Le transfert de quinze détenus des autorités de la République démocratique du Congo vers l’AFC/M23 constitue un premier pas concret dans la mise en œuvre du mécanisme de libération des prisonniers conclu dans le cadre du processus de Doha. Saluée par Washington comme un « signal positif », l’opération réalisée les 6 et 7 août ouvre désormais la voie à la poursuite du processus, qui concerne au total plusieurs centaines de détenus.
Le Gouvernement congolais a annoncé, dans un communiqué publié le 7 août, avoir procédé à la libération de quinze personnes « en exécution des engagements souscrits dans le cadre du Mécanisme de libération des prisonniers », signé le 14 septembre 2025 dans le cadre du processus de Doha.
L’opération a été facilitée par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), qui a joué le rôle d’intermédiaire neutre. Les quinze personnes ont été transportées depuis Beni, dans l’est de la RDC, puis remises à l’AFC/M23 après un transit par le territoire ougandais, avec l’accord des autorités compétentes de l’Ouganda.
Selon Kinshasa, l’opération s’est déroulée avec le consentement des personnes concernées et dans le respect des impératifs de sécurité, de dignité humaine et des mesures sanitaires requises.
Washington voit un premier signal positif
Les États-Unis ont salué cette première opération par la voix de Massad Boulos, conseiller principal américain pour l’Afrique. Washington « reconnaît » le premier transport et transfert de quinze détenus des autorités congolaises vers l’AFC/M23, a-t-il déclaré.
Pour les États-Unis, cette opération s’inscrit directement dans le mécanisme d’échange de prisonniers convenu dans le cadre du processus de Doha. Washington insiste notamment sur le rôle joué par le CICR dans la coordination et la sécurisation du transfert, tout en remerciant le Qatar pour son travail continu avec l’organisation humanitaire dans ce dossier.
La lecture américaine dépasse toutefois la seule question du transfert. Pour Washington, en effet, la réussite de cette première opération constitue un signe d’un « élan croissant vers une paix durable » et d’une « confiance renouvelée » au sein des communautés affectées par le conflit.
Les États-Unis encouragent ainsi Kinshasa et l’AFC/M23 à maintenir cette dynamique et à progresser vers la mise en œuvre complète du mécanisme convenu à Doha.
Un mécanisme qui concerne 477 détenus
L’opération du 6 au 7 août ne représente qu’une première étape au regard de l’ampleur des engagements pris par les parties.
Lors du round de négociations d’avril, le mécanisme portait sur 477 détenus, dont 311 détenus par l’AFC/M23 et 166 du côté gouvernemental.
Pour sa part, le CICR considère cette première opération comme un test important du mécanisme. L’organisation humanitaire espère que d’autres transferts pourront désormais être organisés afin de permettre à plusieurs centaines de personnes de retrouver leurs familles, de part et d’autre de la ligne de front.
L’enjeu dépasse donc le sort des quinze personnes transférées. La capacité des parties à reproduire l’opération à plus grande échelle constituera un indicateur concret de leur volonté de respecter les mesures de confiance prévues par le processus de Doha.
Kinshasa insiste sur la réciprocité
Dans son communiqué, le Gouvernement congolais présente le transfert comme une traduction concrète de sa « bonne foi » et de sa détermination à honorer les engagements auxquels il a souscrit. Kinshasa souligne toutefois que la réussite du processus dépend d’une mise en œuvre effective et réciproque des engagements par toutes les parties.
Le Gouvernement condamne, dans le même temps, ce qu’il qualifie de violations répétées du cessez-le-feu et des engagements convenus, ainsi que la poursuite des actions hostiles du Rwanda et de l’AFC/M23, qu’il accuse de continuer à entraver la mise en œuvre du processus de paix et à en éprouver la crédibilité.
Les autorités demandent notamment l’opérationnalisation effective du Mécanisme conjoint de vérification et de surveillance du cessez-le-feu (MCVE+), afin que les incidents et violations allégués puissent faire l’objet de vérifications indépendantes sur le terrain, conformément aux engagements du processus de Doha.
Le Gouvernement a par ailleurs salué le rôle du CICR comme intermédiaire neutre et remercié les autorités ougandaises pour leur concours à la facilitation de l’opération.
Du premier transfert à une dynamique de paix
Le transfert des quinze détenus fait ainsi apparaître deux attentes complémentaires. Kinshasa entend faire de cette opération la preuve de sa volonté d’exécuter ses engagements, tout en exigeant une réciprocité de la part des autres parties. Washington, de son côté, veut que cette première étape serve de point de départ à une mise en œuvre plus large du processus de Doha.
L’opération intervient alors que les parties doivent encore progresser sur plusieurs autres engagements prévus dans le cadre du processus de paix, notamment ceux liés au cessez-le-feu, aux mesures de confiance et au mécanisme de supervision et de vérification.
En attendant, pour le Gouvernement congolais, cette étape s’inscrit dans la mise en œuvre progressive des engagements issus de la Déclaration de principes relative au respect du cessez-le-feu et aux mesures de confiance. Elle doit également contribuer à la poursuite des discussions sur les six protocoles encore à conclure avant d’aboutir à un accord de paix global.
Le premier transfert est donc à la fois un geste humanitaire et un test politique. Sa répétition et son élargissement aux centaines de détenus encore concernés permettront de mesurer si le mécanisme de Doha peut réellement passer d’un engagement négocié à une mise en œuvre durable sur le terrain.
Il faut souligner que le processus de Doha en est encore à la mise en place des mécanismes de vérifications et des mesures de confiance, et n’a pas encore entamé les négociations de paix proprement dites.
JEK

