RDC : Entre combat d’idées et attaques ad hominem, Jean Marc Kabund super star du clan UDPS ?

À défaut de répondre aux critiques de fond, les ténors de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) semblent avoir trouvé une autre discipline politique : la démolition personnelle des adversaires.

Dernier épisode en date ce lundi, lors d’une conférence de presse où le secrétaire général du parti présidentiel, Augustin Kabuya, s’est longuement employé à déconstruire non pas les idées de Jean-Marc Kabund-a-Kabund, mais ses origines ethniques, son nom de famille et jusqu’à son passé vestimentaire. Excusez du peu… !

Kabund l’égérie politique d’Augustin Kabuya

L’ancien secrétaire général puis président a.i de l’UDPS a été, le week-end dernier, l’invité du Space animé par notre confrère Stanis Bujakera pour commenter la situation politique nationale après avoir, plus d’une semaine plus tôt dans une déclaration, commenté la conférence de presse du président Félix Tshisekedi du 6 mai dernier. Mais dans la réplique du camp présidentiel, peu de contre-arguments sur la gouvernance, la sécurité ou la crise sociale abordés par Kabund.

À la place : un procès identitaire… !

Selon Augustin Kabuya, Jean-Marc Kabund aurait menti sur ses origines pour accéder aux hautes fonctions du parti, se faisant passer pour Katangais alors qu’il ne le serait pas.

Il l’accuse également d’avoir modifié son nom pour soutenir cette prétendue imposture. Comme si la RDC, confrontée aux défis sécuritaires dans l’Est, à la pression sociale et à une économie vacillante, attendait avec impatience un débat national sur les patronymes et les arbres généalogiques des opposants.

La question qui s’est tout de suite imposée sous le chapiteau de l’Udps est : où était Augustin Kabuya lorsque, selon lui, Jean Marc Kabund mentait sur son identité ?

Le secrétaire général de l’UDPS est allé plus loin en affirmant que Kabund serait financé par l’ancien président Joseph Kabila. Un coup classique qui n’a manqué que l’accusation de rwandais pour compléter le tableau…

Quant aux révélations de Kabund sur une réunion nocturne chez Marthe Tshisekedi, la mère du Chef de l’État, Kabuya a préféré évoquer un épisode digne d’une querelle de voisinage : une visite liée à une affaire de pneus prétendument dégonflés par Kabund sur son véhicule.

En clair, Augustin Kabuya croit avoir balayé les graves déclarations faites par Kabund sur cette fameuse nuit par cette banale affaire de pneus. Une affaire qui semble avoir pourtant été suffisamment sérieuse pour nécessiter la présence du Chef de l’État en personne.

Félix Tshisekedi aurait donc abandonné les affaires d’État et se serait privé de repos pour écouter, pendant toute une nuit, les explications de Kabund sur un pneu crevé. Dont acte, devrait-on conclure ?

Peter Kazadi également dans la sauce

Le plus frappant reste cependant la répétition mécanique de cette stratégie au sein de l’appareil présidentiel. Avant Augustin Kabuya, en effet, c’est Peter Kazadi qui, dans le même programme de Stanis Bujakera ce week-end, s’était livré à un exercice similaire.

Non pas pour réfuter les critiques formulées contre le pouvoir, mais pour rappeler qu’il avait « fabriqué » Kabund, lui apprenant même, selon ses propres termes, à porter une cravate et une veste.

Une contribution certainement décisive au rayonnement institutionnel du pays…!

Peter Kazadi a également affirmé que Kabund nourrissait depuis longtemps une obsession pour la présidence de l’UDPS et une « haine viscérale » envers le président Tshisekedi et sa famille. Là encore, l’essentiel du débat politique semble se déplacer des enjeux de gouvernance vers les sentiments personnels, les rancœurs et les règlements de comptes internes.

Fayulu aussi…

Le phénomène ne se limite pas à Kabund. Quelques jours plus tôt, c’est Martin Fayulu qui avait eu droit à une conférence entière de mise au point orchestrée par Augustin Kabuya, après ses critiques contre la communication présidentielle. L’objectif apparent : démontrer que Fayulu « ne représente rien » dans l’opinion.

Une affirmation paradoxale pour un homme auquel Kabuya consacre plusieurs heures de conférence publique, avec mobilisation de cadres, de médias et de ressources financières.

La contradiction devient presque philosophique : comment un homme supposément insignifiant peut-il monopoliser autant d’énergie au sommet du parti présidentiel ? Et surtout, en quoi ces offensives personnelles à son encontre renforcent-elles l’autorité morale du chef de l’État ou contribuent-elles à élever le débat démocratique ?

Car pendant que les opposants développent — à tort ou à raison — des critiques sur la gouvernance, la sécurité ou le fonctionnement des institutions, les réponses du camp présidentiel donnent parfois l’impression d’un concours de biographies non autorisées. L’espace politique congolais se transforme ainsi en une étrange arène où les arguments cèdent le pas aux anecdotes, aux inimitiés et aux querelles d’ego.

Dans cette séquence, Jean-Marc Kabund apparaît presque comme la nouvelle super star involontaire de l’UDPS : omniprésent dans les discours des cadres du parti, au point que ses détracteurs semblent contribuer eux-mêmes à amplifier sa visibilité politique.

À force de combattre l’homme – jusqu’au débauchage des cadres de son parti – plutôt que ses idées, Augustin Kabuya finit paradoxalement par lui offrir la centralité qu’il prétend lui retirer.

Un vieil adage rappelle pourtant que les esprits brillants parlent des idées, les esprits ordinaires des événements, et les petits esprits des personnes. À l’Udps, le débat politique semble avoir choisi son camp.

JDW

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