Mauvaise qualité des télécoms en RDC : l’urgence d’assainir le régulateur et d’opérationnaliser l’ARPTIC

La 74ᵉ réunion du Conseil des ministres aura mis en lumière une préoccupation persistante : la qualité jugée « alarmante » des services de télécommunications en République démocratique du Congo. Le président Félix Tshisekedi a, à cette occasion, tapé du poing sur la table et exigé des solutions immédiates, dénonçant les perturbations récurrentes affectant la téléphonie mobile, l’internet et les services numériques, avec un impact direct sur l’économie, la vie quotidienne et le fonctionnement administratif du pays.

Selon le compte-rendu du porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, le chef de l’État a appelé les ministres sectoriels et l’Autorité de régulation de la poste et télécommunications du Congo (ARPTC) à faire respecter, sans faille, les obligations légales imposées aux opérateurs, avec sanctions à la clé pour toute défaillance.

Des alertes déjà formulées… mais restées sans suite

La situation n’a pourtant rien de nouveau. Dès septembre dernier, lors de la 57ᵉ réunion du Conseil des ministres, le ministre des Postes et télécommunications — par une note technique — avait dressé un diagnostic similaire, pointant la mauvaise qualité du réseau et la dégradation de l’Internet. Il proposait alors la création d’une Commission interministérielle incluant tous les secteurs impliqués (Aménagement du territoire, Urbanisme, Affaires foncières, Économie numérique, Ressources hydrauliques…) ainsi qu’un renforcement du contrôle des opérateurs par le régulateur.

Quatre mois plus tard, aucune task force n’a vu le jour.

Un régulateur qui n’existe plus légalement

Au cœur du problème, souligne le document consulté par notre rédaction , se trouve un dysfonctionnement structurel : l’ARPTC (Autorité de régulation des postes et télécommunications) est devenue, juridiquement, une institution obsolète. En alternative, la loi du 25 novembre 2020 a créé une nouvelle entité, l’Autorité de régulation du secteur des télécommunications et des technologies de l’information et de la communication (ARPTIC), placée sous la tutelle du ministre des PTNTIC, aujourd’hui PTT.

Un décret du 3 mars 2023 avait confirmé cette mutation et abrogé les dispositions antérieures.

Pourtant, l’ARPTC continue d’opérer comme si de rien n’était. Son président, Christian Katende, signe toujours les documents sous l’en-tête « Présidence de la République », en contradiction avec la loi et le décret.

Pire : le mandat de son collège directeur est expiré depuis mai 2025, sans qu’aucune ordonnance présidentielle n’ait nommé de nouveaux animateurs.

Cette anomalie laisse le secteur dans une zone grise juridique, en contradiction totale avec les textes en vigueur.

Laxisme et proximité compromettante avec les opérateurs

Le fichier analysé décrit un climat de routine, de complaisance et de copinage entre l’actuel collège de l’ARPTC et plusieurs opérateurs télécoms. Résultat : aucune sanction sérieuse, aucune contrainte sur les obligations de qualité de service, aucun monitoring systématique — alors même que le régulateur possède, sur papier, un arsenal de pouvoir impressionnant.

L’ARPTIC, dans sa configuration légale, devrait contrôler : la qualité des services, les prix, les fréquences, la numérotation, les interconnexions, la cybersécurité, les litiges entre opérateurs, les atterrissements des câbles internationaux, les données personnelles, les audits de réseaux, les licences et la concurrence sur tout le territoire.

Autant d’attributions stratégiques impossibles à exercer correctement dans l’architecture actuelle, gelée depuis cinq ans.

Un blocage politique ?

À l’analyse de cette léthargie en ce moment critique pour un secteur aussi sensible, l’on perçoit comme des pesanteurs politiques qui se profilent, tels des ombres. Certains acteurs au sein du cabinet présidentiel refuseraient de détacher le régulateur de la Présidence — malgré le prescrit de la loi — pour des « intérêts obscurs ».

Une situation qui, selon plusieurs sources, maintient le secteur dans un immobilisme dommageable, tandis que la qualité du réseau continue de se détériorer.

L’appel final : agir, et vite

Au regard des enjeux — économiques, sécuritaires, diplomatiques et sociaux — l’assainissement du régulateur devient une priorité et une urgence nationales. Pour garantir un service conforme aux standards internationaux, le Président Tshisekedi devrait désormais se pencher sur trois urgences : 1. Nommer sans délai la nouvelle équipe dirigeante de l’ARPTIC; 2. opérationnaliser pleinement le cadre légal existant, à savoir l’ARPTIC; et 3. mettre fin à l’impunité des opérateurs qui ne respectent pas les obligations de qualité et de continuité de service.

La modernisation du secteur numérique, indispensable au développement du pays, est à ce prix. Elle reste suspendue à la capacité du gouvernement à résoudre ce blocage institutionnel.

Dibenga Wotsho

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *