La vie à l’Union pour la démocratie et le Progrès Social (UDPS) est marquée, en ce début de semaine, par une initiative aussi inattendue que fragile : le Dr Eteni Longondo, ancien ministre de la Santé, a réuni lundi 4 août deux figures majeures du parti présidentiel, Augustin Kabuya et Déo Bizibu, pour tenter de mettre fin à la guerre fratricide qui mine le parti depuis plusieurs mois, et qui a récemment débouché sur une mort d’homme.
Un geste salué par certains comme un pas courageux vers la cohésion, mais accueilli avec scepticisme par d’autres au regard de l’échec des médiations précédentes — y compris celles engagées par le Président Félix Tshisekedi lui-même, autorité morale du parti.

Depuis plusieurs mois, les tensions internes à l’UDPS ont franchi un seuil inquiétant. En juin dernier, ces rivalités ont même conduit à une mort d’homme, dans des circonstances tragiques. Kabasele Wampanga, cadre proche de Théo Bizibu, l’autre Secrétaire général proclamé par une frange des cadres du parti, est décédé des suites de graves sévices corporels lui infligés par un groupe des « Forces du progrès » – structure des jeunes du parti se distinguant par des actes de violence, parfois extrèmes, contre les militants d’autres partis, mais aujourd’hui au service des factions au sein de leur propre formation politique.
Un épisode qui a jeté une ombre lourde sur la discipline du parti et interroge sur les dérives violentes d’un conflit qui aurait pu être évité par le simple respect des textes. « Pour un parti au pouvoir, se déchirer en public de la sorte est une aberration politique et institutionnelle », commente un observateur de la scène politique congolaise.
Une crise nourrie par la violation des statuts
Le mal est ancien. Il remonte à l’élection de Félix Tshisekedi à la magistrature suprême en 2019, lorsque la présidence de l’UDPS est devenue vacante. Les statuts du parti sont pourtant clairs : en cas d’indisponibilité définitive du président en exercice, un nouveau président doit être élu dans les trois mois sur convocation d’un congrès extraordinaire du parti. En attendant, il est mis en place un directoire composé de représentants de trois organes statutaires, à savoir : la Convention démocratique du parti – DCP, Commission électorale permanente du parti – CEP, et Secrétaire Général (article 26 des statuts).
Mais cette procédure n’a jamais été suivie. En lieu et place, l’intérim avait été confié à l’époque au secrétaire général sur base d’un « mandat spécial », vite rejeté par le ministère de l’Intérieur pour non-conformité aux statuts. Malgré ce désaveu, le parti a persisté dans cette illégalité organique.
Aujourd’hui, sans base statutaire claire ni validation formelle, le Secrétaire général Augustin Kabuya cumule de facto les fonctions de secrétaire général et de président intérimaire, une double casquette non seulement contraire aux textes (l’article 63 interdit tout cumul de mandats), mais également source de tensions internes profondes.
Eteni Longondo, la main tendue de la dernière chance ?
C’est dans ce contexte explosif que s’inscrit la démarche du Dr Eteni Longondo, qui a tenté de rassembler les deux camps ce lundi. Selon son entourage, l’ancien ministre plaide pour une remobilisation générale du parti en vue de soutenir les efforts du chef de l’État dans la lutte contre l’insécurité à l’Est et l’amélioration des conditions de vie des Congolais.
Il appelle également à la préparation structurée des échéances électorales de 2028, avec comme objectif affiché : conserver le pouvoir.
Une rencontre de réconciliation élargie est annoncée au siège du parti dans les prochains jours. Mais les chances de succès sont minces. Si le Président Tshisekedi, malgré son autorité morale et politique, n’a pas réussi à imposer un compromis ces quatre dernières années, que peut vraiment espérer Eteni Longondo dans une famille politique aussi fragmentée ?
Une UDPS divisée peut-elle encore gouverner efficacement ?
Cette crise interne prolongée affaiblit non seulement l’image de l’UDPS, mais aussi celle du Président de la République lui-même, perçu comme incapable de remettre de l’ordre dans sa propre maison politique. Alors que le pays traverse une période délicate, marquée par des défis sécuritaires et sociaux majeurs, le parti au pouvoir donne le spectacle d’un navire sans capitaine.
Les analystes s’accordent : tant que les statuts ne seront pas respectés et qu’une direction légitime et reconnue ne sera pas mise en place, les divisions continueront de s’enraciner. Et avec elles, le risque d’une perte de crédibilité croissante auprès de l’opinion publique. La tentative de rapprochement initiée par Eteni Longondo est un signal fort. Mais sans un cadre légal et une volonté réelle de réformes internes, elle pourrait n’être qu’un épisode de plus dans le feuilleton des crises de l’UDPS.
La balle est désormais dans le camp des protagonistes… et de l’autorité morale.
Albert Osako

