La Haute Cour militaire a ouvert, le jeudi 4 juin à Kinshasa, un procès sans précédent mettant en cause plusieurs hauts gradés des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), poursuivis pour des faits qualifiés d’extrême gravité touchant à la sûreté de l’État.
Cette première audience, consacrée à l’identification des prévenus, à l’appel des parties et à la lecture de l’acte d’accusation, a été renvoyée au 25 juin prochain afin de permettre aux différentes parties de préparer leur défense.
Au total, dix prévenus comparaissent dans cette affaire qui met en lumière des accusations de complot contre les institutions de la République, de trahison, d’incitation à l’indiscipline militaire et d’autres infractions considérées parmi les plus lourdes du droit pénal militaire congolais.
Christian Tshiwewe et John Numbi au cœur du dossier
Parmi les accusés figure le général d’armée Christian Tshiwewe Songesa, ancien chef d’état-major général des FARDC. Considéré comme l’un des principaux acteurs du dossier par le ministère public militaire, il a comparu physiquement devant la Haute Cour militaire après plusieurs mois passés en détention à la prison militaire de Ndolo.
Le général Tshiwewe est poursuivi pour complot contre l’État et trahison. Selon le parquet militaire, il aurait participé à une entreprise visant à porter atteinte aux institutions de la République et à déstabiliser l’ordre constitutionnel.
L’ancien chef d’état-major est également poursuivi pour détention illégale d’armes et de munitions de guerre. À l’appui de cette accusation, le ministère public évoque la saisie effectuée le 9 juillet 2025 dans sa résidence de la commune de la Gombe. Les enquêteurs affirment y avoir découvert un arsenal comprenant notamment 92 fusils d’assaut de type Kalachnikov ainsi que 12 lance-roquettes RPG-7.
Les chefs d’apologie du terrorisme et de propagation de faux bruits sont liés, selon l’accusation, à des actions de communication susceptibles de soutenir des activités subversives ou d’affaiblir le moral des troupes engagées sur différents fronts sécuritaires.
Christian Tshiwewe répond également des accusations d’incitation des militaires à commettre des actes contraires au devoir et à la discipline ainsi que de violation des consignes militaires. Le ministère public considère que certaines démarches qui lui sont imputées auraient encouragé des comportements incompatibles avec les obligations des membres des FARDC.
Autre figure centrale du procès, le général d’armée John Numbi Banza Ntambo, ancien inspecteur général des FARDC, est jugé par défaut après avoir quitté le territoire national. Déclaré en fuite par les autorités judiciaires militaires, il est poursuivi pour désertion à l’étranger, un chef fondé, selon l’accusation, sur son départ du pays sans autorisation préalable des autorités compétentes.
John Numbi est également poursuivi pour complot contre l’État ainsi que pour incitation des militaires à l’indiscipline. Ce dernier chef d’accusation repose notamment sur une vidéo largement diffusée dans laquelle il appelait des militaires à désobéir à leur hiérarchie.
Pour le parquet militaire, ce message constituait une atteinte à la discipline et à la cohésion au sein des forces armées.
Maurice Nyembo et les autres prévenus
Le général-major Maurice Nyembo Kufi est poursuivi pour complot contre l’État et trahison aux côtés des autres principaux prévenus. Il est également visé par une accusation de blanchiment financier.
Selon l’acte d’accusation, cette prévention est liée à des fonds qui auraient été reçus du général John Numbi et dont l’origine ainsi que l’utilisation font l’objet d’investigations judiciaires.
Parmi les autres accusés figure également Pascal Nyembo Muyumba, lui aussi en fuite.
Selon l’accusation, il aurait assuré la coordination logistique du réseau présumé. Il est poursuivi pour complot contre l’État et pour son implication présumée dans une tentative d’évasion massive de prisonniers, considérée par le ministère public comme l’une des manifestations concrètes des activités du groupe poursuivi.
Des officiers supérieurs accusés d’avoir exécuté le plan
Le dossier vise également plusieurs officiers supérieurs que le ministère public présente comme des exécutants présumés du projet de déstabilisation.
Les généraux de brigade Chinyabuuma Kamukinde, John Ngoy wa Kabila et John Sangwa Muhemedi sont poursuivis pour complot, trahison, recrutement forcé ou clandestin ainsi que violation des consignes militaires. Selon l’accusation, ils auraient participé à la mise en œuvre opérationnelle du réseau à travers des démarches de recrutement non autorisées et des actes contraires aux instructions de la hiérarchie militaire.
De leur côté, les colonels Guy Mukombozi Zahinda, Pathy Sangwa Lumbu et Christophe Tshibangu Kenge répondent des accusations de complot contre l’État, violation des consignes militaires et manquements graves à la discipline. Le parquet militaire leur reproche d’avoir contribué, à différents niveaux, à des activités incompatibles avec les obligations professionnelles imposées aux officiers des FARDC.
Un procès aux lourds enjeux sécuritaires
Dans son acte d’accusation, l’Auditeur général près la Haute Cour militaire estime que les faits reprochés aux prévenus s’inscrivent dans une entreprise concertée visant à porter atteinte aux institutions de la République, à fragiliser la chaîne de commandement militaire et à compromettre la stabilité de l’État.
Les principaux chefs d’accusation retenus sont la trahison, le complot contre l’État, l’incitation des militaires à se retourner contre leur hiérarchie, la propagation de faux bruits, l’apologie du terrorisme, la détention illégale d’armes de guerre, la désertion à l’étranger, le blanchiment financier ainsi que la violation des consignes militaires.
L’ouverture de ce procès intervient dans un contexte sécuritaire particulièrement sensible pour la RDC, confrontée à la persistance des groupes armés dans l’Est du pays et à une vigilance accrue des autorités face aux menaces pesant sur les institutions nationales.
La prochaine audience, fixée au 25 juin 2026, devrait marquer l’entrée du procès dans sa phase de fond avec l’examen détaillé des faits reprochés à chacun des prévenus, l’audition des témoins et la présentation des éléments de preuve du ministère public militaire.
JEK

