En pleine montée des inquiétudes alimentées par la flambée des prix du pétrole sur fond de crise au Moyen-Orient, le gouvernement congolais monte au créneau pour désamorcer toute panique. À Kinshasa comme à l’intérieur du pays, « il n’y a aucune pénurie de carburant », assure fermement la Ministre d’État en charge des Hydrocarbures, Acacia Bandubola Mbongo.

Lundi 23 mars, en visite stratégique dans les installations de SEP Congo à Gombe, principal hub logistique d’approvisionnement en produits pétroliers, la ministre a tenu à vérifier elle-même l’état des stocks. Verdict : « la couverture est assurée », sur la base des données fournies par l’opérateur.

Le Directeur général de SEP Congo, Malick Ndiaye, confirme la disponibilité « en gasoil comme en essence ».
Sur le terrain pourtant, la perception est tout autre. Dès les premières heures de la matinée, de longues files d’attente se sont formées devant plusieurs stations-services de la capitale, ravivant le spectre d’une rupture. Une réaction que la ministre attribue à un phénomène de rumeur plutôt qu’à une réalité d’approvisionnement.
« Le problème des files d’attente ne résulte pas d’un manque de carburant. C’est une rumeur. Le carburant est disponible. La population doit garder son calme », a-t-elle insisté, dans un message d’apaisement adressé aux Kinois.
Une riposte coordonnée face au choc pétrolier international
Au-delà de la communication, le gouvernement s’active en coulisses. Mardi 24 mars, Acacia Bandubola a réuni autour de la même table les principaux acteurs du secteur pétrolier — SEP Congo, Engen, Cobil, Socir, LOG, CPPN, LEREXCOM Petroleum, entre autres — pour une réunion de crise axée sur la sécurisation des approvisionnements.
Pour le professeur Joseph Mankondo Maboko, président du Comité Professionnel des Pétroliers Nationaux (FEC), cette concertation « traduit un esprit d’ouverture salutaire » et confirme que « le carburant est disponible en grande quantité », appelant lui aussi à calmer les tensions.
Cette mobilisation intervient dans un contexte international tendu. Depuis les frappes sur des sites stratégiques en Iran fin février, les marchés pétroliers sont sous pression. Le baril a grimpé à 96,62 dollars, ravivant les craintes d’une hausse durable des prix à la pompe dans les économies importatrices comme la RDC.
Stocks stratégiques et mesures d’urgence

Anticipant les répercussions de ce choc externe, le gouvernement avait déjà pris les devants dès le 9 mars. Une réunion technique élargie aux experts de Socir, Cobil, Sonahydroc, SEP Congo et au ministère des Finances, en présence du ministre de l’Aménagement du territoire, Jean-Lucien Busa, a permis de dégager un paquet de mesures d’urgence.
Parmi celles-ci : la constitution d’un stock stratégique d’au moins 50 000 tonnes de carburant (terrestre et aviation), destiné à parer toute rupture brutale. À cela s’ajoute l’engagement de l’État de régler, dès avril, les avances sur les pertes et manques à gagner du premier trimestre 2026, afin de soutenir la capacité de réapprovisionnement des sociétés pétrolières.
Un dispositif de veille renforcé sur les marchés internationaux est également mis en place, en coordination avec la Banque centrale du Congo, pour anticiper les fluctuations et ajuster rapidement la politique des prix.
Vers une souveraineté énergétique à construire
Au-delà de la gestion conjoncturelle, l’exécutif affiche des ambitions structurelles. Construction d’une raffinerie modulaire pour réduire la dépendance aux importations, relance des appels d’offres pétroliers, extension des capacités de stockage dans les provinces : autant de chantiers inscrits dans une stratégie de souveraineté énergétique à moyen et long terme.
Ces orientations s’inscrivent dans les prérogatives définies par l’ordonnance du 15 décembre 2025, qui confie au ministère des Hydrocarbures la gestion des stocks stratégiques, la régulation du marché et le contrôle de l’ensemble de la chaîne pétrolière, de l’importation à la commercialisation.
En attendant, le message officiel reste inchangé : pas de crise, mais une vigilance accrue. Entre tension internationale et psychologie des marchés locaux, Kinshasa marche sur une ligne de crête où la communication gouvernementale devient un levier clé pour contenir toute spirale spéculative.
Jonas Eugène Kota

