Une motion de défiance pas encore déposée, mais déjà une contre-offensive médiatique déployée à grande échelle. À l’heure où l’insécurité étrangle Kinshasa et les provinces, le VPM de l’Intérieur, Jacquemin Shabani, a choisi la fuite en avant plutôt que l’attente sereine de l’Assemblée nationale. Réseaux sociaux inondés de « bilans », accusations de complot interne et absence criante de résultats tangibles : bienvenue dans une défense qui ressemble à une aveu par l’excès.
C’est une technique de défense pour le moins originale : se justifier avant même d’être officiellement accusé. Alors que la motion de défiance initiée par le député Lady Yangotikala n’avait pas encore franchi le bureau de l’Assemblée nationale, Jacquemin Shabani avait déjà sorti l’artillerie lourde de la communication.
Sur Facebook, X, WhatsApp, Instagram, etc., un document en bonne et due forme, pompeusement intitulé « Les acquis de Jacquemin Shabani », tourne en boucle.
Dans ce déluge de publications, le Vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur vante pêle-mêle la signature d’un protocole d’accord avec les opérateurs télécoms, la construction d’une centaine de logements pour policiers sinistrés, ou encore la réhabilitation d’une école de police à Kisangani. Tout y passe, même ce qui n’a aucun lien avec le motif central de la défiance : son incapacité à endiguer l’insécurité.
Car c’est bien là le cœur du récif. Meurtres, enlèvements, visites nocturnes de bandes armés dans la capitale : le quotidien des Congolais est devenu un cauchemar éveillé.
Face à cela, Shabani répond par… un document PowerPoint grandeur nature.
Cette fuite en avant médiatique a tout du plaidoyer désespéré. Plutôt que d’attendre que la procédure parlementaire suive son cours, le VPM a choisi d’occuper le terrain des réseaux sociaux comme si son salut dépendait d’un algorithme.
Détail prosaïque : le document mentionne même des « réformes structurelles » dont les effets, à ce jour, restent aussi invisibles que l’efficacité d’un numéro vert face à une machette.
Politique d’abord, sécurité ensuite
Mais derrière cette justification tous azimuts se cache une tout autre bataille, plus crue, plus politicienne. Dans l’arrière-cuisine de l’UDPS, on murmure que l’offensive contre Shabani ne doit rien au hasard. Augustin Kabuya, secrétaire général du parti, et d’autres hauts cadres seraient en train de le diaboliser méthodiquement. Objectif : préparer le terrain pour un remaniement gouvernemental dont les tractations vont bon train.
Shabani ne se contente donc pas de se défendre. Il contre-attaque en accusant ses propres camarades de complot.
Une défense ? Plutôt une fuite en avant permanente : dénoncer un adversaire invisible pour ne pas regarder en face l’insécurité bien visible, elle, qui égorge les citoyens chaque jour.
Catastrophe naturelle ou responsabilité managériale ?
Et pendant que la communication s’emballe, la rue, elle, n’a pas changé de refrain. Les patrouilles annoncées comme « intensifiées » ne semblent pas avoir reçu le mémo. Les bandits urbains dits kuluna continuent leur rodéo nocturne. Les enlèvements se succèdent. Les corps, aussi.
Alors, une question dérangeante commence à circuler, d’abord à voix basse, puis plus haut : ce pays serait-il victime d’une catastrophe naturelle ? Une malédiction tombée du ciel qui expliquerait pourquoi, malgré les réformes, malgré les lois de programmation, malgré les 5 000 policiers « en formation à Kasangulu », bref malgré ces « acquis de Jacquemin Shabani », l’insécurité demeure aussi lancinante ?
Ou bien, hypothèse plus simple mais autrement plus inconfortable : quelqu’un doit-il être tenu pour comptable — politiquement, civilement, pénalement — de cette situation ?
À force de vouloir tout justifier avant même d’être jugé, Shabani risque de produire l’effet inverse. Chaque « acquis » martelé sur les réseaux sociaux sonne comme un aveu : celui de n’avoir pas su faire taire les fusils ni rassurer les vivants.
Au fond, cette campagne frénétique ressemble à un homme qui courrait pour échapper à son ombre. Sauf que l’ombre, en l’occurrence, porte un nom : l’insécurité. Et elle, elle ne se laisse pas rattraper par un simple document bien ficelé.
La rédaction

