RDC – escalade des combats au Sud-Kivu : Les puissances occidentales relancent la résolution 2773 et pointent le Rwanda et le M23

La reprise des combats au Sud-Kivu marque un tournant diplomatique. En réactivant la résolution 2773 du Conseil de sécurité, les puissances occidentales replacent le conflit de l’est de la RDC sous le sceau de la contrainte internationale, exigeant le retrait sans condition des forces rwandaises, le repositionnement du M23 et avertissant que l’impasse militaire pourrait désormais ouvrir la voie à des mesures coercitives.

Les principales puissances occidentales et partenaires internationaux de la région des Grands Lacs ont exprimé, d’une seule voix, leur vive inquiétude face à la détérioration rapide de la situation sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), pointant directement la reprise des offensives du Mouvement du 23 mars (M23), appuyé par le Rwanda, dans la province du Sud-Kivu.

Dans une déclaration conjointe publiée mardi par le Groupe de contact international pour la région des Grands Lacs (GCI), présidé par l’Allemagne et regroupant notamment les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, l’Union européenne, la Belgique, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Suède, la Suisse et le Danemark, les partenaires internationaux dénoncent une « escalade alarmante » des violences autour de la ville stratégique d’Uvira, à proximité de la frontière burundaise — une zone considérée comme un maillon sensible de l’équilibre régional.

Au cœur des préoccupations figure l’usage croissant de technologies militaires sophistiquées. Le GCI souligne en particulier le recours accru à des drones d’attaque et à des drones suicides, une évolution jugée « extrêmement préoccupante » et susceptible d’aggraver le bilan humain dans une région déjà meurtrie par des décennies de conflit

Selon le groupe, cette nouvelle dynamique militaire fait peser « un risque grave et immédiat sur les populations civiles » et menace de faire basculer l’ensemble de la région des Grands Lacs dans une spirale d’instabilité.

Sur un ton inhabituellement ferme, le GCI appelle le M23 et les Forces de défense rwandaises (FDR) à cesser « immédiatement » toutes leurs opérations offensives dans l’est de la RDC, en particulier au Sud-Kivu. Il exige le retrait des FDR du territoire congolais et demande au M23 de regagner ses positions antérieures, tout en respectant les engagements pris dans le cadre de la Déclaration de principes signée à Doha le 19 juillet 2025.

Les partenaires internationaux rappellent également l’obligation, pour toutes les parties, de se conformer à la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies, notamment en ce qui concerne le respect de l’intégrité territoriale de la RDC.

Adoptée dans un contexte d’aggravation marquée du conflit dans l’est de la RDC, la résolution 2773 du Conseil de sécurité « réaffirme le respect de la souveraineté, de l’indépendance politique et de l’intégrité territoriale » du pays et « condamne sans équivoque tout soutien extérieur aux groupes armés opérant sur son territoire ». Elle « exige le retrait immédiat, sans condition, ordonné et vérifiable de toutes les forces étrangères non invitées », tout en appelant explicitement le M23 à « cesser les hostilités et à se repositionner conformément aux engagements pris dans les cadres de dialogue existants ».

Le Conseil de sécurité y avertit enfin que toute violation persistante du cessez-le-feu, toute atteinte aux civils ou toute entrave au processus politique pourra entraîner des « mesures appropriées », y compris des sanctions ciblées contre les responsables.

Le GCI insiste par ailleurs sur la nécessité de mettre en œuvre sans délai les engagements issus des Accords de Washington du 4 décembre 2025, présentés comme une étape clé pour la désescalade et la stabilisation durable de la région.

Le GCI met en garde contre toute rhétorique ou action provocatrice susceptible d’envenimer davantage la situation et de compromettre « irrémédiablement » les progrès réalisés dans le cadre de l’Accord-cadre signé à Doha le 15 novembre 2025 entre le gouvernement congolais et le M23. Cet accord, salué à l’époque comme un tournant potentiel, apparaît aujourd’hui fragilisé par la reprise des hostilités.

Enfin, le groupe exhorte l’ensemble des acteurs impliqués à réaffirmer « d’urgence et sans équivoque » leur engagement en faveur du cessez-le-feu et à garantir un accès humanitaire complet, sûr et sans entrave. Une condition jugée essentielle pour permettre l’acheminement de l’aide vitale aux milliers de civils pris au piège des combats dans l’est congolais.

Alors que les lignes de front se rapprochent de zones densément peuplées et de frontières internationales sensibles, cette déclaration du GCI marque un nouveau signal d’alerte diplomatique. Reste à savoir si cet appel concerté parviendra à infléchir le cours d’un conflit dont les répercussions dépassent désormais largement les frontières de la RDC.

Jonas Eugène Kota

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