Les États-Unis ont officiellement inscrit l’ancien président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila Kabange, sur la liste des personnes sanctionnées par l’Office of Foreign Assets Control (OFAC), l’agence du Département du Trésor américain chargée de l’application des sanctions économiques et financières.
Cette décision, rendue publique jeudi à travers une mise à jour de la liste des « Specially Designated Nationals and Blocked Persons » (SDN List), intervient dans un contexte de fortes tensions sécuritaires dans l’Est de la RDC, où la rébellion de l’AFC/M23 continue d’alimenter l’instabilité.
Selon les informations publiées par l’OFAC, l’ancien chef de l’État congolais est expressément mentionné comme étant « lié au M23 » ainsi qu’à la « Congo River Alliance (AFC) », la plateforme politico-militaire à laquelle est affilié le mouvement rebelle.
L’inscription sur la liste SDN entraîne le gel de tous les avoirs et intérêts de Joseph Kabila relevant de la juridiction américaine. Elle interdit également à toute personne ou entité américaine d’effectuer des transactions avec lui, directement ou indirectement.
En pratique, ces mesures isolent davantage l’ancien président du système financier international, compte tenu de la portée extraterritoriale des sanctions américaines.
Cette décision marque une escalade diplomatique majeure dans la gestion de la crise sécuritaire qui secoue l’Est de la RDC. Elle traduit la volonté de Washington de sanctionner toute personnalité soupçonnée d’apporter un soutien politique, logistique ou financier aux groupes armés actifs dans la région, en particulier à l’AFC/M23, dont les offensives ont aggravé la situation humanitaire et sécuritaire dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Pour Kinshasa, cette mesure constitue un signal fort de la communauté internationale en faveur de la lutte contre l’impunité et contre les réseaux de soutien aux mouvements rebelles. Elle intervient alors que les autorités dénoncent depuis plusieurs mois l’existence de complicités internes et externes dans la déstabilisation de la partie orientale du pays.
Issu de la rébellion pro rwandaise AFDL qui renversa le régime trentenaire de Mobutu en 1997, Joseph Kabila avait accédé au pouvoir en 2001 après l’assassinat de son père, le Président Laurent Désiré Kabila, alors que le pays était déchiré par plusieurs rébellions. Joseph Kabila avait, dès son accession au pouvoir, engagé des négociations politiques qui aboutirent à la réunification du pays et à l’organisation des premières élections démocratiques du pays après une transition où il partagea l’espace présidentiel avec quatre Vice-présidents.
Joseph Kabila exercera ensuite deux mandats électoraux avant de quitter le pouvoir en 2019 au termes des élections qui la première alternative démocratique au pouvoir depuis l’indépendance du pays.
L’inscription de Joseph Kabila sur la liste noire américaine pourrait avoir des répercussions politiques considérables sur la scène nationale et régionale. Elle ravive en effet les débats sur le rôle présumé de l’ancien président dans les dynamiques sécuritaires actuelles, alors que les combats se poursuivent dans l’Est du pays malgré les initiatives diplomatiques régionales et internationales.
Cette sanction américaine ouvre ainsi une nouvelle séquence dans la crise congolaise, en plaçant pour la première fois un ancien chef d’État congolais sous le coup de mesures restrictives américaines pour des liens allégués avec un mouvement rebelle actif sur le territoire national.
JEK

