La ligne de fracture se précise au Conseil de sécurité des Nations unies. Vendredi, le Royaume-Uni a durci le ton face à l’escalade militaire dans l’est de la République démocratique du Congo, condamnant sans ambiguïté l’offensive du M23 et la prise d’Uvira, qu’il attribue explicitement à un soutien des Forces de défense rwandaises. Une prise de position ferme, qui inscrit Londres dans le camp des capitales occidentales désormais décidées à nommer les responsabilités.
« Nous condamnons l’offensive récente du M23 et la prise d’Uvira, avec le soutien des Forces de défense rwandaises », a déclaré la représentante britannique devant les quinze membres du Conseil, lors d’une réunion marquée par la gravité des constats sécuritaires et humanitaires. Pour Jennifer MacNaughtan, Ministre Conseillère, Mission du Royaume-Uni auprès des Nations unies le Royaume-Uni, cette avancée militaire constitue une escalade majeure, survenue paradoxalement alors que des accords politiques venaient d’être signés à Washington et à Doha.
Uvira, le point de bascule régional
La chute d’Uvira, ville stratégique du Sud-Kivu et verrou frontalier avec le Burundi, cristallise les inquiétudes britanniques. Londres y voit un risque immédiat de déstabilisation régionale, alors que des civils fuient déjà vers les pays voisins. « Il n’y a pas de solution militaire à ce conflit », a martelé la délégation britannique, soulignant que la poursuite des combats ne fait qu’aggraver une crise humanitaire déjà parmi les plus graves au monde.
Le Royaume-Uni s’est dit profondément préoccupé par l’intensification des violences malgré les engagements politiques récents. Selon Londres, l’écart entre les promesses diplomatiques et la réalité du terrain menace désormais la crédibilité même des processus de paix.
Cessez-le-feu immédiat et respect strict de la résolution 2773
Au cœur de l’intervention britannique figure un appel clair : l’application intégrale et sans condition de la résolution 2773 du Conseil de sécurité. Londres exige un cessez-le-feu immédiat, effectif et vérifiable, et appelle toutes les parties à honorer leurs engagements.
La déclaration britannique insiste également sur les violations graves des droits humains, notamment les violences sexuelles liées au conflit, évoquées à travers des témoignages poignants présentés par Médecins sans frontières. Ces exactions, attribuées en particulier au M23 et à d’autres groupes armés, constituent, selon Londres, une violation flagrante du droit international humanitaire.
Soutien appuyé à la MONUSCO, mission sous pression
Autre message fort : le soutien sans réserve du Royaume-Uni à la MONUSCO. Londres rappelle le rôle « vital » de la mission onusienne dans la protection des civils et se dit favorable à ce qu’elle joue un rôle actif dans la surveillance d’un éventuel cessez-le-feu. Mais encore faut-il que la mission puisse travailler.
« Il est essentiel que la MONUSCO puisse exercer son mandat sans entrave », a insisté la délégation britannique, appelant le M23 à lever immédiatement tous les obstacles imposés à la liberté de mouvement et à l’approvisionnement des casques bleus. Un avertissement direct, alors que la mission est de plus en plus prise pour cible sur le terrain.
Un message politique sans ambiguïté
En filigrane, l’intervention britannique marque un glissement politique notable : celui d’un Conseil de sécurité de plus en plus confronté à l’écart entre ses résolutions et leur application concrète. En condamnant explicitement l’offensive du M23 « avec le soutien des Forces de défense rwandaises », Londres s’aligne sur une lecture désormais partagée par plusieurs capitales occidentales.
« Il appartient désormais aux parties de saisir cette opportunité pour offrir la paix, la sécurité et la prospérité que les populations de l’est de la RDC méritent », a conclu la représentante britannique. Un appel solennel, dans un contexte où chaque jour d’inaction supplémentaire rapproche un peu plus la région d’une conflagration ouverte.
Jonas Eugène Kota

