Au Conseil de sécurité, les USA sont sans quartier pour le Rwanda, mais…

Le ton était sans équivoque, le propos d’une rare brutalité diplomatique. Devant le Conseil de sécurité de l’ONU réuni vendredi en urgence sur la situation en République démocratique du Congo, l’ambassadeur par intérim des États-Unis, Michael Waltz, a livré une mise en accusation frontale du Rwanda, le désignant comme acteur central et assumé de la guerre dans l’est congolais.

Pour Washington, il ne s’agit plus d’allégations, mais de faits établis, documentés et stratégiquement assumés par Kigali.

Dans une allocution qui marque une rupture nette avec les prudences habituelles du langage onusien, le diplomate américain a accusé le Rwanda de sabotage délibéré des accords de paix signés à Washington, affirmant que les Forces de défense rwandaises (RDF) combattent directement aux côtés du M23, notamment dans la région d’Uvira, au Sud-Kivu. « Depuis sa réémergence en 2021, le Rwanda a eu le contrôle stratégique de son groupe armé par procuration, le M23, ainsi que de son aile politique, l’Alliance du fleuve Congo », a déclaré Michael Waltz, évoquant une instrumentalisation militaire et politique au service d’objectifs géopolitiques précis.

Washington accuse Kigali de diriger la guerre

Selon les États-Unis, Kigali n’est pas un soutien périphérique, mais un chef d’orchestre militaire. Michael Waltz a affirmé que le Rwanda est « intimement impliqué dans la planification et l’exécution de la guerre dans l’est de la RDC », fournissant directives politiques, commandement militaire, équipements sophistiqués et soutien logistique. Les chiffres avancés sont lourds de sens : entre 5 000 et 7 000 soldats rwandais auraient été déployés sur le sol congolais début décembre, avec des renforcements lors des offensives les plus récentes.

Plus grave encore, Washington affirme disposer d’informations supplémentaires sur « l’ampleur et la sophistication » de cette implication. Des missiles sol-air, des armes avancées, une utilisation accrue de drones suicides et d’artillerie lourde ont été documentées sur le terrain, y compris lors de frappes ayant touché le Burundi voisin. Une escalade militaire qui, selon les États-Unis, entraîne toute la région des Grands Lacs vers une instabilité majeure.

Uvira, ligne rouge franchie

L’offensive lancée le week-end dernier contre Uvira constitue, aux yeux de Washington, une étape décisive dans la rupture des engagements. Michael Waltz a confirmé la présence de forces rwandaises sur le front, qualifiant cette avancée de violation flagrante des accords de Washington. « Au lieu de faire avancer la paix, le Rwanda entraîne la région vers la guerre », a-t-il averti, dénonçant une stratégie qui piétine les engagements diplomatiques tout en mettant en péril la sécurité régionale.

Le diplomate américain a également pointé une contradiction qu’il a qualifiée, sans détour, de « triste hypocrisie » : des forces soutenues par un État membre de l’ONU — lui-même contributeur de troupes aux missions de maintien de la paix — assiègent aujourd’hui des Casques bleus de la MONUSCO. Une situation jugée intenable et politiquement explosive.

« Tous les outils à notre disposition »

Face à ce qu’il décrit comme un sabotage méthodique de la paix, Michael Waltz a prévenu que les États-Unis utiliseront “tous les outils à leur disposition” pour demander des comptes aux « saboteurs de la paix ». Washington exige un retrait immédiat des troupes rwandaises du territoire congolais et appelle Kigali à respecter ses engagements internationaux, tout en reconnaissant explicitement le droit souverain de la RDC à défendre son territoire et à coopérer avec des forces alliées, notamment burundaises.

Les États-Unis réaffirment par ailleurs leur soutien à une MONUSCO dotée de capacités suffisantes pour protéger les civils et faire face à une menace désormais qualifiée de militaire étatique, et non plus seulement rebelle.

Un tournant diplomatique majeur

Cette intervention marque un tournant. Pour la première fois avec une telle clarté, Washington accuse directement le président Paul Kagame et l’appareil sécuritaire rwandais d’être au cœur de la guerre dans l’est de la RDC. À New York, le message est passé : l’ère de l’ambiguïté est révolue.

Reste désormais à savoir si ces mots, parmi les plus durs jamais prononcés par un représentant américain au Conseil de sécurité sur le dossier congolais, se traduiront en actes. Pour Kinshasa, comme pour la région, l’heure n’est plus aux déclarations, mais aux conséquences.

JEK

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