RDC-Suivi du processus de Washington : Plateau spécial sur la RTNC pour le tout premier rapport d’observation du COMOSA

À peine publié, le tout premier rapport du Collectif des journalistes et organisations professionnelles des médias pour le suivi des accords de paix (COMOSA) s’est imposé comme un document de référence. Son retentissement, jusque dans les cercles décisionnels les plus élevés, a conduit la RTNC à lui consacrer une émission spéciale, révélatrice de l’intérêt inédit suscité par cette initiative congolaise d’observation des processus de paix. Sur le plateau, plusieurs figures majeures du collectif étaient réunies, notamment Nicaise Kibelbel Oka, éditeur du journal Les Coulisses, Jonas Eugène Kota, éditeur général du journal en ligne Congo Guardian, ainsi que Willy Kalengayi, patron du groupe de presse Geopolis. Leurs interventions ont permis d’éclairer aussi bien la genèse du collectif que les conclusions de ce premier rapport.

Et en face d’eux, des interviewers de haut vol : Oscar Mbal Kayij, Directeur des informations de la RTNC en personne ; et Elysée Odia, journaliste indépendante parmi les meilleures pointures du moment dans la presse congolaise.

Pour une première production, l’exercice tient du coup de maître. Dans un pays habitué à voir l’évaluation des accords de paix confiée à des acteurs internationaux, l’irruption d’un dispositif porté par des professionnels congolais des médias marque une inflexion notable.

Le COMOSA, né en juillet 2025 dans un contexte de forte dégradation sécuritaire liée à la résurgence du M23, se veut à la fois un instrument de veille, d’analyse et de responsabilisation des acteurs engagés dans le processus de paix.

Une observation structurée selon des standards internationaux

Au cœur des débats, la question de la méthodologie a occupé une place centrale. Face aux interrogations sur la fiabilité du taux d’exécution avancé — 31 % — les membres du collectif ont insisté sur la rigueur de leur démarche. Loin d’une simple notation subjective, le rapport repose sur une méthode d’« observation-constat », largement utilisée dans les dispositifs internationaux de suivi des accords de paix.

Concrètement, l’analyse procède par une comparaison systématique entre les engagements pris par les parties et les actes effectivement posés sur le terrain. Cette grille de lecture s’articule autour de quatre piliers : le cadre politico-institutionnel, la mise en œuvre sécuritaire, la dimension économique et, enfin, la cohérence politique couplée à la confiance mutuelle.

Le taux global de 31 % résulte d’une moyenne de ces différents axes. Le volet institutionnel apparaît comme le plus avancé (70 %), traduisant la mise en place effective de mécanismes conjoints et de cadres de dialogue. À l’inverse, la dimension sécuritaire (20 %) et surtout économique (15 %) accusent des retards importants, tandis que la confiance politique demeure fragile (20 %).

Cette approche, fondée sur l’évaluation qualitative des dynamiques plutôt que sur une stricte comptabilité technique, s’inscrit dans les pratiques courantes des observatoires internationaux de paix. Elle permet d’intégrer la complexité des interdépendances entre engagements, évitant ainsi les biais d’une lecture purement mécanique.

Des avancées réelles, mais un processus encore fragile

L’émission a également permis de mettre en lumière les résultats concrets relevés par le COMOSA. Parmi les signaux positifs figurent la mise en place des mécanismes institutionnels dans les délais, la tenue de réunions de coordination sécuritaire ou encore certains gestes de désescalade sur le terrain, comme le retrait de troupes après des incidents localisés.

Mais ces avancées restent contrebalancées par des entraves notables : violations ponctuelles du cessez-le-feu, lenteur du désarmement, ou encore blocages liés à la méfiance persistante entre les parties. Le faible niveau d’exécution du volet économique illustre, quant à lui, la dépendance de la relance des investissements à une stabilisation sécuritaire encore incomplète.

Au-delà des chiffres, les enjeux de fond

Au fil des échanges, d’autres enjeux structurants ont émergé. La question de la confiance politique, qualifiée de « problème existentiel », apparaît comme l’un des principaux verrous du processus. Héritée de décennies de conflits et de rivalités régionales, cette défiance continue de peser sur la mise en œuvre des engagements.

L’émission a également insisté sur la complexité systémique de la crise, marquée par l’imbrication entre insécurité et exploitation des ressources naturelles. La superposition des zones minières et des foyers de groupes armés illustre une « économie de prédation » que les accords entendent progressivement démanteler.

Enfin, le rôle des médias a été largement souligné : non plus simples relais d’information, mais acteurs à part entière de la consolidation de la paix, capables d’influencer l’opinion publique et de promouvoir une culture de responsabilité.

Un échec relatif, porteur d’espoir

Si le chiffre de 31 % peut apparaître comme un aveu d’échec au regard des attentes, les intervenants ont plaidé pour une lecture plus nuancée. Dans un processus visant à résoudre plus de trois décennies de conflits, ce niveau d’avancement est présenté comme un point de départ encourageant plutôt qu’un aboutissement insuffisant.

En donnant à voir, pour la première fois, une évaluation structurée, indépendante et nationale de la mise en œuvre d’un accord de paix, le COMOSA s’impose déjà comme un acteur incontournable du débat public. Et son premier rapport, au-delà de ses conclusions, pourrait bien contribuer à renforcer la culture de redevabilité dans la gestion des processus de paix en République démocratique du Congo.

Jonas Eugène Kota

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