UNISIC : Le « festival » des DEA se poursuit

Après une première journée marquée par huit soutenances et deux mémoires couronnés de Grande Distinction, la série des défenses de Diplôme d’Études Approfondies (DEA) se poursuit à l’Université des Sciences de l’Information et de la Communication (UNISIC). Dans les auditoires et autres salles, l’effervescence scientifique ne retombe pas. Jurys mobilisés, candidats concentrés, débats nourris : le « festival » académique tient ses promesses et confirme la montée en puissance de la recherche en Sciences de l’Information et de la Communication.

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Vendredi encore, les travaux présentés ont témoigné d’une université ancrée dans les réalités congolaises, attentive aux mutations technologiques, médiatiques et sociales.

Traduction journalistique : ce que l’information perd… ou gagne

Assistant à l’Université de Mbuji-Mayi, Lubamba Ciamala Jeanot a choisi de transformer son terrain professionnel en terrain scientifique. Son mémoire, intitulé « Déperdition informationnelle et/ou gain informationnel dans le phénomène de traduction journalistique à la RTNC/Kasaï Oriental », explore une question aussi simple qu’essentielle : que devient le sens lorsqu’un message passe d’une langue à une autre ?

Dans un pays multilingue comme la RDC, la traduction médiatique n’est pas un luxe, mais une nécessité démocratique. Pourtant, derrière l’apparente neutralité du transfert linguistique se cachent des enjeux complexes.

Le chercheur démontre méthodologiquement que la traduction journalistique peut à la fois appauvrir un message – par perte de nuances culturelles, contextuelles ou sémantiques – ou l’enrichir, en l’adaptant aux référents sociolinguistiques du public cible.

Plus incisif encore, son travail met en garde contre une confiance aveugle envers l’intelligence artificielle. À travers une expérimentation comparative, il a opposé une traduction humaine à une traduction générée par un outil d’IA, révélant des écarts parfois saisissants. Une simple phrase comme « Je t’aime », traduite correctement en tshiluba par « Ndi muku nanga », s’est transformée sous l’effet de l’IA en une formulation approximative et décontextualisée.

Un signal d’alerte pour les professionnels des médias tentés par la facilité technologique.

La salle, attentive, a salué la rigueur de l’analyse et l’actualité brûlante du sujet. Verdict du jury : Très grande distinction.

Communication et démographie : le défi des imaginaires collectifs

Autre moment fort de la journée : la soutenance de Mbuyi Tshibwabwa Jeannette-Astrid, consacrée à la communication institutionnelle en santé reproductive.

Sa recherche interroge l’efficacité des messages du Programme National de Santé de la Reproduction (PNSR) dans un contexte socioculturel marqué par de fortes normes pronatalistes.

Comment les messages publics sont-ils perçus ? Sont-ils compris, appropriés, détournés ?

Le constat est sans équivoque : un décalage profond persiste entre l’intention stratégique du programme et la réception par les publics. Les croyances culturelles liées à la fécondité, les imaginaires collectifs et les normes de genre pèsent davantage que les messages institutionnels.

La chercheuse montre ainsi que la communication, si elle n’intègre pas les réalités socioculturelles, peine à infléchir les comportements. Or, dans un pays confronté à une croissance démographique rapide, les enjeux sont considérables : pression accrue sur les infrastructures scolaires et sanitaires, amplification des inégalités, fragilisation des efforts de développement.

Loin de présenter la planification familiale comme une contrainte, Mbuyi Tshibwabwa la repositionne comme un instrument stratégique de politique publique, permettant aux familles de faire des choix éclairés et de renforcer la santé maternelle et infantile.

Pour la solidité méthodologique et la portée stratégique de ses conclusions, le jury a décerné à ce travail la Grande Distinction.

Une dynamique scientifique portée par un nouveau souffle

À mesure que les soutenances s’enchaînent, un constat s’impose : l’UNISIC affirme son rôle de laboratoire d’idées au service de la société congolaise. Traduction médiatique, intelligence artificielle, santé reproductive, démographie… les thématiques abordées traduisent une université qui observe, analyse et propose.

Ce « festival » des DEA intervient dans un contexte de renouveau managérial assumé. Sous la direction du nouveau comité de gestion conduit par la professeure Espérance Bayedila Tshimungu, l’UNISIC semble tourner la page d’une longue parenthèse d’obscurité managériale, scientifique, académique et administrative. Aujourd’hui, dans les auditoires comme dans les laboratoires, la recherche reprend ses droits.

Et à l’UNISIC, la science redevient plus que jamais un outil d’intelligence collective et de transformation sociale.

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