Sankuru : des députés provinciaux dénoncent une « tentative de coup de force institutionnel » et appellent Félix Tshisekedi au secours

À peine quarante-huit heures après l’élection du gouverneur du Sankuru, la province historique de Patrice Emery Lumumba entre de nouveau en ébullition politique. Dans une déclaration politique en date du 18 avril 2026, et que Congo Guardian publie en intégralité ci-dessous, un groupe de députés provinciaux dénoncent ce qu’ils qualifient de « manœuvres de déstabilisation » visant à réduire l’Assemblée provinciale à une simple chambre d’enregistrement.

Leur cible : le nouveau gouverneur élu, Jules Lodi Emongo.

Une élection sous tension, suivie d’une décision explosive

Le 15 avril 2026, Jules Lodi Emongo a été proclamé élu gouverneur du Sankuru à la majorité absolue des 25 députés provinciaux, au terme d’une procédure qui a vu apparaître des dysfonctionnements dans les rangs de l’Union sacrée, la plateforme présidentielle.

En effet, deux tickets de la même famille politique se sont retrouvées en concurrence, à savoir celle du Secrétariat permanent de l’Union sacrée et l’autre de l’Udps, parti présidentiel qui avait décidé de se désolidariser de la discipline du groupe pour faire cavalier seul.

Mais la joie du scrutin a été de courte durée. Selon les élus provinciaux signataires de la déclaration sous examen, le climat politique était déjà délétère, marqué par « un bilan de gouvernance antérieur largement négatif » du candidat de l’Udps qui l’a curieusement emporté et est redevenu le nouveau chef de l’exécutif provincial.

En plus de la tension et de la division du départ partie de Kinshasa, l’étincelle qui a mis le feu aux poudres survient dans les heures suivant la proclamation du scrutin.

En effet, alors que la province retient son souffle, le gouverneur élu est accusé d’avoir ordonné le « déplacement autoritaire et sans motif légal » de quinze députés provinciaux – soit près des deux tiers de l’assemblée – vers Kananga, dans la province voisine du Kasaï Central. Pour les députés restés à Lusambo, le calcul est limpide : « modifier artificiellement la configuration politique de l’Assemblée provinciale afin d’y instaurer une soumission servile ».

L’objectif inavoué serait, selon les signataires, de faire voter l’éviction du président de l’Assemblée provinciale, du rapporteur adjoint, et l’invalidation arbitraire de certains élus accusés d’avoir voté « le ticket consensuel présenté par l’UDPS/TSHISEKEDI » sous l’égide du secrétaire général et président par intérim, Augustin Kabuya Tshilumba.

« Une culture politique révolue » au cœur de la crise

Dans leur déclaration, les députés signataires n’y vont pas par quatre chemins : ils parlent de « tentative manifeste de coup de force institutionnel » et rappellent que ces pratiques « héritées d’une culture politique révolue » sont en totale contradiction avec la vision du président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, qui ne cesse de promouvoir l’État de droit, la stabilité des institutions provinciales et la cohésion nationale.

Leur cri d’alarme dépasse les frontières du Sankuru. « Cette manœuvre de déstabilisation, ourdie deux jours seulement après la fin du processus électoral, risque de plonger la province dans une crise politique profonde, aux conséquences imprévisibles sur la paix sociale et la gestion des affaires publiques locales », avertissent-ils.

Quatre exigences et un appel au chef de l’État

Ces députés provinciaux du Sankuru formulent quatre revendications claires :

1. Le retour immédiat et sans condition de leurs quinze collègues déplacés à Kananga, afin qu’ils puissent exercer leur mandat au siège de l’Assemblée provinciale à Lusambo.

2. La mise en demeure du gouverneur élu de cesser toute ingérence dans le fonctionnement de l’organe délibérant, sous peine de violation du principe constitutionnel de séparation des pouvoirs.

3. Un appel solennel à la haute attention du président de la République, garant des institutions, ainsi qu’au ministre national de l’Intérieur et au Vice-Premier ministre, pour des « mesures urgentes et appropriées ».

4. La saisine officielle des bureaux de l’Assemblée nationale et du Sénat, ainsi que des députés nationaux et sénateurs élus du Sankuru membres de l’Union sacrée de la Nation, afin qu’ils veillent au respect strict des textes légaux régissant la décentralisation.

Une province en sursis

À ce stade, ni le gouverneur élu Jules Lodi Emongo ni la présidence de l’Assemblée provinciale n’ont réagi publiquement aux accusations. Reste à savoir si Kinshasa, par la voix du président Tshisekedi ou du ministère de l’Intérieur, répondra à cet appel de détresse venu du Sankuru.

Une chose est sûre, en attendant : à Lusambo, les prochains jours seront décisifs. Entre la lettre de la Constitution et la volonté des acteurs locaux, l’équilibre fragile de la province pourrait bien voler en éclats. L’opinion nationale et internationale, mise en alerte par les députés, observe désormais avec une attention redoublée.

En attendant, les quinze élus de Kananga restent silencieux. Et le Sankuru retient son souffle.

Albert Osako

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