FDLR et Banyamulenge dans le discours rwandais : le cinglant recadrage de Zénon Mukongo Ngay au Conseil de sécurité de l’ONU

Lors de la séance du Conseil de sécurité des Nations unies consacrée à la situation dans la région des Grands Lacs, le 15 avril 2026, le représentant permanent de ce pays, Zénon Mukongo Ngay, a livré une réplique d’une rare fermeté face aux arguments avancés par son homologue rwandais. En ligne de mire : la rhétorique persistante de Kigali autour de la menace supposée des FDLR et la question des Banyamulenge.

Dans une intervention incisive, le diplomate congolais a dénoncé ce qu’il considère comme une manipulation récurrente de l’histoire et des faits par le Rwanda. Répondant à l’argument selon lequel les auteurs du génocide de 1994 se trouveraient en RDC, il a tenu à clarifier : « Il ne parle pas de Congolais, il parle de Rwandais », ajoutant avec insistance que « les FDLR sont des Rwandais qui ont fui le Rwanda pour se retrouver sur le territoire congolais ».

Une manière de rappeler que les Forces démocratiques de libération du Rwanda sont composées d’éléments ayant fui le Rwanda, et non d’acteurs enracinés dans la société congolaise.

Une lecture opposée de la réalité régionale

Au cœur de son propos, Zénon Mukongo Ngay a opposé deux modèles de coexistence : celui du Rwanda, marqué selon lui par des tensions internes entre communautés, et celui de la RDC, riche de plus de 450 groupes ethniques vivant en cohabitation.

« Au Rwanda, il est impossible à ces deux tribus de cohabiter, tandis qu’en République démocratique du Congo, il existe 450 tribus qui vivent en parfaite harmonie », a-t-il affirmé, avant de trancher : « l’idéologie génocidaire que le Rwanda tente de transposer sur le territoire congolais est incompatible avec l’ADN du Congolais ».

Le diplomate a également dénoncé le caractère cyclique du discours rwandais : tour à tour les FDLR, puis le « discours de haine », puis la question des minorités. « C’est cyclique. Aujourd’hui, ils vont vous parler des FDLR, demain du discours de haine, et le lendemain ils sortiront encore une autre carte », a-t-il ironisé.

Puis d’enfoncer encore : « Le Rwanda nous donne l’impression que le discours de haine est plus grave que les massacres », avant de poser cette question directe : « Combien de Congolais ont-ils massacrés depuis qu’ils ont occupé Goma, Bukavu ou Uvira ? ».

Banyamulenge : des Congolais, pas un prétexte d’ingérence

Autre point central du recadrage : la question des Banyamulenge. Le représentant congolais a fermement rejeté toute tentative de Kigali de se poser en protecteur de cette communauté. « Les Banyamulenge sont des Congolais, ce ne sont pas des Rwandais », a-t-il insisté, dénonçant avec vigueur : « Où a-t-on déjà vu un étranger venir dans votre pays et dire que, parce que certaines populations ressemblent aux siennes, il a le droit de venir les protéger ? Quelle audace ! ».

Cette position vise directement la doctrine sécuritaire rwandaise, régulièrement invoquée pour justifier ses interventions en territoire congolais.

Pour Kinshasa, il s’agit ni plus ni moins d’un habillage politique d’intérêts économiques, notamment liés à l’exploitation des ressources naturelles. Zénon Mukongo Ngay a d’ailleurs évoqué sans détour cette réalité : « La vérité, elle est connue : c’est l’exploitation des ressources naturelles de la République démocratique du Congo », ajoutant que « le Rwanda est devenu exportateur de coltan, qui n’existe nulle part sur son sous-sol », tout en évoquant l’occupation de sites stratégiques comme Rubaya.

Washington durcit le ton et conforte Kinshasa

Ce plaidoyer congolais intervient dans un contexte diplomatique marqué par un durcissement notable de la position américaine. Lors de cette même séance du Conseil de sécurité des Nations unies, la représentante adjointe des États-Unis, Tammy Bruce, a exigé un retrait « immédiat et sans conditions » des forces rwandaises du territoire congolais.

Washington estime à plus de 4 000 le nombre de soldats rwandais présents en RDC, une situation jugée comme une violation flagrante de la souveraineté nationale.

Les États-Unis ont également accusé Kigali de violer les Accords de Washington en continuant de soutenir militairement le M23, notamment via des équipements sophistiqués.

Plus significatif encore, les États-Unis ont déjà imposé des sanctions ciblées contre des responsables militaires rwandais et n’excluent pas de nouvelles mesures coercitives. Une évolution qui conforte la ligne défendue par Kinshasa : celle d’une dénonciation internationale de l’implication rwandaise sous couvert de la menace des FDLR.

Un ordre des priorités qui change la donne

La position américaine redéfinit également le séquençage des efforts de paix : retrait des forces rwandaises, repli du M23, puis neutralisation des FDLR par la RDC. Un schéma qui contredit frontalement l’argumentaire rwandais et renforce la crédibilité du discours congolais.

En réaffirmant que l’intégrité territoriale de la RDC « n’est pas négociable », Washington apporte un appui diplomatique de poids à Kinshasa, tout en reconnaissant son droit à recourir à des forces alliées pour assurer sa sécurité.

En attendant, par la clarté de ses propos et la force de son argumentation, Zénon Mukongo Ngay a imposé une lecture alternative du narratif rwandais au sein du Conseil de sécurité. En déconstruisant les justifications liées aux FDLR et en réaffirmant la souveraineté congolaise sur ses populations, y compris les Banyamulenge, il a replacé le débat sur le terrain du droit international et des responsabilités étatiques.

Comme il l’a conclu avec fermeté : « La République démocratique du Congo est suffisamment outillée pour protéger ses propres populations », avant de lancer, non sans ironie à l’endroit de Kigali : « Vous n’arrivez pas à gérer vos propres réalités internes, et vous voulez venir gérer nos 450 tribus ? Soyez modestes ».

Jonas Eugène Kota

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