RDC – Dialogue inclusif : Les leaders politiques, armés et de la société civile défilent déjà à Luanda

Les câbles sont formels et n’ont jamais vibré autant. Luanda n’a jamais autant palpité au rythme de la politique congolaise.

Depuis quelques jours – certains parlent de quelques semaines, la capitale angolaise voit défiler discrètement et progressivement, l’un après l’autre, des représentants de toutes les grandes familles politiques, des acteurs armés et plusieurs figures influentes de la société civile congolaise.

Un véritable ballet politique, que plusieurs sources confirment ce week-end à Congo Guardian, révélant que les lignes sont déjà en mouvement pour préparer un dialogue politique inclusif de toutes les chances.

Ce scénario, qui semblait encore flou il y a quelques jours, a été anticipé par Congo Guardian, qui annonçait déjà la mise en place d’un dialogue politique inclusif orchestré depuis Luanda. Dans son article du 9 janvier — « Le dialogue politique inclusif se met en place à Luanda » — le média en ligne révélait les premiers signaux de cette initiative en gestation (https://congoguardian.com/2026/01/09/rdc-le-dialogue-politique-inclusif-se-met-en-place-a-luanda/)

Luanda active ses réseaux, l’Angola reprend la main

Selon plusieurs sources concordantes, les autorités angolaises mènent depuis quelques jours une série de contacts informels avec des acteurs clés de la crise congolaise. Les discussions, pour l’instant prudentes et discrètes, visent à baliser le terrain en amont d’un processus plus structuré.

Parmi les personnalités approchées et/ou ciblés figurent des leaders politiques majeurs, y compris de l’opposition, des représentants influents des Églises catholique et protestante, incontournables des dynamiques de sortie de crise, etc. Fait notable, des cadres de l’AFC/M23 sont également signalés à Luanda.

L’Angola assume donc pleinement ce rôle, malgré le repositionnement progressif du centre de gravité du processus de paix vers Lomé. João Lourenço, président angolais et facilitateur régional, estime que le moment est venu de reconnecter les acteurs et de recoudre les passerelles coupées par plus de deux ans de tensions extrêmes.

L’AFC/M23 disponible… mais exige des garanties

Selon nos informations, l’AFC/M23 a confirmé sa disponibilité à participer aux tractations préliminaires, mais poserait des conditions jugées tactiques. Le mouvement armé pro rwandais exigerait des « garanties solides » – qui n’ont pas encore été révélées à Congo Guardian, un cadre clair sur l’avenir du processus de Doha/Lomé, et surtout des assurances sur la cessation effective des hostilités, encore loin d’être respectée sur le terrain.

Le mouvement estime, ajoutent nos sources, que plusieurs engagements liés au cessez-le-feu ont été violés, et exigerait que l’Angola clarifie les marges de manœuvre avant d’entrer dans un processus politique susceptible d’impliquer un engagement durable.

Tshisekedi pour le départ avec l’implication de l’Angola et des conditions du Gouvernement

Des sources dignes de foi assurent que cette nouvelle fenêtre d’opportunité d’un dialogue tant demandé aurait été rendue possible par un accord donné par le président Félix Tshisekedi pour que l’AFC/M23 soit invitée en Angola. L’objectif : replacer totalement Luanda au centre du dispositif, dans un moment où les voies diplomatiques traditionnelles semblent s’être essoufflées.

Pour sûr, Kinshasa est plus que jamais sur le départ pour ce dialogue politique avec l’implication de toute les composantes. Sur son compte X, en effet, le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a rappelé qu’une feuille de route pour un dialogue politique existe déjà.

Le « séquençage du dialogue, selon Kinshasa

Celle-ci a été élaborée conjointement par la Présidence de la République à travers le Conseiller spécial Eberande Kolongele, l’Église du Christ au Congo (ECC), la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) ainsi que les Églises de réveil, représentées par l’évêque Ejiba Yamapia. Autrement dit pour le Gouvernement, le cadre du dialogue est posé, mais son déclenchement dépend d’un séquençage précis.

Selon Patrick Muyaya, ce séquençage repose sur l’issue de deux processus diplomatiques majeurs actuellement en cours : à Washington, où se poursuivraient des discussions sur les relations entre la RDC et le Rwanda et à Doha, où le dossier du M23 demeure au cœur des pourparlers.

Pour Kinshasa, ces deux fronts diplomatiques conditionnent toute avancée interne. Le gouvernement estime donc que le moment du dialogue national ne peut être décidé indépendamment de ces dynamiques extérieures.

Et Patrick Muyaya se montre catégorique : « Il n’existe pas de crise de légitimité en RDC ». Pour le gouvernement, la crise est avant tout sécuritaire, liée à ce qu’il qualifie d’« agression rwandaise dans l’est du territoire national ». Dès lors, le porte-parole s’interroge sur la pertinence d’un dialogue politique interne alors qu’une menace extérieure persiste.

« Peut-on réclamer un dialogue sans dénoncer l’occupation d’une partie du territoire national et les crimes qui y sont commis ? », lance-t-il.

Autre précision importante : le gouvernement insiste sur le fait que le dialogue politique se tiendra en RDC, et non à l’étranger.

C’est donc dans cette dynamique globale que Félix Tshisekedi poursuit parallèlement ses initiatives diplomatiques. Le chef de l’État s’est rendu à deux reprises en Angola pour échanger avec João Lourenço dans le cadre des efforts régionaux de médiation.

Son objectif affiché : aboutir à une solution pacifique et durable à la crise sécuritaire dans l’Est.

Pour l’heure, un message clair est envoyé aux acteurs politiques par Kinshasa : le dialogue est bel et bien acté, mais c’est le chef de l’État qui en fixe le rythme, l’ordre et le cadre.

Mais João Lourenço est déjà à la manœuvre

Il ne reste, cependant, pas moins que Luanda soit déjà à la manœuvre pour ce même dialogue. Selon des sources diplomatiques, Luanda aurait déjà vu défiler plusieurs opposants politiques congolais, chacun exposant sa vision, ses lignes rouges et ses conditions pour participer à un dialogue véritablement inclusif.

Ces consultations rapides et confidentielles témoignent de la volonté de reconstruire un espace politique de médiation — une démarche qui rappelle les grands moments de facilitation régionale en Afrique australe.

Un dialogue bien en marche, malgré les risques

L’effervescence observée à Luanda laisse penser que le dialogue inclusif n’est plus une idée théorique, mais bien une réalité en préparation. La rapidité des contacts, la présence simultanée de plusieurs acteurs clé et le rôle actif de João Lourenço, Président en exercice de l’Union africaine, indiquent un basculement : la recherche d’un consensus minimal devient une priorité régionale.

Mais le chemin reste semé d’embûches : la méfiance persistante entre Kinshasa et Kigali, les conditions posées par les groupes armés, les fractures internes de la classe politique congolaise, la méfiance vis-à-vis de la CENCO-ECC, et les incertitudes sur la capacité de ces différents processus et dynamiques (Doha, Washington, Luanda) à se compléter plutôt qu’à se neutraliser.

Il ne reste, cependant, pas moins que la scène est posée, les acteurs arrivent et les tractations commencent. Et, comme l’avait anticipé Congo Guardian, c’est bien à Luanda que se joue aujourd’hui le prochain chapitre du dialogue politique congolais — un chapitre que beaucoup espèrent enfin décisif pour sortir la RDC de l’impasse.

Jonas Eugène Kota

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