Joseph Kabila, Fantomas à Luanda

À en croire certaines officines numériques en pleine crise d’imagination, Joseph Kabila aurait été aperçu à Luanda, en pleine opération diplomatique secrète pour régler – rien que ça – l’équation du dialogue politique congolais. Une sorte de Fantomas barbu, capable de se matérialiser dans n’importe quelle capitale africaine pour tirer les ficelles du destin national… même quand il n’y met pas un orteil.

Car, une nouvelle fois, la machine de l’imagination s’est emballée, transformant l’ancien président en exil volontaire en super-émissaire chargé de mobiliser la planète entière à sa cause. Rien de moins.

Un personnage présenté comme fini et en errance à travers le monde, incapable même de mobiliser la rue à Kinshasa, mais auquel on attribue tant de pouvoirs…

À écouter ces officines ainsi que leurs exutoires médiatiques et des réseaux sociaux, Kabila activerait même la présidence en exercice de l’Union africaine — comprenez : l’organisation panafricaine toute entière, mise en service express comme un simple drone diplomatique à son profit.

Joseph Kabila toujours super star de la scène politique congolaise ?

Le comique de la situation ? Kabila ne réclame pas seul un dialogue. Avant lui, Martin Fayulu l’avait exigé publiquement, bruyamment, et depuis belle lurette. Vital Kamerhe, de l’intérieur même de la majorité, l’a réclamé aussi, avec insistance.

Idem pour Moïse Katumbi qui le réclama sur les pavés kinois avant d’être contraint à l’exil.

Mais allez expliquer cela aux fabriques du spectaculaire politique : pour elles, il n’existe qu’un seul personnage capable de déclencher une mobilisation intergalactique… Kabila, alias “Fantomas à Luanda”.

Pendant que les réseaux surchauffent, à Luanda, la réaction est… un grand rire étouffé. Toutes les sources sérieuses contactées par Congo Guardian dans la capitale angolaise démentent catégoriquement le passage du prédécesseur de Félix Tshisekedi. Pas d’avion, pas de convoi, pas de silhouette mystérieuse dans un couloir d’hôtel à 3h du matin. Rien.

Seule certitude : une date au courant de ce mois de janvier est évoquée dans certains milieux diplomatiques. Et Congo Guardian, dans son souci de précision, s’emploie actuellement à la confirmer.

Mais la rumeur, elle, n’attendra pas : elle vit de son propre oxygène. Celui de voir Kabila vu partout… sauf là où il est.

Ce n’est, en effet, pas la première fois que l’ancien président devient un fantôme géopolitique itinérant. Souvenons-nous : pour son déplacement à Goma l’année dernière, certaines officines l’y avaient localisé des jours avant qu’il n’y arrive réellement, comme si elles recevaient des visions satellitaires personnelles.

Et le plus croustillant ? Même des médias mainstream — comme RFI et Jeune Afrique — s’étaient laissé piéger par ces apparitions mystiques.

Comme quoi, Fantomas, c’est un rôle qui lui colle décidément bien à la peau.

Conclusion : quand la fiction remplace l’info

Ainsi va la chronique congolaise : un simple souffle sur WhatsApp et voilà Joseph Kabila transformé en agent spécial errant de capitale en capitale, chargé d’arracher la paix continentale avec un lasso invisible. Pendant ce temps, les acteurs réellement engagés pour un dialogue – anciens opposants, membres influents de la majorité, société civile, confessions religieuses, etc. – continuent de parler, de proposer… sans jamais déclencher la même hystérie collective.

Mais que veut-on ? Dans l’imaginaire politico-numérique congolais, Kabila est devenu un personnage de bande dessinée, omniprésent, omnipotent, omniconsulté. Bref : Fantomas.

Et cette fois, paraît-il, il était à Luanda… sauf que non. Du moins, pas encore…

JDW

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