Joseph Kabila dénonce des sanctions américaines « politiquement motivées » et annonce une riposte

L’ancien président Joseph Kabila a vivement réagi, jeudi 30 avril, à la décision des États-Unis de le sanctionner pour son soutien présumé à l’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23), dénonçant une mesure « profondément injustifiée » et dictée, selon lui, par des considérations politiques.

Dans un communiqué publié par son cabinet, l’ex-chef de l’État affirme avoir appris avec « étonnement » cette décision de Washington. Il rejette des accusations qu’il estime dénuées de « preuves irréfutables » et y voit une démarche fondée sur des allégations jamais établies.

Une riposte politique et judiciaire annoncée

Joseph Kabila soutient que ces sanctions s’inscrivent dans le prolongement des accusations formulées par les autorités de Kinshasa, qu’il juge incapables d’en apporter la démonstration devant la justice congolaise. Selon lui, la décision américaine risque d’être interprétée, en RDC comme à l’étranger, comme un soutien implicite au pouvoir en place.

L’ancien président va plus loin, accusant Kinshasa d’instrumentaliser les enjeux sécuritaires pour faire taire les voix dissidentes. Il évoque une gouvernance marquée, selon ses termes, par la corruption, la prédation des ressources publiques et la confiscation de l’État.

Dans ce contexte, Joseph Kabila indique se réserver le droit d’engager des recours légaux afin de contester les mesures prises à son encontre. Il entend, précise-t-il, exiger la communication des éléments ayant motivé cette désignation et défendre « son honneur », ainsi que son bilan à la tête du pays.

Un plaidoyer pour une solution politique à la crise congolaise

Au-delà de sa défense personnelle, l’ancien chef de l’État réaffirme son attachement à l’unité nationale, à l’intégrité territoriale de la RDC et à une résolution politique de la crise qui secoue l’est du pays.

Il estime que les difficultés auxquelles le pays est confronté ne se limitent pas à la seule dimension sécuritaire, mais relèvent également de défis profonds de gouvernance politique et économique.

Joseph Kabila appelle ainsi les États-Unis à favoriser une approche susceptible de contribuer à une paix durable dans la région des Grands Lacs. « La paix ne se construira pas en criminalisant ceux qui appellent à la bonne gouvernance, à la responsabilité, à la justice et à la réconciliation nationale », fait valoir le communiqué.

Une offensive politique en filigrane

Dans un passage aux accents résolument politiques, l’ancien président invoque l’article 64 de la Constitution, qui fait obligation à tout citoyen de s’opposer à l’exercice d’un pouvoir contraire à l’ordre constitutionnel. Il assure vouloir poursuivre son engagement pour le rétablissement de la démocratie, de l’État de droit et de la cohésion nationale.

Cette prise de position marque une nouvelle étape dans la confrontation entre Joseph Kabila et le pouvoir de Félix Tshisekedi, sur fond de crise persistante dans l’est de la RDC et de recomposition des équilibres politiques à Kinshasa. Elle intervient alors que les tensions régionales demeurent vives et que la question de la responsabilité des acteurs congolais dans le conflit continue de polariser la scène politique nationale et internationale.

Cette volonté de contester la décision américaine s’inscrit dans une procédure prévue par le droit des sanctions des États-Unis. Plusieurs personnalités étrangères visées par l’Office of Foreign Assets Control (OFAC) ont déjà obtenu la levée des mesures prises à leur encontre, à l’issue d’un réexamen administratif ou d’un recours devant la justice fédérale.

Parmi les précédents les plus significatifs figurent celui d’Alexandra Buriko, ancienne directrice financière de Sberbank – la plus grande banque de Russie et l’une des plus importantes institutions financières d’Europe de l’Est fondée en 1841 -, radiée de la liste des sanctions après avoir démontré que les motifs initiaux de sa désignation n’étaient plus applicables.

De même, plusieurs anciens dirigeants de la banque russe Otkritie ont obtenu leur retrait de la liste de l’OFAC après avoir contesté avec succès leur inscription.

Dans un autre registre, la ressortissante biélorusse Iryna Litvinyuk a également été radiée en 2025 du programme Global Magnitsky, après un recours administratif ayant conduit les autorités américaines à réévaluer les éléments retenus contre elle.

Ces précédents illustrent qu’une désignation par l’OFAC n’est pas irrévocable. Le droit américain prévoit des mécanismes de réexamen permettant, dans certaines circonstances, d’obtenir la levée de sanctions lorsque les faits invoqués sont contestés, insuffisamment étayés ou devenus sans objet.

JDW

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