Alors que la communauté internationale espérait une avancée à Genève, c’est finalement sur les rives du lac Léman, à Montreux, que s’est ouvert le neuvième cycle de pourparlers entre le gouvernement congolais et la rébellion de l’AFC/M23. Une médiation américano-qatarie tente de sortir les discussions de l’ornière, alors que les accords précédents – cessez-le-feu et libération des prisonniers – restent lettre morte.
L’image a quelque chose d’ironique. À quelques encablures de la quiétude lémanique, c’est la guerre, l’est de la RDC, qui s’invite à la table des négociations. Depuis ce lundi 13 avril 2026, et jusqu’au 17 avril, la ville de Montreux – et non Genève, comme initialement pressenti – accueille le neuvième round des pourparlers entre Kinshasa et l’Alliance du Fleuve Congo (AFC/M23).
Un processus né à Doha, mais délocalisé en raison de l’instabilité au Moyen-Orient.
Dans la salle, deux poids lourds de la médiation : le Qatar, présent à distance, et l’Américain Massad Boulos, désormais facilitateur officiel pour les États-Unis, aux côtés de la Suisse comme pays hôte. La MONUSCO, elle, observe.
Mais dès l’ouverture, les hostilités ont repris… sur l’agenda.
Accrochages sur la feuille de route et la liste des participants
Les délégations se sont d’abord affrontées sur la validation des participants – un classique des processus de paix – puis sur l’ordre du jour. Un différend procédural qui a retardé de plusieurs heures l’entrée dans le vif du sujet.
Selon une source diplomatique présente sous couvert d’anonymat, « chaque camp a tenté d’imposer ses priorités, comme si la guerre sur le terrain se poursuivait par procuration dans la salle. »
Une fois l’agenda enfin stabilisé, les discussions ont porté sur l’évaluation du chemin parcouru. Et le constat est amer : deux protocoles clés, signés lors des rounds précédents – le cessez-le-feu et la libération des prisonniers – sont au point mort.
Sur le terrain, les violations du cessez-le-feu sont régulièrement signalées.
Quant aux prisonniers politiques et militaires, aucun mouvement d’ampleur n’a eu lieu.
L’enjeu humanitaire et l’ombre des aéroports fermés
Face à ce blocage, la médiation américano-qatarie entend désormais obtenir la signature d’un troisième accord, centré sur l’accès humanitaire. Les besoins sont immenses : des centaines de milliers de déplacés, des zones de santé exsangues, et des villes stratégiques – Goma, Bukavu – dont les aéroports restent fermés, entravant l’acheminement de l’aide.
« L’ouverture des aéroports de Goma et Bukavu serait un signal fort, un geste concret envers les populations civiles, » a plaidé un diplomate proche du dossier. Mais la mesure est politiquement sensible : pour Kinshasa, elle reviendrait à reconnaître une emprise territoriale de la rébellion. Pour l’AFC/M23, elle constituerait une victoire symbolique et logistique.
Des délégations sous pression
Côté gouvernemental, la délégation est conduite par Sumbu Sita Mambu, haut représentant du président Félix Tshisekedi. Face à lui, la rébellion aligne son secrétaire général, Benjamin Mbonimpa, assisté du négociateur principal René Abandi, et de l’ex-ministre Franck Mwe Di Malila comme expert. On signale également, dans les rangs de la délégation rebelle, Claude Ibalanki, ancien coordonnateur du Mécanisme de suivi de la mise en œuvre de l’accord de paix d’Addis Abeba; celui-là même qui avait accueilli à Kinshasa, en 2019-2020, une délégation du M23 qui y séjourna durant 14 mois.
Les deux parties arrivent à Montreux affaiblies par l’échec partiel des accords de Doha (2025) et sous la pression d’une communauté internationale qui s’impatiente.
Washington, via Massad Boulos, cherche un succès diplomatique.
Doha, discrète mais influente, pousse à la désescalade.
Quant à Berne, elle espère redorer son blason de terre de dialogue.
Conclusion provisoire : un calendrier serré, des espoirs mesurés
D’ici au 17 avril, la médiation devra donc batailler pour arracher un accord humanitaire – peut-être accompagné de mesures de confiance comme l’ouverture partielle des aéroports. Mais rien n’est moins sûr.
Les positions restent éloignées, et l’ombre des armes, en Ituri et au Nord-Kivu, n’a jamais vraiment quitté la table des négociations.
À Montreux, sur les rives paisibles du Léman, la paix congolaise se joue à un fil. Celui, ténu, d’un préaccord humanitaire. JEK

