Le développement du commerce régional le long du corridor de Lobito était au centre d’une réunion technique ce mercredi à Kinshasa, réunissant le Ministre du Commerce Extérieur, Julien Paluku Kahongya, et Poorva Karkare, analyste politique principale au Centre Européen de Gestion des Politiques de Développement. Le Directeur général de l’Agence nationale pour la promotion des exportations (ANAPEX), Mike Tambwe, ainsi que des experts du ministère, ont également pris part à cette rencontre.

Un projet stratégique pour l’Afrique australe
Le corridor de Lobito, projet prioritaire dans le cadre de l’initiative Global Gateway portée par l’Union européenne et le G7, relie la République Démocratique du Congo, le nord-ouest de la Zambie et l’Angola au port de Lobito sur l’Atlantique. Il vise à désenclaver ces régions riches en ressources, à réduire les coûts logistiques et à connecter directement les producteurs africains aux marchés mondiaux.
Au-delà du secteur minier déjà très présent, le projet met désormais l’accent sur le développement de l’agroalimentaire, les infrastructures de transport, l’énergie, ainsi que la formation des compétences et la création de corridors industriels.
Les priorités de Kinshasa
Lors de la rencontre, le ministre Julien Paluku a insisté sur la nécessité d’« accélérer la mobilisation des financements dans le cadre de Global Gateway pour passer rapidement des intentions aux réalisations concrètes ».
Il a plaidé pour que le corridor ne se limite pas à un axe de transport, mais devienne un véritable programme intégré, combinant projets agricoles, industriels et sociaux.
« Le corridor de Lobito doit être une opportunité pour diversifier notre économie, créer des emplois et stimuler les exportations congolaises », a martelé le ministre.
L’engagement européen
De son côté, Poorva Karkare a souligné l’engagement du Centre Européen de Gestion des Politiques de Développement à consolider le plaidoyer en faveur de ce projet. Selon elle, le corridor « offre à la RDC une chance unique de devenir une porte d’entrée du commerce international, en facilitant les transports et en attirant de nouveaux investissements ».
L’experte a rappelé que l’Union européenne et la Banque africaine de développement ont déjà signé des accords de coopération pour financer certaines études et infrastructures liées au projet.
Les retombées attendues pour la RDC
La mise en œuvre effective du corridor devrait :
- réduire les délais et coûts d’exportation des produits agricoles et industriels ;
- accroître l’attractivité des provinces congolaises pour les investisseurs privés ;
- renforcer l’intégration régionale avec l’Angola et la Zambie ;
- créer des milliers d’emplois directs et indirects, notamment dans l’agro-transformation et la logistique ;
- améliorer la conformité des exportations congolaises aux normes internationales, un chantier déjà amorcé par l’ANAPEX.
Un chemin encore semé de défis
Malgré l’enthousiasme affiché, plusieurs défis restent à relever : finaliser les études de faisabilité, moderniser des infrastructures encore fragiles, garantir la transparence dans les investissements, et assurer une répartition équitable des bénéfices pour les populations locales.
Des questions environnementales et sociales devront également être intégrées afin d’éviter que le projet ne creuse les inégalités ou ne génère des tensions dans les zones traversées.
Un projet aux dimensions régionales et mondiales
Adopté en 2024 par le gouvernement congolais, le projet de loi ratifiant l’accord sur la création de l’Agence de facilitation du transport en transit du corridor de Lobito marque une étape décisive. Avec l’appui du Global Gateway et du Partnership for Global Infrastructure and Investment (PGII) piloté par le G7, la RDC ambitionne de transformer ce corridor en véritable levier de son émergence économique.
La réunion de Kinshasa témoigne de la volonté du gouvernement congolais et de ses partenaires européens de passer à la vitesse supérieure. Si les financements sont mobilisés et les infrastructures effectivement mises en place, le corridor de Lobito pourrait devenir, pour la RDC, l’un des projets d’intégration régionale les plus structurants de la décennie.
JDW

