t-il déclaré.
Le ministre a ainsi appelé les opérateurs économiques congolais à s’approprier pleinement les opportunités ouvertes par ce nouveau cadre de coopération. « Ne soyons pas passifs. C’est à nous d’apporter du contenu à ce partenariat, de saisir les opportunités qu’il offre et d’accélérer la mise en œuvre des projets stratégiques capables de transformer durablement la RDC », a-t-il exhorté.
Un accord au cœur des ambitions de diversification
La rencontre intervient dans un contexte où le gouvernement multiplie les initiatives pour diversifier une économie encore fortement dépendante du secteur minier.
Ces derniers mois, Daniel Mukoko Samba s’est imposé comme l’un des principaux artisans des discussions économiques engagées avec Washington, en défendant une approche articulée autour de la transformation locale, du développement des infrastructures, de l’intégration régionale et de la création d’emplois qualifiés.
Pour les autorités congolaises, l’enjeu dépasse désormais la simple extraction des minerais critiques indispensables à la transition énergétique mondiale. Il s’agit de faire de ces ressources un levier d’industrialisation et de création de valeur au bénéfice de l’économie nationale.
La séance s’est achevée par un échange direct entre les participants et le Vice-Premier ministre, permettant aux représentants du secteur privé d’obtenir des précisions sur les mécanismes de mise en œuvre de l’accord et sur les opportunités susceptibles d’émerger dans les prochains mois.
JEK

