Pas de détour, pas de langue de bois. Devant le Conseil de sécurité des Nations unies, la France a choisi la frontalité. Par la voix de son ambassadeur et représentant permanent, Jérôme Bonnafont, Paris a dressé un acte d’accusation sévère contre l’offensive du M23, soutenue par les Forces de défense rwandaises, avertissant que « la stabilité régionale est désormais directement menacée » et que « la sécurité des civils est gravement compromise » dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).
Co-initiatrice et co-rédactrice de la résolution 2773, la France s’est posée en garante de son application. « Cette résolution doit être pleinement appliquée », a martelé Jérôme Bonnafont, en insistant sur son cœur : « un cessez-le-feu inconditionnel, effectif et vérifiable ».
Pour Paris, il ne s’agit plus d’un appel politique, mais d’une exigence immédiate.
Uvira, l’alerte maximale
La prise d’Uvira, ville stratégique du Sud-Kivu située à proximité immédiate du Burundi, a été décrite comme une ligne rouge. « La chute d’Uvira fait peser un risque sérieux et imminent d’escalade régionale », a averti l’ambassadeur français, soulignant que les pays voisins sont désormais directement exposés. Dans ce contexte, le recours à des drones suicides marque, selon Paris, « une escalade particulièrement préoccupante » du conflit, à la fois militaire et technologique.
Une catastrophe humanitaire aggravée
Sur le terrain, les conséquences sont dramatiques. « Des dizaines de milliers de civils ont été déplacés de force », a rappelé Jérôme Bonnafont, dans une région déjà frappée par « la deuxième crise humanitaire la plus grave au monde ». Paris a rappelé son engagement humanitaire, évoquant la réunion de haut niveau organisée à Paris par le président Emmanuel Macron, qui avait explicitement demandé la réouverture de l’aéroport de Goma pour des raisons humanitaires, afin de permettre l’acheminement de l’aide et l’évacuation des blessés.
Retrait rwandais et respect de la souveraineté Congolaise
Le message adressé à Kigali est sans ambiguïté. « Les Forces de défense rwandaises doivent se retirer du territoire congolais », a déclaré l’ambassadeur, rappelant que cette exigence découle directement des décisions du Conseil de sécurité. « Le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la République démocratique du Congo est non négociable », a-t-il insisté, dénonçant « les actions provocatrices et les discours de haine » qui alimentent la spirale de violence.
Dans le même temps, Paris exhorte le M23 à « mettre immédiatement fin à son offensive » et à cesser toute entrave aux efforts de paix.
MONUSCO : Paris refuse l’affaiblissement
Alors que la mission onusienne est sous pression, la France a fermement défendu le rôle de la MONUSCO. « La situation actuelle ne peut et ne doit pas remettre en cause son mandat », a souligné Jérôme Bonnafont. La mission reste essentielle, selon Paris, pour accompagner les efforts de paix et surveiller un éventuel cessez-le-feu.
Les entraves imposées par le M23 à sa liberté d’action et à son approvisionnement sont jugées « inacceptables » et doivent cesser sans délai.
Accords de paix et crédibilité internationale
Enfin, la France a rappelé que les accords de Washington et l’accord-cadre de Doha doivent être respectés dans leur intégralité. Pour Paris, c’est la crédibilité même du système multilatéral qui est en jeu. « Les textes adoptés par ce Conseil engagent ceux qui les ont votés », a insisté l’ambassadeur français.
À New York, le message est clair : la France ne se contentera plus de déclarations. Co-rédactrice de la résolution 2773, elle attend désormais des actes — et prévient que l’inaction ouvrirait la voie à une déstabilisation durable de toute la région des Grands Lacs.
JEK

