La République démocratique du Congo accélère sa stratégie de diversification économique par l’agriculture. Le ministère de l’Économie nationale, à travers le Fonds de Régulation Économique (FOREC), a lancé jeudi à Mbanza-Ngungu, dans la province du Kongo Central, un programme pilote de relance de la culture de la pomme de terre destiné à stimuler la production locale et réduire la dépendance alimentaire du pays.
Le projet repose sur un mécanisme de subvention de semences accordé à l’Union des coopératives maraîchères Nsimabani, une organisation regroupant onze associations agricoles locales ayant soumis un projet au FOREC.

Cette initiative s’inscrit dans la volonté du Gouvernement de repositionner l’agriculture comme levier de souveraineté économique, alors que les importations alimentaires continuent de peser lourdement sur les réserves en devises.
Réduire une dépendance coûteuse aux importations
Selon les estimations de plusieurs institutions économiques, la RDC importe chaque année pour plus de 2 milliards de dollars de produits alimentaires, malgré un potentiel agricole parmi les plus importants du continent africain.
La pomme de terre figure parmi les produits dont la demande urbaine progresse rapidement, notamment à Kinshasa, Lubumbashi et dans les grandes agglomérations minières, alors que la production locale demeure insuffisante pour satisfaire le marché intérieur.

Pour le secrétaire exécutif du FOREC, Jean Paul Nemoyato, cette opération constitue une première étape appelée à être renforcée. « Cette intervention constitue une phase pilote qui ouvrira la voie à des actions plus robustes dans les années à venir », a-t-il déclaré lors de la cérémonie de lancement, soulignant aussi que l’objectif poursuivi est de « réduire progressivement les importations grâce à la relance de la production nationale ».
L’agriculture au cœur de la stratégie économique
Cette relance intervient dans un contexte où le gouvernement congolais multiplie les initiatives pour diversifier une économie encore largement dépendante du secteur minier. Sous l’impulsion du vice-Premier ministre chargé de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, les efforts consistent à renforcer les chaînes de valeur locales dans l’agriculture, l’agro-industrie et la transformation des produits alimentaires.
Ces derniers mois, plusieurs programmes agricoles ont été annoncés, notamment dans le Sud-Ubangi autour des filières maïs et soja, avec l’appui de partenaires comme CDI-Bwamanda.
Le gouvernement mise également sur la modernisation des routes de desserte agricole et des infrastructures logistiques afin de réduire les pertes post-récolte et améliorer l’approvisionnement des grands centres urbains.
Un potentiel agricole encore sous-exploité
Avec près de 80 millions d’hectares de terres arables, la RDC dispose théoriquement de l’un des plus grands potentiels agricoles du monde. Pourtant, moins de 10 % de ces terres seraient effectivement exploitées, selon des données de la Banque mondiale et de la FAO.
Ce paradoxe alimente depuis plusieurs années les débats sur la vulnérabilité alimentaire du pays, aggravée par l’insuffisance des infrastructures rurales, le manque de financement agricole et les difficultés sécuritaires dans certaines régions productrices.
À Mbanza-Ngungu, la cérémonie de lancement a également été marquée par la signature officielle du protocole d’accord conclu entre les différentes parties prenantes du projet.
Pour Kinshasa, l’enjeu dépasse désormais la seule production agricole : il s’agit aussi de créer des emplois ruraux, réduire la facture des importations et faire de l’agriculture un moteur de croissance dans une économie en quête de diversification durable.
Albert Osako

