Alors que les craintes d’une pénurie de carburant continuent d’agiter la capitale congolaise, de nouveaux éléments pointent vers une réalité plus préoccupante : la psychose observée sur le terrain serait moins liée à une rupture de stock qu’à des pratiques spéculatives au sein même du circuit de distribution.
Depuis plusieurs jours, de longues files d’attente s’étirent devant les stations-services de Kinshasa. Pourtant, selon les autorités, les stocks sont disponibles et la chaîne d’approvisionnement reste intacte.
Le décalage entre cette assurance officielle et la perception des consommateurs s’expliquerait désormais par des comportements jugés « anormaux » de certains opérateurs.
Stations fermées, horaires réduits : la mécanique de la rareté
D’après plusieurs témoignages concordants de chauffeurs et d’usagers, de nombreuses stations-services ferment plus tôt que d’habitude, ouvrent tardivement, voire restent totalement closes sans justification. Une opacité qui alimente les rumeurs et renforce la perception d’une pénurie imminente.
Plus troublant encore, certaines stations en activité seraient au cœur d’un système de distribution sélective. Des pompistes privilégieraient certains clients contre des pourboires, contribuant ainsi à raréfier artificiellement le produit à la pompe. Une pratique qui, dans un contexte de tension psychologique, agit comme un accélérateur de spéculation.
Résultat : une partie de la population, gagnée par la peur, constitue des stocks domestiques, tandis que d’autres commencent déjà à revendre le carburant à des prix majorés, notamment en soirée. Les conditions d’un emballement des prix sur les marchés urbains sont ainsi réunies.
À ce rythme, la spéculation pourrait contaminer l’ensemble des circuits de distribution et provoquer une flambée des prix des produits de première nécessité. Le risque est réel de voir émerger une crise sociale plus grave encore, alimentée par une hausse généralisée du coût de la vie.
Le gouvernement en ordre de bataille

Face à cette situation, les autorités tentent de reprendre la main. Du côté du ministère des Hydrocarbures, plusieurs actions ont déjà été menées pour garantir la disponibilité des produits et rassurer l’opinion. Des descentes de terrain, conduites par la Ministre d’État Acacia Bandubola notamment dans les installations de SEP Congo, ont permis de confirmer que les réserves en essence et en gasoil sont suffisantes pour couvrir la demande nationale.
En parallèle, une série de réunions avec les principales sociétés pétrolières a été organisée afin de renforcer la coordination du secteur et prévenir toute rupture. L’objectif est de maintenir la fluidité de la distribution et éviter toute manipulation du marché.

Primature : anticiper le choc externe
À un niveau plus global, la Primature s’emploie à amortir les effets de la crise internationale. Depuis l’escalade militaire en Iran fin février, les prix du pétrole sur le marché mondial ont fortement augmenté, atteignant près de 96,62 dollars le baril. Une situation qui expose directement la RDC, pays importateur, à des pressions inflationnistes.
Pour y faire face, le gouvernement a pris un train de mesures anticipatives : constitution d’un stock stratégique d’au moins 50 000 tonnes, paiement imminent des compensations dues aux sociétés pétrolières pour soutenir leurs capacités d’importation, suspension de certaines taxes et mise en place d’un dispositif de veille sur les marchés internationaux en coordination avec la Banque centrale du Congo.
Ces efforts visent à stabiliser les prix à la pompe et à sécuriser l’approvisionnement, en dépit des turbulences extérieures.
La communication des pétroliers en question
Dans ce contexte, de plus en plus de voix appellent à un recadrage du rôle des opérateurs privés. Pour plusieurs observateurs, la communication ne devrait plus uniquement reposer sur le gouvernement, mais également sur les pétroliers eux-mêmes.
Le président de leur association est ainsi attendu sur une prise de parole claire et sans équivoque pour dénoncer les pratiques de contingentement observées dans certaines stations et appeler à la transparence. Il devrait également encourager la population à signaler les cas suspects, afin de restaurer la confiance dans le circuit de distribution.
Au-delà de la disponibilité réelle du carburant, c’est bien la gestion de l’information et des comportements sur le terrain qui déterminera l’évolution de la situation.
En attendant, entre spéculation interne et tensions internationales, le marché congolais des hydrocarbures se retrouve à un tournant critique, où discipline des acteurs et fermeté de l’État seront décisives pour éviter toute dérive inflationniste.
JEK

