Sous les lumières futuristes de la capitale émiratie, la deuxième journée de la Semaine du développement durable a donné lieu à un échange stratégique de haut niveau. Au cœur du Global South Utilities Forum (GSU), la Première Ministre congolaise Judith Suminwa Tuluka a défendu avec vigueur une idée essentielle : aucune transition énergétique sérieuse ne peut être pensée sans les pays du Sud, et encore moins sans la République Démocratique du Congo. « Rien sans les pays du Sud »
Face à un parterre de décideurs politiques, de développeurs, d’investisseurs et de grands acheteurs d’énergie, la Cheffe du Gouvernement a dressé un constat sans détour : « Sur près de 600 millions de personnes privées d’électricité dans le monde, plus de 83 % vivent en Afrique, alors même que le continent dispose du plus grand potentiel mondial en énergies renouvelables », a-t-elle dénoncé, pointant l’écart préoccupant entre potentiel énergétique et investissements disponibles.
Pour Judith Suminwa, l’équation est claire : la transition énergétique mondiale se gagnera ou se perdra dans le Sud global.
Une conviction partagée par plusieurs leaders présents, dont Michael Randrianirina, Président de Madagascar, et Lucia Witbooi, Vice-présidente de la Namibie.
Des partenariats réalistes et équilibrés
Tout en saluant la tenue du GSU Forum, la Première Ministre a appelé à l’émergence de solutions portées par le Sud global lui-même, à travers des partenariats « réalistes, équilibrés et fondés sur la souveraineté énergétique ».
La RDC, a-t-elle rappelé, se tient prête à assumer un leadership continental : « Mon pays concentre, à lui seul, plus de la moitié du potentiel africain en énergies renouvelables », a-t-elle affirmé.
Ce potentiel, la Première Ministre l’a détaillé avec précision :100 000 MW de potentiel hydroélectrique, dont 44 000 MW rien que pour le site d’Inga; des milliers de sites solaires, éoliens et biomasse; plus de 8 000 mini-réseaux solaires identifiés.
Un arsenal énergétique qui place le pays dans une position stratégique unique.
Passer de fournisseur de ressources à acteur industriel
Mais la RDC ne veut plus se limiter à fournir des minerais critiques — cobalt, cuivre, lithium — indispensables aux batteries électriques et à la transition verte mondiale. « Notre ambition est claire : passer du statut de simple fournisseur de ressources à celui d’acteur industriel de la transition énergétique mondiale », a martelé Judith Suminwa qui a mis en avant les réformes engagées, notamment les mesures incitatives du Code des investissements, pour attirer des acteurs capables de transformer localement ces ressources et créer une véritable chaîne de valeur industrielle congolaise.
Paix à l’Est : un impératif pour les engagements climatiques
La Cheffe du Gouvernement a également souligné l’essor des investissements privés permis par la libéralisation du secteur de l’électricité, notamment dans le solaire photovoltaïque. Elle a cité en exemple le Fonds Mwinda, destiné à accélérer l’électrification des zones rurales et périurbaines.
Mais elle a tenu à rappeler une réalité incontournable : les conflits dans l’Est de la RDC menacent ces avancées.
« La consolidation de la paix est un enjeu collectif pour le succès des engagements climatiques et énergétiques du Sud global », a-t-elle averti.
La jeunesse, moteur de la transformation énergétique
Fidèle à sa vision humaniste axée sur l’inclusion, Judith Suminwa a conclu en rappelant que l’innovation technologique ne peut se construire sans une jeunesse formée, équipée et pleinement intégrée dans la dynamique énergétique mondiale. Un message en droite ligne des piliers 1 et 6 de son Programme d’actions gouvernemental.
Albert Osako

