« La paix en République démocratique du Congo reste encore une promesse », a lancé Bintou Keita, Représentante spéciale du Secrétaire général de l’ONU en RDC, devant le Conseil de sécurité. En dressant un tableau sévère, elle a mis en garde contre le fossé grandissant entre les accords signés et la réalité sanglante sur le terrain. « Les écarts entre décisions et réalités sont autant de vies perdues chaque jour », a-t-elle martelé.
Des avancées diplomatiques fragiles
Depuis la signature de l’Accord de Washington le 27 juin, les efforts régionaux et internationaux ont permis de relancer les pourparlers de Doha et d’aboutir à une déclaration de principe entre Kinshasa et l’AFC/M23. « Plusieurs jalons ont été franchis », a reconnu Mme Keita, citant l’engagement des États-Unis, du Qatar, de l’Union africaine, de la CAE et de la SADC.
Sur le plan interne, le dialogue initié par les principales confessions religieuses et appuyé par le président Félix Tshisekedi a produit en août une feuille de route. Mais la cheffe de la MONUSCO a prévenu : « Sans cohésion sociale, sans ouverture de l’espace civique, les élections de 2028 ne pourront se dérouler dans un climat de confiance et de sécurité ».
Plus de 1 000 civils tués depuis juin
Malgré ces efforts, la violence se déchaîne. 1 087 civils ont été tués en Ituri et au Nord-Kivu depuis juin. En juillet, Rutshuru a enregistré le mois le plus meurtrier depuis la résurgence du M23 en 2021.
« Huit mois après l’adoption de la résolution 2773, ses dispositions clés restent largement inappliquées », a dénoncé Mme Keita. Alors que le Conseil avait exigé le retrait du M23 de Goma et Bukavu, « l’AFC/M23 poursuit une logique d’expansion et de consolidation ».
En sept mois, plus de 7 000 nouveaux recrues ont été formés dans ses camps.
Des attaques ciblées et une population piégée
Les autres groupes armés aggravent le chaos. Les ADF, affiliés à l’État islamique, ont exécuté 300 civils en trois mois. « Ils ciblent les rassemblements solennels, les services religieux, les funérailles. Des hommes, des femmes et des enfants sont tués, blessés ou enlevés », a souligné Mme Keita.
En Ituri, les combats entre la CRP et l’armée congolaise, ainsi que les attaques incessantes de la CODECO, continuent de piéger les populations. Dans la nuit de dimanche à lundi, 3 500 personnes ont trouvé refuge dans la base de la MONUSCO à Gina.
Une crise humanitaire hors de contrôle
La Représentante spéciale a décrit une situation humanitaire dramatique : 27,7 millions de personnes sont en insécurité alimentaire, dont 5,7 millions rien qu’en Ituri et au Nord-Kivu. Le Plan de réponse humanitaire de l’ONU n’a reçu que 15,2 % du financement requis, contre 41 % l’année précédente.
« Dans certains endroits, l’aide est suspendue. Pour d’autres, les rations sont réduites. La mortalité maternelle augmente. L’écart se creuse entre besoins vitaux et moyens disponibles », a-t-elle alerté.
Une mission sous pression mais active
La MONUSCO, confrontée à des restrictions sévères, tente néanmoins de remplir son mandat. Le 18 septembre, 600 personnes ont trouvé refuge dans sa base de Drodro. Cette année, le Bureau conjoint des Nations unies pour les droits de l’homme a traité plus de 500 cas de protection, dont près de 400 victimes de violences sexuelles assistées à Goma et Bukavu.Malgré un contexte hostile, des initiatives locales émergent.
En Ituri, le Collectif des femmes a réussi à rapprocher des communautés Hema et Lendu. « Ce progrès est fragile, mais il compte », a salué Mme Keita, appelant à reproduire ce modèle ailleurs.
Clôturant son intervention, la Représentante spéciale a lancé un avertissement clair : « Fermer ces écarts n’est pas une option. C’est la seule façon de protéger des vies et de donner une chance à la paix en RDC. Si nous échouons, des millions de civils continueront de payer le prix. »
JEK

