Le malaise s’accentue au sein du Cadastre Minier (CAMI) où de nombreuses voix internes dénoncent désormais une gestion de plus en plus contestée. Au centre des accusations : le directeur général, Mabolia Yanga, que plusieurs agents et cadres accusent de dérives administratives, de favoritisme et d’une gestion financière opaque ayant plongé l’établissement dans un climat de fortes tensions.
Le dossier de l’immeuble Sabena cristallise particulièrement les critiques. Selon plusieurs sources internes, ce bâtiment acquis à près de 9 millions de dollars ferait encore l’objet de travaux de réhabilitation estimés à près de 8 millions supplémentaires. Des dépenses jugées exorbitantes par plusieurs agents, alors que le chantier peine toujours à convaincre sur son évolution réelle.
Dans les couloirs de l’institution, le nom de Mme Bilambo, ancienne employée de Sabena associée à la transaction immobilière, revient avec insistance. Certains cadres estiment qu’elle aurait bénéficié d’une proximité privilégiée avec la direction générale, lui permettant d’exercer une influence importante autour de ce dossier sensible.
Mais selon plusieurs témoignages, les relations entre les deux parties se seraient depuis fortement dégradées, alimentant davantage les soupçons et les querelles internes autour d’une affaire devenue symbolique des critiques visant l’actuelle gouvernance du CAMI.
La contestation vise également plusieurs nominations internes considérées comme irrégulières. Le cas de Mme Tricia Pembe, citée par de nombreux agents, suscite particulièrement la polémique. D’après plusieurs témoignages, cette dernière aurait intégré l’établissement sans expérience significative dans l’administration publique congolaise, ni expertise reconnue dans les marchés publics ou le secteur minier.
Malgré cela, elle aurait bénéficié d’une ascension fulgurante jusqu’à accéder à des postes stratégiques liés à la gestion des marchés publics.
En interne, plusieurs cadres dénoncent une promotion qui, selon eux, contournerait les règles prévues par la convention collective, notamment celles relatives à l’ancienneté et à l’expérience professionnelle. Certains attribuent cette progression à une relation personnelle supposée avec le directeur général, des accusations qui n’ont jamais fait l’objet d’une réaction officielle de la direction.
Les critiques touchent aussi Alain Ikala Engunda, présenté par plusieurs agents comme l’un des hommes influents du cercle rapproché de la direction générale. Des cadres lui reprochent d’avoir pesé dans certaines décisions administratives sensibles, notamment dans la gestion des ressources humaines et l’éviction de responsables techniques.
Au-delà des personnes citées, plusieurs sources décrivent un affaiblissement inquiétant de la gouvernance du CAMI. Sous anonymat, certains membres du Conseil d’administration évoquent des pressions politiques persistantes, des promesses de recrutement ainsi que divers avantages destinés à orienter certaines décisions internes.
Des interrogations émergent également autour de la multiplication des contrats accordés à des cabinets d’avocats externes, alors même que la situation financière de l’établissement serait jugée préoccupante par plusieurs observateurs internes.
Parallèlement, des soupçons continuent de circuler concernant l’octroi de certains titres miniers et d’éventuelles interférences politiques dans des dossiers jugés sensibles. Selon plusieurs cadres, des alertes auraient déjà été formulées en interne au sujet de possibles dérives financières et administratives susceptibles d’ébranler davantage l’institution.
L’atmosphère au sein du CAMI est décrite par plusieurs témoins comme de plus en plus pesante. Certains agents affirment que l’accès au bureau du directeur général serait désormais soumis à des dispositifs inhabituels, notamment l’obligation pour certains visiteurs de déposer leurs téléphones à l’entrée, une mesure interprétée par plusieurs employés comme une tentative de verrouiller les informations sensibles.
Dans ce contexte, plusieurs cadres parlent désormais d’un climat de peur et d’intimidation ayant progressivement gagné l’établissement, au point que certains agents hésiteraient à dénoncer ouvertement les dysfonctionnements observés.
Face à cette accumulation d’accusations, des appels se multiplient pour réclamer des mesures urgentes, notamment la suspension conservatoire du directeur général, l’ouverture d’un audit indépendant sur la gestion administrative, financière et technique du CAMI, ainsi que des enquêtes judiciaires sur les recrutements, les marchés publics et le controversé dossier de l’immeuble Sabena.
Pour plusieurs sources internes, seule une intervention rapide des autorités compétentes pourrait empêcher une aggravation de la crise qui secoue actuellement le Cadastre Minier.
Yan Manu

